Rapport de l'Intendant, Archives d% la C6té-d'Or9 C
de contrebandiers serait à manger, de s'asseoir dans un coin de la salle, afin de « tirer de lui quelques croquis pour un portrait1 ». Ayant terminé son dîner, tandis que nombre de ses camarades continuaient de boire en différents cabarets et que d'autres vendaient aux bourgeois empressés leurs marchandises de contrebande 2, Mandrin se rendit aux prisons de la ville où il « se fit représenter les registres de la geôle » et délivra dix prisonniers pour contrebande, fauxsaunage et un déserteur3, qu'il emmena avec lui, déclarant ici encore aux autres détenus, laissés dans leurs chaînes, qu'il ne voulait parmi les siens, ni voleurs, ni malfaiteurs \
A quatre heures de l'après-midi, l'intendant et sa compagnie étaient encore à table chez les Capucins — après de si vives émotions, il était utile de se restaurer longuement — quand une nouvelle députation vint gratter à la porte.
Mandrin réclamait encore 3 000 livres pour six balles de contrebande qu'il avait fait porter chez l'entreposeur des tabacs, M. François, « II ne pouvait en conscience, disait-il, passer dans une ville telle que Bourg sans laisser du tabac à l'entreposeur ».
A vrai dire, les plénipotentiaires, que Mandrin avait délégués cette fois, étaient dépourvus de tenue et de correction diplomatiques. Ils s'étaient arrêtés en chemin pour boire à la santé de Mgr l'intendant. Du moins eurent-ils le tact de ne pas pénétrer dans la salle, où se trouvait si brillante compagnie, et de rester au seuil, la porte ouverte, en s'appuyant l'un contre l'autre pour tenir debout. MM. de Chossatet de Saint-André, reçurent encore mission de suivre
1. Le baron d'Espagnac au ministre de la guerre, 4 avril 1755, Bourg. A. G., ms. 3406, n«78.