PUBLIÉ PAR L'AUTORITÉ COMMISSION DES VIVRES AU CANADA
Août 1918.
Pan zs Docrsur Aunèze NAD=AU, DS Bsaucz, auteur ps ‘“ La GRANDS ERRSUR DU Paix BLanc'’, wrc.
...Autour de la chaumière, deux chèvres, quelques vignes, un petit jardin, quelques châtaigniers, de quoi vivre enfin, une fortune même pour ce pays de Corse où la frugalité a multiplié les centenaires.—MAUPASSANT (le Bon-
heur).
Avec la nourriture d'un jour du paysan anglais on ferait vivre une famille grecque pendant une semaine.— (Géographie Shroeder )
(Grèce).
Il y a longtemps qu'on parle de l’abus des boissons et l’on a mille fois raison. 11 serait à propos maintenant, il serait de forte actualité surtout, de s'occuper un peu de l'abus des aliments et d'appuyer sur les bienfaits de la frugalité.
Le sujet ne manque pas d'importance quand on songe qu'ils sont encore relativement rares les individus que l'alcool intoxique chaque jour, tandis qu’il y a des nations entières que la gourmandise empoisonne non seulement tous les jours, mais trois fois par jour.
Quand la science à peu près nouvelle de l'hygiène alimentaire «ura vulzarisé 6es connaissances et dessillé les yeux de ceux qui cherchent à voir =. orendre que la
goinfrerie moderne : fait plus de mal que l'alcool «’ .vutres fléaux réunis.
Déjà à la lueur des, + leçons de cette
guerre, des ‘“‘’préjugés à vie dure”’ ont été ébranlés. Chez les peuples les plus éprouvés, on a constaté que les maladies de misère occasionnées par le rationnement et même la famine ne sauraient soutenir la comparaison avec toutes les maladies de nutrition suscitées par les appétits effrénés et déréglés des temps de paix et de prospérité. Les Allemands, au dire des prisonni@æs, observent tous les jours, depuis 1914, que les hôpitaux civils seraient à moitié vides sans les blessés de guerre. On y voit infiniment moins de dyspeptiques, de cancéreux, d’artério-scléreux, d’hydropiques, de diabétiques, de rhumatisants, d’apoplectiques, etc. Les salles réservées à la médecine interne ont, paraît-il, changé de physionomie tout à fait, Les multiples maladies de nutrition chez ceux qui étaient
avariés, en 1914, ont subi un temps d'arrêt, tandis que les individus non alors compromis ne se sont pas acheminés vers l'hôpital en colonnes serrées comme aux heures où l'on pouvait se gorger.
La suralimentation qui nous tue est la rançon du progrès, de la richesse et de la science à rebours qui a créé tant d’aliments concentrés et artificiels.
On dirait que la première préoccupation de l’enrichi—collectivité ou individu—est de faire bombance. Et les néophytes les plus zélés en l'espèce sont les peuples autrefois modestes qu’une vague de prospérité a portés en un clin d'œil aux excès des grandes nations riches. Aussi, chez eux, on note que tout sursaut de la richesse nationale a eu sa fatale compensation sous forme de fléchissement dans la vigueur phyeique.
Quels sont les peuples qui fournissent la plus forte proportion de centenaires? Ce sont les pauvres montagnards de la Grèce et des Balkans, les campagnards des pays peu fertiles comme la Corse, l'Irlande, l’Espagne et le sud-ouest de la France
Par contre, la décadence est ga ‘ale, depuis un siècle surtout, chez les ;randes puissances où elle est spécialement manifeste à mesure qu'on s'élève dans les hiérarchies sociales. C'est là qu’on trouve juxtaposés les bienfaits de la frugalité forcée des humbles et les défaillances de la prétendue civilisation des riches, exprimées sous forme de morbidité excessive, d’infirmités, de vieillesse précoce et accidentée, de longévité tronquée.
Heureux les pauvres, puisqu'il est si difficile au riche de ne pas donner tête baissée dans tous les excès!
Pour savoir ce que nous avons perdu en devenant riches, rappelons-nous qua nos pères valaient moins que leurs aïeux, que nous valons moins que nos pères, et que nous sommes en train de laisser des fils bien inférieurs à nous-mêmes. La progression géométrique de notre déchéance est simplement désolante.
Un médecin me disait récemment: “ Je pratique depuis un quart de siècle. Or, si je m'étais enûormi à la Rip Van Winkle,
après deux ans de clientèle, pour me tréveiller aujourd’hui, je me refuserais à croire que c'est la même race que je soigne!”
Et plusieurs praticiens qui ont exercé leur art les yeux ouverts signeraient volontiers cet énoncé.
Nos pères n'étaient guère plus vertueux et plus sobres que nous; ils travaillaient besucoup plus et sans l’aide du mécanisme moderne: ils vivaient dans des conditions hygiéniques bien inférieures aux nôtres; mais ils étaient valeureux parce que la simplicité de leur régime alimentaire les empêchait de ‘‘pourrir en vie’ comme les repus et jouisseurs de tout temps.
L'histoire du monde ancien et actuel est remplie de ces miracles que la sainte pauvreté et la frugalité ont multipliés. BSeulement, on ne veut pas les voir ni les bien interpréter, perce que ça ne filatte pas nos préjugés et que Ça ne fait pas l'affaire de nos caprices. ,
Le malheur, c'est qu'en dehors des esprits avertis de la profession médicale, bim peu de gens ont la moindre idée de la faible
quantité de nourriture qu'il faut pour vivre, re vivre et fournir du trav:‘”
abuse de tous les alime en bloc et en uétail. Mais en ces dernit, . années, on dort la conscience tranquille du moment qu'on ne fait pas deux à trois gros repas de viande par jour. On peut ne pas faire d’abus de viande et t:ouver encore bien des moyens de se suralimenter très mal! Or, la physiologie nous apprend qu’un gramme (15 grains) d’albumine suffit pour réparer l'usure du travail d’un kilogramme (2 1bs) de poids du corps. À ce compte, l’albumine entrant pour un cinquième dans la viande, un homme de 75 kilos (160 1bs) aurait be in de 6 fois 75, égalent : 375 grammes de viande, soit 4 de livre. Et ceci en supposant que cet bomme ne s’approvisionnerait d’albumine qu’au moyen de la viande, tandis qu'elle nous est amplement fournie par les œufs, le lait, le fromage, le pain naturel, les légumes sees (pois, haricots, lentilles, fèves), le poisson et les fruits oléagineux (ncix-amandes).
Et qu'or remarque que ces ? de livre représentent la ration d’albumine d’un homme qui travaille. Que dire de la simple ration d'entretien d’un sédentaire qui n’a
pas besoin de subvenir beaucoup aux frais de la réparation musoulaire et qui s'engouffre, en sua de la viande, tous les autres aliments géné:ateurs d'albumine?
Quant aux deux autres grandes classes d'éléments nutritifs: les farineux et les graisses, rappelons que la ration quotidienne de travail d’un adulte est de 600 grammes (1 livre) pour les farineux, et de 47 grammes (guère plus d’1à once) pour les graisses.
Que faut-il penser alors de nos excès de pain, de “breakfast foods’”’, de fines fleurs, des sauces savantes, des fritures, du beurre et de la crème qu’on met partout, de la charcuterie et de la pâtisserie, deux ‘‘institutione vilaines’”’ que l’Allemagne a biffées du jour où elle a entrevu la nécessité du rationnement.
En méditant sur ces données, nous sommes confrontés avec une grande réalité qui passe à quarante coudées au-dessus de la tête du plus grand nombre: ‘‘c'est que l’homme ne meurt pas mais qu’il se tue”’!
La seule fiche de consolation qui nous reste, c'est qu’il est indéniable que nous sommes durs à tuer!
Il est heureux que notre fragilité ne soit pas en raison directe de notre étourderie.
Mais, pour quelques-uns qui bénéficient d’une longue impunité, que de misères, de maladies, d’infirmités accablent les autres, en attendant la vieillesse accidentée et la fin prématurée!
Heureux, encore une fois, les pauvres qui sont forcés d’être sages, puisq’ils sont si clairsemés les riches qui veulent vivre conformément à la rvison. Aux riches, à qui le salut éternel est déjà bien difficile, si l’on s’en rapporte à la parabole du chameau de l'Evangile, le salut temporel semble, tout compte fait, non moins ardu.
En autant que le cadre de ce petit travail nous le permet, nous avons pensé de répondre brièvement aux objections souvent posées par les goinfres récalcitrants à ceux qui leur parlent modération et frugalité.