VERS ÉCRITS SUR L'ALBUM DE MLLE ÉL1SA MERCŒUR
Louise.
Notre jeunesse aura des fleurs à chaque aurore, Oui, mon âme, à demain !
Mais dans ces fleurs d'hier laissez-moi voir encore Où passait le chemin.
O mon âme î là-bas erre une ombre éphémère, Enfant aux blonds cheveux ;
La voici qui revient, qui passe et dit : Mon frère ! Et me cherche des yeux.
Autour de moi j'entends murmurer : « Qu'elle est belle! »
Et tout bas une voix Me parle du passé, comme un chant qui rappelle
Un bonheur d'autrefois.
Mais ce soir entre nous un voile se soulève. • . .
Louise, tu souris, Car tu vois de là-bas ma piété qui rêve
A ce nom que j'écris.
N'as-tu pas su le mien à l'heure où tout s'oublie ?
Oui, ta mère en pleurant Me redisait l'adieu que du bord de la vie
M'a jeté son enfant.
Oh ! ne viens pas ainsi, plein de ce triste charme,
Autour de moi frémir !
Pour ce livre léger je dois craindre une larme ;
Laisse-moi, Souvenir !
Doux fantôme ! aie voir si brillant et si frêle,
En son vol arrêté, On dirait qu'aux feuillets il s'est pris par une aile Un phalène argenté.