LES RÊVES
Avril 1830.
C'est la plus douce erreur dt s vanités du monde
Quel autre monde rêvez-vous, Et que voulait votre âme errante?
Loin du présent, qui désenchante, Où sont vos pensers les plus doux ?
Quels chants vous sont harmonieux ?
Qu'attend la foi qui vous est chère, Et de quel autel solitaire Voyez-vous le ciel de vos dieux?
Si, de beaux jours trop inconstants, Vous avez vu venir l'automne, Pour les roses d'une couronne, Regrettez-vous quelque printemps \
Ou votre âme, dans le lointain, Voit-elle un aDge sur la route?
La magique voix qu'elle écoute Lui dit-elle : « hier » ou « demain? »
Votre orgueil était-il jaloux Du faste des rois de la terre, Sur une pourpre imaginaire, En secret, vous endormez-vous ?
Livrez-vous de vastes États À des conquêtes idéales ?
Rêvez-vous l'éclat des cymbales, La palme ou la mort des combats?
Flattant de plus humbles désirs.
Peut-être une muse pensive.
De quelqu'image fugitive, Rajeunit-elle vos loisirs. . . .
Mais, au charme du souvenir, Tout ce qu'on a se décolore :
Le passé, que ce prisme dore, Brille aux dépens de l'avenir.
Laissez le poëte chanter
Des plaisirs où son luth convie :
Il prodigue à rêver la vie.
Le temps qu'on a de la goûter.
Dans les plis d'un manteau royal, L'ennui s'enveloppe et se cache,
Et dans les combats, le sang tache Les panneaux du char triomphal.
Un moment peut éterniser Les regrets que laisse une idole, Dont la scintilnalte auréole S'évapore, au premier baiser ;
Mais l'amour, ce léger sommeil, Ce rêve d'un jour vaut la vie . . .
Et qu'importe à l'âme ravie Ce qu'en peut coûter le réveil?