PARALYSIE ZOSTÉRIENNE DU MOTEUR OCULAIRE EXTERNE
La sixième paire semble à première vue être atteinte d’une façon un peu plus fréquente. Nous sommes tout d’abord en présence de trois cas : l’un de Bowmann rapporté par Hutchinson, le second de Veindner. (Berl. Klinische Vochenschrift, 1870), le troisième enfin de Goldschmit.
Mais il se trouve que l’observation de Bowman est discutable. Celle de Veindner doit de même être éliminée, il s'agit d’un vieil instituteur qui, après avoir souffert durant un an et demi de névralgies faciales, présenta un zona de la 1'° branche du trijumeau. Il y eut entre autres accidents un strabisme interne léger. Puis tout guérit, sauf les douleurs névralgiques qui persistèrent jusqu’à la mort quisurvint cinq ans plus tard. Le malade avait eu plusieurs attaques apoplectiques bénignes.
OO
Ainsi nous ne conservons pas d'autre cas que celui
de Goldsmith. Ici l’éruption n’a aucunement touché l'œil, qui, cependant a présenté du strabisme avec diplopie et larmoiement. |
OBSERVATION X XX V (Gorpsmiru) (1) Zona avec strabisme interne
Madame K.., 56 ans robuste, corpulente, n’a jamais été sérieusement malade. Avant la ménopause elle a été sujette à des migraines surtout du côté gauche et a ressenti parfois des douleurs rhumatismales vagues. Appelé auprès de la malade le 8 janvier dernier, j'apprends qu’elle est souffrante depuis 8 jours sans avoir dû garder le lit. Au début, elle a ressenti certains malaises, des frissonnements ; puis est survenue une violente névralgie occipito frontale gauche. Pas ou très peu de fièvre, appétit maintenu, fonctions générales normales, sauf le sommeil qu'empêchent des douleurs très intenses. Ces dernières sont continues, lancinantes avec exacerbations vers le soir.
A l'examen, on ne découvre rien de particulier, hormis de petites croûtes sur le cuir chevelu. Antipyrine un gramme matin et soir.
11 janvier. La malade a pris six grammes d’antipyrine qui n'ont produit aucun soulagement; la névralgie persiste avec la même intensité et la même continuité empêchant tout sommeil ; la pression sur les points d’émergence des nerfs n'augmente pas notablement la douleur. Je remarque pour la première fois quel-
ques boutons herpétiques sur le front, le cuir chevelu et derrière
l'oreille du eôté gauche ; 40 centigrammes de sulfate de quinine matin et soir, un centigramme de morphine pour la nuit.
14 janvier. La douleur névralgique a presque disparu, le sommeil est revenu sous l'influence de la morphine. Les boutons herpétiques apparaissent en bien plus grand nombre ; ils forment un chapelet presque ininterrompu sur le front commençant à la racine du nez et remontant obliquement jusqu’au cuir chevelu sous forme d’une ligne légèrement arquée, à connexité tournée vers la droite, sur le cuir chevelu lui-même; grand nombre de boutons disséminés et quelques-uns derrière l'oreille, L'éruption
(1) Gorrsmir de Strasbourg. Bulletin de la Socièté médicale des hôpitaux 1893.
est rigoureusement unilatérale ; pas la moindre trace à droite, les paupières, le nez et la face sont restés indemnes.
Les vésicules se présentent dans les diverses phases de leur évolution ; les unes sont encore transparentes, dans d’autres le liquide est déjà trouble, quelques-unes ont l’air de se dessécher.
On suspend la morphine; le sulfate de quinine est continué à la dose de Ogr. 40 matin et soir. Pommade au chlorate de potasse 1/20 sur les parties envahies.
18 janvier. La névralgie est réduite à quelques rares élancements ; nuits bonnes, sans le secours de la morphine ; encore quelques vésicules fraiches sur le cuir chevelu, mais non sur le front, d’autres se dessèchent et forment de petites croûtes. Strabisme à gauche ; la malade voitles objets doubles ou juxtaposés. Larmoiement des deux côtés, caroncule lacrymale gauche tuméfiée et rouge.
Le sulfate de quinine est suspendu; collyre boriqué à 3 °/o, continuer les onctions avec la pommade au chlorate de potasse sur les parties envahies par le zona.
21 janvier. Sur le front et derrière l'oreille gauche, les vésicules ont fait place à des taches brunàtres; sur le cuir chevelu, on trouve encore de petites croûtes ; le larmoiémentest moindre, mais il existe un peu de suppuration palpébrale.
Le strabisme persiste et avec lui la diplopie, la cornée et l'iris restent intacts. ;
La sensibilité cutanée, n'offre pas de différence marquée des deux côtés du front. Rien d’anormal quant aux urines; douleurs névralgiques de nouveau plus accusées.
Reprendre le sulfate de quinine (40 centigrammes matin et soir), continuer les onctions de pommade chloratée et le collyre à l’acide borique.
25 janvier. Mme F... a sérieusement souffert de sa névralgie depuis ma dernière visite; aujourd’hui, elle paraît soulagée; elle continue à loucher, mais ne voit plus constamment les objets en double. Les yeux ont cessé de larmoyer, la caroncule lacrymale gauche est encore proéminente, mais de couleur presque normale. Le sulfate de quinine est suspendu et remplacé par une pilule asiatique à prendre dans la matinée.
28 janvier. La névralgie a définitivement disparu, strabisme moins accentué; pour le reste, pas de changement.
1? février. La névralgie n’a pas reparu, l'irritation conjonctivale a cessé d'exister, mais la malade voit toujours trouble. Je
Lo:
la présente au professeur Laqueur qui constate avec moi l'existence d’une paralysie incomplète du droit externe avec diplopie à gauche en voie d'amélioration.
Nous convenons de promener tous les trois jours le courant continu sur les parties atteintes et de continuer encore pour un temps les pilules asiatiques.
6 février. Deuxième application du courant continu sur le front, la tempe et derrière l'oreille gauche ; le strabisme à pour ainsi dire disparu.
+ Sauf les macules brunâtres sur le front, il ne reste chez Me F... presque plus de traces de sa récente affection. Le traitement a duré un peu moins d’un mois.
Ainsi la paralysie de la 6° paire survint 16 jours après le début des douleurs et dura à peu près le même temps.