SECOND VOYAGE EN ACADIE
Hébert resta deux années en France. Les douceurs du sol natal ne purent lui faire oublier les beautés de la terre acadienne. Au printemps de l'année 1609, comme M. de Poutrincourt équipait un navire en destination de Port-Royal, il crut l'occasion favorable de revoir l'Acadie.
Il mit ordre à ses affaires, et, pour la seconde fois, repassa les mers. La tradition veut que cette fois, Marie Rollet,sa digne compagne, soit venue avec lui sur le même navire. Saluons, Messieurs, en passant cette première canadienne. Elle a certes droit d'être associée aux honneurs que l'on prépare à son époux. Le mérite de cette femme est grand, n'en doutons pas, non seulement parce qu'elle a consenti à traverser les mers pour venir sur nos terres incultes, mais parce qu'elle se voua à la solitude durant plusieurs années pour permettre à son mari, de se livrer aux explorations lointaines.
Cette fois le navire partit de Dieppe.
Je résume les incidents du second séjour de Louis Hébert en Acadie. Aux rigueurs d'un hiver interminable vint s'ajouter la maladie. La vie devenait de plus en plus pénible aux habitants de Port-Royal. Alors Hébert se dépensa corps et biens au soulagement de ses chers compatriotes. Les pauvres sauvages, eux-mêmes atteints, reclamèrent les médicaments du praticien habile et dévoué. *'Aussi, écrit M. Rameau, s'empressèrent-ils autour de ce bon ramasseur d'herbes, 'qu'ils prenaient volontiers pour un être extraordinaire. "
Pendant que la colonie de Port-Royal périclitait, une nouvelle compagnie se formait en France pour jeter les bases d'un autre établissement.
La reine mère protégea cette entreprise ainsi que les dames de la cour, entr'autres Mmes de Guercheville et de Jourdy. Le commandement de la flotte fut confié ^u capitaine La Saussaye. Le 12 mars 1613, il aborda au Cap de la Hève. Un Jésuite célébra la Sainte Messe, après quoi, on se dirigea vers le Port-Royal.
Louis Hébert avait la garde du fort. La Saussaye lui remit les lettres de la reine qui ordonnait de laisser partir les Jésuites. " Tant ce jour-là que le lendemain, écrit la Relation y on fit bonne chère à Hébert, et à son compagnon, afin que cette arrivée ne leur fût pas triste. Au départ, quoiqu'ils ne fussent pas dans la disette, on leur laissa un baril de pain et quelques flacons de vin, à ce que l'adieu fût pareillement de bonne grâce. . . "
La Saussaye s'établit sur l'Ile des Monts Déserts ; il se bâtit un petit fort qu'il nomma Saint-Sauveur. Cette colonie ne put se maintenir. Au mois de juin 1613, Samuel Argall, sous-gouverneur de la Virginie, l'attaqua. La Saussaye se défendit vaillamment, mais il fut obligé de se rendre.
Plus tard, Argall revint attaquer Port-Royal. Les colons de cet endroit étaient alors dans les champs ne s'attendant pas à une pareille attaque. Le corsaire mit le feu aux habitations ; tout fut consumé.- M. de Poutrincourt qui venait d'arriver en Acadie fut témoin de ce malheur. Combien grande fut sa douleur en présence de ce désastre ! C'est avec une amertume indicible qu'il contem
pla, ainsi que Louis Hébert, les ruines encore fumantes de V Habitation. Là, sous leurs yeux, se trouvaient les témoins de leurs peines et de leurs souffrances. Les champs de blé, les jardins qui annonçaient une abondante récolte, il fallut tout quitter.
Le cœur brisé, Louis Hébert dit adieu à ses champs et à ses jardins. Il s'embarqua pour la France après avoir perdu son temps et sa peine. Il ne restait plus rien de tous les sacrifices qu'il s'était imposés pour la colonisation de la Nouvelle-France.
Rentré dans la mère-patrie il rencontra de nouveau M. de Champlain qui avait fondé, en 1608, une colonie nouvelle sur les bords du Saint-Laurent. Il se laissa tenter par cette entreprise, et accepta l'offre qu'on lui fit de devenir le premier colon canadien après avoir été le premier colon acadien.