‹ Manifeste en faveur du monument Louis Hébert [microforme]Chapitre 13 sur 14 · GUILLAUME COUILLARD SUCCÉDE À LOUIS HÉBERT · texte numérisé non relu

GUILLAUME COUILLARD SUCCÉDE À LOUIS HÉBERT

Louis Hébert étant mort, son gendre Guillaume Couillard, qui habitait le pays depuis 1613, et qui aimait passionnément l'agriculture fut le continuateur de son œuvre. Au printemps de 1628, il ouvrit la terre avec le soc de la charrue, il est donc le premier laboureur canadien.

L'hiver 1628-1629 fut terrible. La famine menaça de faire périr les colons. La poudre, les lignes, les hameçons manquaient, il était impossible de chasser et de pècher. Les habitants de Québec parcouraient les forêts pour se procurer des racines et éviter ainsi de mourir de faim. La compagnie des marchands, cause de tout le mal, était impuissante à les secourir. Dans cette extrémité, Couillard, grâce à ses champs, devint la Providence de ces affamés. I put fournirà chacun une écuellée de maïs, d'orge et quelques légumes. Cette ration, anoique faible, soutint pendant l'hiver ces pauvres colons

Au printemps tout le monde était épuisé. Dans cet état de détresse les frères Kertk trouvèrent la colonie en

1629 et M. de Champlain, obligé de se rendre, partit pour la France avec les Français. Couillard et Mme Hébert, ne voulurent pas quitter leurs champs. [ls restèrent dans la colonie en dépit de la mauvaise fortune des armes françaises.

Leur exil se prolongea durant trois ans. Au printemps de 1632 ils eurent la joie de revoir le drapeau de la nère-patrie. M. de Champlain reprit alors possession du pays dont ils s'étaient constitués les gardiens. Comme récomaense de leur fidélité ils eurent le bonheur de recevoir dans leur maison les missionnaires qui y célebrerent la sainte ilesse.

“Nous allâmes célébrer la sainte Messe dans la maison la plus ancienne de ce pays-ci, écrit le Père Le Jeune, c'est la maison de Mme Hébert, qui s'est habituée près du fort, du vivant de son mari ; elle a une belle famille, sa fille est ici mariée à un honnète français. Dieu les bénit tous les jours, il leur a donné de très beaux enfants. Leur bétail est en très bon point ; c'est l'unique famille française habituée au Canada.

Ils cherchaient les moyens de passer en France, mais ayant appris que les Français retournaient à Québec, ils commencèrent à revivre. Quand ils virent arriver ces pavillons blancs sur les mâts de nos vaisseaux ils ne savaient à qui dire leur contentement, mais quand ils nous virent dans leur maison pour v dire la sainte Messe, qu'ils n'avaient point entendue depuis trois ans, bon Dieu ! quelle joie ! les larmes tombaient des Yeux quasi de tous de l'extrême contentement qu'ils en avaient. Oh! que nous chantâmes de bon cœur le 7e Deum ! C'était juste le jour de la fête de saint Pierre et de saint Paul. Le Te Deum chanté, j'offris à Dieu le premier sacrifice à Québec. Dieu sait si les Français furent heureux de voir déloger les Anglais, qui ont fait tant de maux à ces misérables contrées, et qui sont causes que les sauvages ne sont pas bantisés.

“Aussi, dit M. N. Bourassa, lorsque la France vint reprendre possession de son domaine, rendu par l'Angleterre, ce fut sous le toit de la veuve Hébert qu'elle chanta sôn Ze Deum, et offrit à Dieu son sacrifice d'action de grâces, il n'y en avait pas d'autre resté intact au Canada,

et certainement qu'on n'en aurait pas trouvé de plus digne d'un pareil honneur. Car, c'est sous ce seul et humble chaume qu'avaient survécu la parole, la foi, l'espérance de la France-mère, qu'avait palpité son amour, qu'avait reposé comme une immortelle relique le germe deja indestructible de la Nouvelle-France. Le roi récompensa plus tard ce courage viril: il créa un fief en faveur de Couillard, gendre de la veuve Hébert, et lui conféra le titre et le privilège du seigneur. Et Dieu fit sortir de ce berceau des Hébert une légion d'hommes forts et vertueux qui allèrent propager et implanter sur toutes les rives du Saint-Laurent, ce nom et les traditions de bien et d'honneur puisées au sein de leur première mère." (1)

Mme Hébert ouvrit dans sa maison la première école. Elle entretenait des enfants sauvages et les catéchisait avec la plus grande charité. Elle mourut en 1649.

Guillaume Couillard vit les développements du pays. Après 1632, d'autres colons, en effet, se joignirent à lui, et à sa mort, en 1663, la Nouvelle-France avait déjà prospéré.

En 1654, il donna à la fabrique de Québec l'emplacement de la Basilique, soit quatre-vingts perches de sa terre à la condition qu'il y eut un banc à perpétuité pour lui et ses descendants. Ce banc est encore possédé par un des membres de la famille Couillard.

L'Université, le Séminaire, la Basilique furent construits sur les terres de Louis Hébert. C'est donc à la haute ville que doit être érigé le monument destiné à honorer le premier colon canadien.

Comme Mme Hébert a été associée à l'œuvre de son mari, et que Couillard en fut le continuateur, il convient de représenter dans des bas-reliefs quelques: unes des heures les plus angoissantes qu'ils eurent à passer sur le rocher de Québec de 1629 à 1632.

Cr monument ainsi exécuté rappellera l'histoire de cette première famille qui a fait preuve d'héroïsme sublime.

(a) Les Ceuillard fondérent les paroisses de Beaumont, de St-Thomas de Montmagny et de Notre-Dame de Bonsecours de l'Islet, situées dans leurs vastes seignouries, (L'Histoire des Seigneurs de la Rivière du Sud. )

Permettez, Messieurs, que je vous exprime un autre désir : les familles contemporaines de Louis Hébert, et suttout de Couillard, n'ont-elles pas droit aussi à un bon souvenir? La plupart d'entre elles furent intimement unies par !: sang aux Hébert et aux Couillard, et il serait convenable que leurs noms fussent inscrits sur le même monument. Ainsi figureraient les noms des Abraham Martin, Nicolas Pivert, Pierre Desportes, Noël Langlois, Jean Nicolet, Olivier Le Tardif, Jean Guyon, Noël Morin, Guillaume Hubou, Jean Côté, Nicolas Marsolet...qui sont encore portés par de nombreux descendants. 11 nous sera possible d'honorer ainsi les premiers agriculteurs en Louis Hébert et Couillard et les premières familles de la Nouvelle-France.

AZARIE COUILLARD DESPRÉS, Ptre.

Le 24 mai 1914,

al

Liste bien incomplète des familles qui descendent de Louis Hébert

Couillard (toutes ses branches), Fournier, Guyon, Dion, Boulay, Boulet, Blanchet, Bernier, Boucher de Boucherville, Gagnon, ;oncas, Caron, Gamache, Lessard, Thibault, Langlois, Roussin, Le Borgne de Bellisle, Robichaud,Chorel d'Orvilliers, de St-Ours,Trottier, Beaubien, Poulin, Gosselin, Guy, Couture, Létourneau, Damours, Michon, Gendron, Laflamme, Picard des Troismaisons, Dessaint dit Saint-Pierre, Rousseau, Mercier, Tètu, Bacon, Gagné, Talbot, Laberge, Taschereau, Tache, Dorion, Lemire, Derveau, Gingras, Chaussegros de Léry, Richard, Ducharme, Cloutier, Foisv, Bégin, d'Estimauville, de Beaumouchel, de la Durantaye, Proulx, Guay, Carrier, Paradis, Huard.

La plupart des familles anciennes au pays peuvent remonter par quelques-uns de leurs ancètres jusqu'au premier colon canadien. Louis Hébert est bien à la vérité le chef de la famille Canadienne-française. Ils sont innom-

brables, écrit M. l'abbé Lindsay : les héros, les vierges,

les pontifes, les martyrs, qui, issus du premier colon, ont illustré et illustrent encore l'Eglise et la patrie. Les deux cardinaux dont s'honorent l'Eglise canadienne sont les descendants de Louis Hébert.

AC EE pire.

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