‹ Manifeste en faveur du monument Louis Hébert [microforme]Chapitre 6 sur 14 · APPEL AU PEUPLE · texte numérisé non relu

APPEL AU PEUPLE

La Société Saint-Jean-Baptiste de Québec vient de prendre l'initiative de l'érection d'un monument à Louis Hébert, le pionnier de l'agriculture en Canade.

Cette action généreuse et de haute portée n'est que le développement naturel de la mission éminemment patrio-

sociation nationale qui, après avoir

tique de notre belle entrepris de rallier sous une même bannière tous les groupes canadiens-français, s'offorce de promouvoir, dans des conventions de plus en plus effectives, les intérêts religieux, intellectuels et matériels de notre race, et couronne son admirable programme par l'érection de monuments destinés à faire revivre les grandes figures de notre histoire, pour les proposer comme modèles aux générations présentes et à celles de l'avenir.

Pour qui connait bien notre histoire, il est clair que dans la pensée de Champlain, fondateur et organisateur, l'expansion française dans le continent nord américain de-

vait avoir pour base l'agriculture, c'est-à-dire l'exploitation du sol et !e développement de ses richesses naturelles par le travail du laboureur. S'il est vrai que Champlain ne fut d'abord que le mandataire ou l'agent des Compagnies de marchands à la recherche de débouchés nouveaux pour leur commerce et la traite des fourrures, il ressort de ses écrits, de ses discours, de ses actions même, qu'il rèva de faire du Canada une France nouvelle, peuplée, comme l'ancienne, d'agriculteurs enracinés au sol et tirant de lui leur subsistance et leur richesse.

Parmi les con pagnons de Champlain à Québec, nos annales nous montrent Louis Hébert se livrant avant tout autre et avec succès à la culture de la terre. ‘‘Ça été, écrivait le fondateur en 1629, 12 premier chef de famille résident au pays, qui vivait de ce qu'il cultivait.”

L'exemple de Louis Hébert fut suivi par Guillaume Couillard, son gendre, qui, lui aussi, sema et récolta, sur le promontoire de Québec, du blé, des pois, et autres céréales.

A cûté d'eux apparaissent Robert Giffard et les Juchereau qui, plus tard, amenèrent du Perche et de la Beauce française ces hardis pionniers qui fondèrent la paroisse de Beauport, la première aglomération de cultivateurs, un modèle de notre admirable organisation paroissiale.

Louis Hébert est vraiment le prototype du cultivateur canadien. Possédant une instruction remarquable et une belle position sociale dans Paris, il n'hésita pas à dire adieu au doux ciel de France pour venir attronter les rigueurs de notre climat.

Poussé par une pensée religieuse et le besoin de se dévouer, il échangea ses pilons d'apothicaire contre la hache du bucheron et les modestes instruments du jardinier, Fondateur d'un foyer chrétien, l'on dirait que ses vertus et ses rares qualités ont laissé leur cachet, leur empreinte sur les milliers de foyers rustiques dans lesquels se perpétuent, sur les bords du Saint-Laurent, et jusque dans les régions les plus éloignées de notre pays, la foi religieuse, la culture française avec le maintien de la langue et les meille rrs instincts de la race.

Guillaume Couillard, devenu son gendre, hérita de ses vertus civiques et lui aussi a honoré la profession d'a-

griculteur. Mais à Louis Hébert revient l'honneur d'occuper le premier rang dans l'histoire, et c'est en lui qu'il faut glorifier le pionnier et le père de notre agriculture, le noble ancêtre de toute la glorieuse lignée de nos cultivateurs, ou pour mieux dire, dans la langue qui nous est propre, ‘‘ de nos habitants ”.

Voilà l'homme à qui la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec a résolu d'éiger un monument qui rehaussera dans l'estime de tous, la noble profession de l'agriculteur et redira aux générations futures les vertus chrétiennes et civiques, les nobles exemples, le dévouement et le patriotisme du citoyen modeste mais éclairé que fut Louis Hébert. Car en honorant le citoyen, nous voulons aussi honorer le noble état qu'il exerça toute Sa vie. Nous voulons que tous ceux qui viendront s'incliner devant sa Statue se pénètrent profondément de l'idée que l'agriculture est la base même de notre existence nationale ; si nous voulons sincèrement l'expansion et la survivance de notre race, nous devons enseigner à la génération présente et à celles qui la suivront que c'est par leur invincible attachement au sol cultivé par leurs mains que nos ancètres ont dû les victoires remportées d'abord sur les éléments, puis sur la barbarie indienne, et enfin sur les écueils autrement dangereux qu'ils ont eu à affronter au cours de la trame mouvementée de notre histoire.

Sans doute, héritiers et soutiens de la culture française dans le nouveau monde, nous devons être bien profondément pénétrés de la pensée que nous nous devons à nous-mêmes et à nos origines d'exercer notre intelligence et de diriger nos efforts dans toutes les sphères ouvertes à l'activité humaine. Nous ne devrons pas craindre d'aborder les problèmes de la science tout comme les sentiers fleuris de la littérature et de nous essayer dans le domaine des beaux-arts. À l'exemple de la * Doulce France ”,

notre mère-patrie, nous devrons avoir aussi l'ambition d'exceller dans l'industrie et dans le commerce. Mais que notre préoccupation primordiale soit toujours de cultiver les champs paternels et de les agrandir par d'incessantes conquêtes sur la forêt restée debout dans la vallée du St-Laurent et des grands Lacs, et jusqu'aux régions lointaines encore inexplorées de la patrie.

Rappellons-nous que de tout temp», mieux que les remparts et les forteresses, la chaumière du paysan a résisté à tous les assauts, à toutes les tempêtes, qui ont menacé d'anéantir les peuples ; que rien n'est fort comme Île lien qui attache le cultivateur au sol arrosé de ses sueurs, quand son bras vaillant tient ferme les mancherons de sa charrue. Rappelons-nousenfin que l'effort de la puissance anglaise qui avait vaincu nos vaillants soldats et miliciens, est venu se briser, comme un flot impuissant, contre la résistance passive mais invincible de nos vingt mille habitants retranchés dans leurs foyers, à l'ombre de la croix et du clocher de leurs paroisses.

Pour toutes ces raisons, il faut que le public réponde à l'appel de la Sociéte Saint-Jean-Baptiste de Québec, mais il faut répondre sans retard el généreusement. Pour nous encourager, NOUS avons, COMME précédents, le succès qui a couronné les efforts des promoteurs des monuments Champlain, Laval et Montcalm.

Nous ferons appel au Gouvernement du Canada, et nous sommes convaincus qu'il fera généreusement pour Louis Hébert ce qu'il a fait pour Champlain et d'autres.

Nous savons que le Gouvernement de la Province de Québec, qui a tant fait pour l'agriculture, est disposé à nous aider avec libéralité. Lui qui a honoré spécialement l'agriculture en créant et en soutenant l'ordre distingué du Mérite Agricole, qui a développe l'industrie laitière, qui a inauguré l'œuvre des bonnes routes, ne peut rester indifférent quand on lui propose de glorifier le père de notre agriculture.

La Cité de Québec, qui s'honore de compter Louis Hébert au nombre de ses plus grands citoyens, s'empres sera de concourir à l'érection de son monument.

Toutes nos sociétés nationales, scientifiques, littéraires, de bienfaisance, d'agriculture et les organisations qui leurs sont subsidiaires, se f:ront un point d'honneur de s'inscrire sur les listes pour une contribution si modeste qu'elle soit

Nous ferons appel aux jeunes gens et même aux enfants et le sou des écoles viendra s'associer à l'hommage rendu à l'une de nos gloires nationales.

Après les honneurs rendus aux saints, aux martyrs,

aux hommes de guerre, le moment est venu de glorifier” ces humbles dont la vie de dévouement et de sacrifices,

embaumée de vertus, vaut bien les plus beaux faits d'ar-

mes et les plus belles actions d'éclat.

C'est avec confiance que la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec s'adresse au grand public, dont la bienvcillance soutenue a toujours généreusement répondu à ses appels, parce qu'on sait que notre association nationale ne demande jamais rien qui ne soit digne de toute considération et pour la plus grande gloire de la patrie.

Pour la SOCIETE SAINT-] EAN-BAPTISTE DE QUEBEC, , Le PRESIDENT, Québec, janvier 1914. P.-H. BEDARD.

Page 1