‹ Manipulations chimiques (volume 2)Chapitre 39 sur 74 · DIVISION DES CORPS I MORTIERS · texte numérisé non relu

DIVISION DES CORPS I MORTIERS

tion préliminaire est nécessaire dans presque toutes les expériences chimiques^ il faut, dans un laboratoire , avoir des pilons et des mortiers de différentes grandeurs et de différentes matières.

283. Il convient donc d'abord d'avoir un gros mortier de fer pourvu de son pilon, d'une forme et d'un poids proportionnés à son usage. Ce mortier pourra être placé dans un des angles du laboratoire sur un billot de bois. Il servira plus particulièrement à concasser des substances d'un gros volume , ou à pulvériser des minéraux , des métaux , etc. Il faut avoir également deux ou trois mortiers portatifs, non métalliques, pouvant contenir d'une à trois pintes, et un d'une capacité beaucoup plus petite pour les substances précieuses. Il en est quelques-uns qui doivent posséder un grand nombre de qualités que l'on trouve rarement réunies. Il faut qu'ils soient assez durs pour ne point s'user par le frottement ou la trituration des corps les plus durs, être d'un grain serré, uniforme, non friable, incapables .d'absorber les liquides, et pouvant résister à l'action des acides, des alkalis ou autres réactifs. .

284. La difficulté de trouver ces propriétés réunies a nécessité l'emploi d'une grande variété de mortiers. Ceux de Wedgewood ont .présenté d'abord la plus grande partie des qualités nécessaires : on s'en procurait d'excellens qui portaient le nom de misl; mais à présent les mortiers de ce genre sont beaucoup plus imparfaits sous le rapport de la forme et de la matière. Un mortier de cette espèce devrait à peine être rayé par le quartz, et résister ' parfaitement à l'action de l'acier trempé , non-seulement dans les endroits qui

170 «ANtPCLÀTIONS CHlMIQtES.

8ont i*ecoùverts d'émail, maïs même au -dessous dt la couverte. Il ne doit eh aucune manière se ternir ou se ciilorer par Taction prolongée d'une forte dissolution acide de sulfate de cuivre ou de muriate de fer; éeé substances salines doivent en être promptement enlevées pfeir la seule action de Teau froide. Enfin , si Ton y réduit en pondre une certaine qualitité de sdble, une once, par exemple, l'on ne doit api*èi Fopératîoil observer dans le poids aUcunè àugmehta'* don sensible. Il faut que le fond soit d'une épaissetii^

suffisante pour résister aux ebocs aux^ quels il peut être exposé, et qu'il a^ dans toutes ses parties les pr6|>orfi(mé indiquées par la figure ci-jointe.

• • 285. Lés pilons doivent autant que possible Être d'un seul morceau et d'une seule substance. Il arrivé quelquefois (pi'ils sont surmontés à la pai^tiê fmpé^ rîeure d'une espèce de manche en bois ; cette disposi»tion est défectueuse en ce que quelque portion dé là matière, qui sert de ciment, peut se détacher et Àè mêler avec celle qui est dans le mortier. Le pilon doit être d'une forme telle, qu'on puisse facilement le saisir par le haut, et qu'il présenté par le bas une large sui*face dé contact avec le fond dU mortier. Son diamètre inférieur doit être environ le tiers ou le quart du dîa^ taiètre supérieur du mortier , et la surface courbe qui le termine doit être d'un rayon un peu plus petit qUfc celle du mortier. Cette disposition est nécessaire 9tûii

3 ne Tespace qui sépare les deux surfaces augmente 'une manière insensible à partir de leur point de contact. Avec un pilon et un mortier d'une fornjte sem-

blable à celle qui est indiquée dans la figure, on pourra, en variant les position^, mettre en contact des surfaces d'une cour* bure si dififerente , que Tespaôe intermë^ diaire ira en s^accroissant dans toutes le^

!>roportions , ce qui est d'une grande importance dani a pratique.

286. Le ittortîei' et le pilon ne doivent pas être par«laitement polis dans leurs points de contact, ^ans céU les substances glisseraient entre eux, et ne pourraient être pulvérisées. Cet état s'obtient ordinairement pàif l^usage, mais quoique ce dépoli de la surface soit extrêmement utile, 'il est néanmoins une preuve que les mortiers ne sont point assez durs pour les usages auxquels on les a employés, surtout lorsqu'il s^obtient fromptement. Un moyen prompt de dépolir la surface d'uii inortiet consiste à y broyer du sabie ou de l'ëmeri. Indépendamment de ces mortiers on doit eii avoir encore deux plus petits de même substance. Ik doivent, les uns et les autres, être pourvus de bécé pour verser facilement les liquides.

287. On tire de Suède d'excellens mortiers en pot*pbyre , qui sont extrêmement durs , et résistent parfai* tement aux âgens chimiques ; mais ils ne sont pas eil général d'une grande dimension, et ils coûtent fort cher. Leur forme est extrêmement variée , et dépend des blocs dans lesquels on les taille. Ils doivent être accompagnés d'un pilon de même substance.

288. On fait aussi avec de l'agathe des pilons et des mortiers très-commodes pour pulvériser ou mélanger de petites portions de substance; ils sont en général moins profonds que les mortiers ordinaires , et cette

formel jointe à la finesse du grain et à la duretë de l'agate , permet d'y rassembler et d'y triturer de petites portions de matière pins facilement que dans les mortiers ordinaires. Il faut cependant éviter de leur faire éprouver des chocs trop forts, car ils sont beaucoup plus fragiles que les mortiers de porphyre ou autres , parce que l'agate renferme souvent des fentes qui y sans être très-apparentes à l'œil , et nuire à la dureté du mortier, exigent néanmoins que l'on opère avec des ménagemens. On peut les dépolir comme nous l'avons dit plus haut.

. 289,. Les mortiers de bois, de marbre ou de fer, ne sont pas propres à toute espèce d'usage, à cause de leur peu de dureté, et de l'action que produisent sur eux différentes substances. Un mortier en fer pouvant contenir d'une à deux pintes est cependant utile ^ soit pour pulvériser les substances qui étant sans action sur lui sont d'une trop grande dureté pour être pilées dans un mortier ordinaire, soit pour recevoir le mercure. Les mortiers de verre servent si peu dans les laboratoires, à cause de leur fragilité, et de la facilité avec laquelle ils cèdent aux dissolvans énergiques, l'alkali ou le plomb qp'ils renferment, qu'il est tout-àfait inutile d'en avoir.

290. Relativement à la manière de se servir d'uù mortier, elle varie suivant les substances. S'il s'agit d*une masse d'une dureté moyenne , comme pourraient être différentes substances salines et minérales, il suffît de la frapper de petits coups secs, et si elle offre une certaine ténacité, comme le sel ammoniac, il faut tlors, en frappant sur la substance, appuyer fortement avec lo pilon pour en désagréger les parties. ,

• PULVERISATION. - 173

Dans tons les cas, si Ton craint que les fragmens ne soient projetés hors da mortier, il est bon de le couvrir avec un carton ou une planche ronde percée d'un ' trou dans le milieu pour donner passage au pilon. On dispose au besoii^, pour le même usage , un linge au milieu duquel on pratique une ouverture.

291 et 292. Si la substance ne peut pas être facilement brisée dans le mortier sans s'exposer à l'endommager, il est convenable de la concasser sur une enclume ; et si Ton avait à craindre que les fragmens ne s'écartassent au loin , il faudrait l'envelopper avec du papier.

293. Il est plusieurs substances métalliques, telles que le cuivre , la fonte , les alliages de cuivre , etc., qui se brisent beaucoup mieux lorsqu'elles ont été préalablement chauffées ; il faut en conséquence les faire rougir avant de chercher à les diviser.

294. Avant de quitter ce sujet, il est convenable de faire observer que plusieurs corps peuvent être divisés à l'aide de pinces ou d*instrumens tranchans. Dans ce cas, il faut avoir égard au grain de la substance, et à la direction de ses joints. Le muriate d'ammoniac se sé<parera facilement dans le sens de ses fibres. C'est pour cette raison que lorsqu'on veut le pulvériser, il est mieux de le placer dans le mortier, de manière que la direction de ses fibres soit verticale plutôt qu'horizontale. '

295. 296 et 297. Il est nécessaire pour plusieurs expériences d'avoir la substance que l'on veut éprouver, non pas réduite en poudre, mais concassée plus ou moins grossièrement. Il faut alors frapper perpendiculairement, et avec une certaine légèreté, sur les fragmens , en évitant surtout les mouvemens de trituration qui tendraient à donner une poudre fine..

1 71 MANIPUI.4fI0HB ^IIUQUES.

298, Lorsqu'au contrairQ on a bf^^iii d*<A4eiiif une poudre très -fine, il estt plus cony cablet d^ bro^ar ou de triturer I at de diriger le pilou un peu obliquement, jan ayant soin de ne pas frapper préciseinent au centra du mortier, mai» un peu sur les cdtés , de ma^ai^ra à ca que le pilon poit ramené dans le milieu par la diractiofi^ iwUuéa du fond du mortier»

299, 300, aoi e(a02. Toutea ces diffarantfs ma* i^es de faira seront miau% appraçiées , et leur avan* laga mieux senti , par la plus légère pratique , qua d'apràs les deseriptious les plus minutieuses,

303. La quantité de substance sur laquaUa il est fiéoessaire d'errer dépend de ,la matièra et. de la fip^ssa de la poudre que l'on veut obtenir. Lorsqu'on yeut avoir une poudre très-fine, il taut n'opérer que Âur de petites quantités à la fois, de manières n'avoir qu'une couche légère au fond du mortier* Si la quantité dont çn a besoin ast considérable j» on l'obtiendra facilement en réduisant d'abord la totalité de la sul> atance en poudre grpsisière , la retiraut auauite du mofv tier, pu^s an l'y remettant par petites, portions pour la convertir en poudre fine.

304-^305. L'on peut juger jusqu'à un cartain points de la ténuité d'une poudre aux caractères suivana* Si le Cjorps que l'on pulvérise e^t cploré, fa pour dre sera d'autant plus fine que la couleur sera plus afiOsiiblie. Lorsqu'elle ne gagne plus avec la mén^ précipitation le fond du mortier j; qu'Ole s'aglomèr a commf» le ferait une poudre légèrement humectée , e;t qu'eUe conserve facilement la fornpie qM'on lui donne an \^ remuant avec une spatule, ce sont autant d'indicea d'une grande division,

Page 1