COUPES MICROSCOPIQUES
Un certain nombre d'objets peuvent être observés directement au microscope (grains de pollen, spores) ; mais, dans la plupart des cas, ils sont trop épais pour pouvoir être observés
LA TECHNIQUE MICROSCOPIQUE
directement. On les débite alors en tranches minces au moyen d’un rasoir bien affilé; ces tranches minces portent le nom de coupes. Le rasoir dont on se sert doit être plan sur une de ses faces, et non excavé des deux côtés comme le sont les rasoirs ordinaires. On peut faire les coupes, soit en tenant simplement l’objet à la main, soit en le fixant sur des appareils spéciaux qui ont reçu le nom de microtomes.
Il y a lieu tout d’abord de se préoccuper de la consistance de l’objet que l’on veut couper; il peut se faire en effet qu’il soit ou trop dur ou trop mou, et il faudra ou le ramollir ou le durcir, pour l’amener à la consistance voulue, consistance que l’on n’arrive d’ailleurs à déterminer que par la pratique. On obtient le durcissement, surtout par immersion des objets dans l’alcool fort, et le ramollissement par macération dans la potasse ou la soude étendues. Nous reviendrons du reste sur ce dernier point.
Lorsque les objets sont trop petits pour être tenus à la main on les inclut , c’est-à-dire qu’on les renferme, soit dans un cylindre de moelle de sureau, soit dans la paraffine ou le collodion.
Quoi qu'il en soit, l’objet étant ainsi mis en état d’être coupé, on opérera de la manière suivante. Pour faire les coupes à la main, et c’est surtout le procédé qu’on devra s'attacher à employer, on tient l’objet d’une main et le rasoir de l’autre. Le rasoir doit être toujours bien affilé, et comme son tranchant s’émousse très facilement, on doit, avant d’en faire usage, le passer sur une bonne pierre à aiguiser, puis sur le cuir à affiler. Après avoir donné un premier coup destiné à obtenir une surface plane, on fait des coupes successives, aussi minces que possible, que l’on dépose en bloc dans un petit baquet en verre renfermant de l’eau alcoolisée ou additionnée d’un peu de potasse; les coupes s’y étalent, reprennent leur forme primitive, et on peut ensuite choisir celles qui paraissent le plus minces pour en faire tome de Ranvier. l’observation. Le rasoir dont on se sert doit toujours être humecté d’alcool ; il suffit pour cela de le plonger de temps en temps dans une soucoupe remplie de ce liquide.
HISTOLOGIE GÉNÉRALE
Quant aux microtomes, on en construit de nombreux modèles; un des plus simples et des plus commodes est le micro-
tome de Ranvier (fig. 24). L'objet à couper est placé avec la masse d’inclusion dans la cavité qu'on voit creusée au centre du plateau, et dont le fond est obturé par une plaque que peut
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faire monter une vis, qui tourne dans un écrou fixe. En tournant cette vis, on fait donc peu à peu avancer l’objet qui vient présenter au rasoir une épaisseur nouvelle à trancher. On fait glisser celui-ci sur le plateau supérieur en verre bien dressé, on coupe la portion qui dépasse, et l’on a ainsi une fine lamelle de tissu.
Les microtomes dits automatiques dans lesquels le même mouvement fait avancer l’objet à couper et mouvoir le rasoir, sont très commodes, mais toujours assez coûteux. Le microtome de Rivet grand modèle (fig. 25) présente certains avantages. Il se compose d’un chariot portant l’objet à couper dans une pince, et se mouvant sur un plan incliné ; le rasoir se meut dans une glissière horizontale A. Le chariot est actionné par la vis B, qui à chaque tour, le fait monter sur le plan incliné d’une quantité donnée; on présente donc ainsi au rasoir une nouvelle tranche de tissu à découper.
Puisque ce livre a surtout pour but d’être un guide des travaux pratiques de matière médicale, il convient d’indiquer d’une façon toute spéciale, les manipulations que l’on doit faire subir aux drogues simples d’origine végétale, toujours desséchées et parfois très dures, pour en obtenir de bonnes coupes, susceptibles de montrer facilement tous les détails de structure que recherche l’observateur.
Les échantillons de matière médicale étant, en général, beaucoup trop durs pour être coupés directement, il faut avant tout se préoccuper de les ramollir sans altérer les tissus. On y parvient très facilement en les mettant à macérer, pendant un temps dont la durée varie avec la consistance de l’objet, dans une solution de potasse ou de soude à 3 p. 100, additionnée d’un peu de glycérine. Lorsque l’objet a acquis la consistance voulue, on le lave à l’eau distillée, et on en fait des coupes par les moyens déjà indiqués. Si la macération dans la solution alcaline avait été prolongée plus qu’il n’eut convenu, et si par suite, l’échantillon était devenu trop mou, il suffirait de le plonger pendant quelques heures dans l’alcool fort pour remédier à cet inconvénient. Les coupes sont déposées dans une solution de potasse à 4 p. 100, grâce à laquelle les tissus se gonflent à nouveau et achèvent de reprendre leur forme pri-
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mitive, à tel point que les coupes paraissent avoir été pratiquées sur des drogues fraîches. C’est ainsi que certaines écorces de Quinquina de 3 millimètres d’épaisseur environ à l’état sec, donnent des coupes de plus d’un centimètre de largeur.
Les coupes ainsi obtenues peuvent être colorées ainsi qu'il sera dit plus loin, mais il convient avant de les porter dans les bains colorants, de leur faire subir encore un traitement préalable. En effet, la plupart des tissus des drogues desséchées sont colorés en brun, parfois même à tel point que la couleur des membranes cellulaires masquerait complètement celle des réactifs colorants employés. Il est donc très important de les décolorer, et on n’a pour cela qu’à plonger les coupes dans la liqueur de Labarraque jusqu’à décoloration complète. Elles sont ensuite lavées à grande eau et portées dans les bains colorants.