Tissu sécréteur
On désigne sous le nom de tissu sécréteur , l’ensemble des éléments qui ont pour fonction d’accumuler en eux-mêmes certains matériaux qui sont des produits d’élimination ou de sécrétion. Ces produits sont d’ailleurs très divers : ils peuvent être formés de tannin, de mucilage, d’essences, de résines ou de gommesrésines, tantôt à l’état naturel, tantôt sous forme d’émulsions qui portent le nom de latex. De même que pour la nature du produit, la forme des cellules sécrétrices est très variable, et ces deux caractères sont tout à fait indépendants. Des cellules de même forme peuvent en effet sécréter des
Fig. 97. — Poil en écusson de la Fig. 98. — Poil scarieux du
feuille d’Olivier. Ceterach officinarum.
produits différents, tandis que le même produit peut être sécrété par des cellules de forme toute différente. On peut diviser les différentes formes sous lesquelles se présente le tissu sécréteur en quatre groupes : les glandes, les nodules , les vaisseaux et les canaux.
a. Glandes sécrétrices.
Une glande sécrétrice est toujours formée au début par une seule cellule dans laquelle s accumule le produit de sécrétion : de sorte que la glande sécrétrice a toujours une paroi propre . Cette glande, tout d abord unicellulaire, peut devenir pluricellulaire à la suite de cloisonnements ultérieurs de la cellule primitive ; mais le produit sécrété reste toujours dans la cel-
Fig. 100. —Glande de Lantana; 2, glande du Thym; 3, glande de Pélargonium .
Fig. 99. — Poils glanduleux du Cistus creticus.
Fig. 101. — Glande du Pogostemon Patchouli.
Iule où il s’est formé, et ne se déverse pas dans un réservoir spécial.
Les glandes sécrétrices peuvent être une dépendance de l’épiderme ou bien être situées à l’intérieur des tissus : dans le premier cas, elle sont externes ; dans le second cas, elles sont internes.
LES TISSES
1° Glandes externes. — Ces sortes de glandes sont généralement situées à l’extrémité de poils épidermiques, tantôt très longs (fi g. 99), tantôt au contraire très courts (fig. 100 et 101), à tel point que la glande paraît insérée directement sur l’épiderme ; ces poils sont souvent désignés sous le nom d e poils glanduleux.
Laglande peut demeurer unicellulaire((7*sto creticus{ fig. 99), Pélargonium (fig. 100), Pogostemon Patchouli (fig. 101), Jusquiame, etc.), ou bien devenir pluricellulaire par formation de cloisons longitudinales [Lantana, fig. 100) ou transversales. Parfois la cuticule des cellules sécrétrices se soulève, et il se forme ainsi une sorte de poche dans laquelle s’accumule pendant quelque temps le produit sécrété (fig. 102, d).
Les glandes qui sécrètent les essences des Labiées appartiennent à ce type et elles sont le plus souvent pluricellulaires, comprenant tantôt quatre cellules (. Lamium ), tantôt huit (Menthe, fig. 103), tantôt douze {Thym (fig. 100), Satureia , Lavande, etc.). Il faut rapprocher
Fig. 102. — Glandes des bractées du Houblon ( Lupulin ) à divers états.
des glandes des Labiées, celles de la feuille du Noyer (pl. XXIX, fig. 1), du Chanvre, du Houblon ( Lupulin , fig. 102), des Composées (. Matricaria , Achillea Mille folium. Arnica mon -
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tana, Absinthe (pl. XXIX, fig. 3), Artemisia Cina (pi. XXX, fig. 4, 5, 6), celles du fruit du Rottleria tinctoria connues sous le nom de Kamala (fig. 104), etc.
Les glandes sécrétant la matière visqueuse qui enduit en hiver les bourgeons du Marronnier, de l’Aulne, du Caféier, etc., ont aussi la même structure. Enfin sont constituées de même, les glandes que l’on rencontre à l’intérieur des lacunes du rhizome de Fougère male : ce sont là d’ailleurs des formations intermédiaires entre les glandes externes et les glandes internes.
2° Glandes internes. — Les glandes internes se rencontrent dans le parenchyme des différents organes de la plante, et principalement dans la tige, la feuille et le fruit. Elles se distinguent des cellules environnantes par leur plus grande dimension et par l'absence de chlorophylle. Le plus souvent, elles renferment des gouttelettes d’huile essentielle, quelquefois cependant du mucilage (tubercules d Orchis, écorce de Cannelle de Ceylan). On trouve des glandes de cette nature dans un grand nombre de plantes médicinales :
rhizomes d’Acore vrai (pl. XII, fîg. 2), de Gingembre (pl. X, fig. 2), de Galanga, de Curcuma, de Zédoaire; écorces d Angusture vraie (pl. XIV, fig. 1), de Cascarille(pl. XXI, fig. 2), de Cannelle blanche (pl. XX, fig. 1) ; racine de Valériane ; feuilles de Laurier, de Camphrier (fig. 105, <//), de Sassafras, de Matico; fruits de Cubèbe, de Poivre noir (pl. XXXII) ; graines des Cardamomes; arille de la Noix muscade (Macis), etc.
b. Nodules sécréteurs.
Les nodules sécréteurs sont toujours formés par des espaces intercellulaires arrondis, dépourvus de paroi propre , dans les-
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quels s’accumule le produit des cellules environnantes qui sont sécrétrices. Il résulte de cette définition que les nodules sécréteurs sont toujours pluricellulaires, et qu’il y a un réservoir indépendant des cellules sécrétrices elles-mêmes. Les nodules sécréteurs se rencontrent dans les Myrtacées (feuilles d’Oranger (pi. XXI Y, fig. 3), de Citronnier, d’Eucalyptus (pl. XXI Y, fig. 1), de Myrte, etc.), les Hypéricinées, les Diptérocarpées, les Rutacées, certaines Légumineuses ( Hymenæa , Trachylobium ), les Burséracées, les Oxalées, les Myrsinées, le fruit du Genévrier (pl. XXXIII, fig. 1 ), la feuille de Sabine (pl. XXIX, fig. 4), etc.
Les espaces intercellulaires des nodules dont il vient d’être question sont toujours formés par écartement des cellules; il existe cependant quelques nodules sécréteurs dont la cavité centrale est formée par résorption des cellules (Rhamnées, Copaifera Lcingsdorfii , etc).
c. Vaisseaux sécréteurs.
Les vaisseaux sécréteurs sont formés, comme leur nom l’in-
Fig. 106. — Coupe longitudiuale de la Fig. 107. — Coupe longitudinale de
moelle de l’Érable à sucre {Acer saccha- la racine de Chélidoine { Chelido rinum avec vaisseaux sécréteurs (c. t). nium majus ) avec vaisseaux sécréteurs (/).
dique, par des files de cellules sécrétrices ajoutées bout à bout ;
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il se constitue ainsi des vaisseaux dans lesquels les cloisons transverses persistent, ou bien se résorbent, ou même ne se forment pas du tout. Gomme pour les glandes, il y a toujours ici une paroi propre, et il n’y a pas de réservoir spécial pour
Fig. 108. — Coupe longinale de l’écorce du Salsifis ( Tragopogon ) avec vaisseaux sécréteurs (l).
Fig. 109. — Frag- Fig.l 10. —Fragment meut d'un lati- d’un laticifère
cifère d 'Euphov- d’une tige d’Ascle-
bia splendens. piadée ( Ceropegia ).
recevoir le produit de sécrétion; celui-ci demeure là où il a pris naissance. Il y a plusieurs types à considérer, suivant que le vaisseau est cloisonné ou non, suivant qu'il reste simple ou se ramifie, suivant que les ramifications demeurent indépendantes ou s’anastomosent.
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1° Dans les Érables (fig. 106), les files de cellules sécrétrices sont indépendantes et les cloisons transverses persistent. A ce type, se rattachent les vaisseaux sécréteurs des Convolvulacées (Jalap, Scammonée, etc.), des Légumineuses, des Aloès, de certaines Ronces ( Rubus Idæns , etc.). La Chélidoine peut se placer dans le même groupe, mais elle présente cependant cette particularité que les cloisons transverses sont perforées (fig. 107, /).
2° Dans certaines Ronces [Rubus fruticosus ), dans les Rosiers, etc., les cloisons transverses persistent encore, mais les files de cellules sont unies latéralement par des anastomoses formées de cellules semblables; l’ensemble représente donc un réseau sécréteur cloisonné.
3° Dans les Chicoracées, on trouve aussi un réseau sécréteur, mais sans cloisons transverses (fig. 108). Le tissu sécréteur des Pavots, des Campanulacées, des Lobéliacées, des Papayacées, etc., présente une structuré analogue. Comme le plus souvent ces vaisseaux renferment le produit sécrété sous forme d’émulsion ou latex, on a coutume de les désigner fréquemment sous le nom de vaisseaux latici fèves.
4° Enfin, dans les Euphorbiacées, les Urticacées, les Apocynées et les Asclépiadées, les vaisseaux sécréteurs sont dépourvus de cloisons, au moins dans la plupart des cas ; ils sont en outre fréquemment ramifiés, mais les ramifications ne s’anastomosent jamais entre elles (fig. 109 et 110). Ils renferment aussi du latex et partagent avec les précédents le nom de vaisseaux laticifères.
d. Canaux sécréteurs.
Les canaux sécréteurs sont des espaces intercellulaires très allongés, bordés de cellules sécrétrices, qui déversent dans la cavité leur produit de sécrétion (fig. 111); ils nont pas de paroi propre, et sont les
canal sécréteur de la moelle du Fenouil.
loi;
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analogues des nodules sécréteurs. Ces canaux se rencontrent dans un certain nombre de familles où ils affectent souvent une disposition tout à fait caractéristique. On les trouve dans les Conifères, les Ombellifères (pl. XI, fig. 1), les Corymbifères (pi. 1Y, fig. 2), les Anacardiacées, etc.