‹ Manipulations de physique; cours de travaux pratiques, professé a l'École supérieure de pharmacie de ParisChapitre 23 sur 299 · SIXIÈME MANIPULATION · texte numérisé non relu

SIXIÈME MANIPULATION

Construire un alcoomètre centésimal à Vaide d'un étalon, en ayant recours, pour la graduation de Véchelle, à la loi des triangles semblables.

L'alcoomètre centésimal, imaginé en 1820 par Gay-Lussac, est un aréomètre à poids constant, semblable, quant à la fonne, aux aréomètres ordinaires ou aux dcnsimètres, mais différant de ces aréomètres par une graduation spéciale et par le sens des indications qu'il fournît.

Les alcools que l'on trouve dans le commerce, de même que les eaux-de-vie et les diverses liqueurs spiritueuses, représentent des mélanges en proportions variables d'alcool absolu et d'eau. Leur composition ne peut se déduire de leur densité ; car, lorsqu'on mêle n volumes d'eau et n' volumes d'alcool, on obtient un mélange dont le volume, après refroidissement, est plus petit que n -f- n'. 11 y a donc toujours contraction, et cette contraction est variable suivant la proportion des deux liquides employés. Il suit de là que les dcnsimètres qui donnent la densité comparée des divers mélanges d'alcool et d'eau, ne disent rien quant à leur titre réel, c'està-dire quant à la proportion d'alcool absolu contenu dans un même volume de chacun d'eux.

L'alcoomètre de Gay-Lussac donne immédiatement et à simple lecture cette précieuse indication. 11 est gradué de telle faço/i que, lorsqu'on le plonge dans un mélange d'alcool et d'eau à la température de -\- 15", le degré de sa tige qui correspond à l'affleurement du liquide exprime précisément les centièmes d'alcool en volumes, qui se trouvent contenus dans le mélange essayé.

Construction d'un alcoomètre étalon. — Avant de donner les détails qui se rattachent à la manipulation actuelle, il importe de rappeler comment Gay-Lussac a établi l'alcoomètre étalon dont on doit faire usage. Le procédé comprend les quatre opérations suivantes :

I* Choisir un tube aréométrique dont la tige et la partie renflée

aient des dimensions relatives telles que, Tinslrument étant convenablement lesté, les niveaux d'afdeurement dans Teau distillée et dans Talcool absolu correspondent aux deux extrémités de la tige ; faire plonger cet aréomètre dans l'eau distillée à + 15% et ajouter du lest par l'extrémité ouverte jusqu'à ce que le point d'affleurement ait lieu vers le bas de la tige : marquer 0" ce point d'affleurement.

2** Dans une série de dix vases semblables, jaugés tous très-exactement à 100 cent, cub., introduire successivement 10, 20,30,40, 50,... 100 cent. cub. d'alcool absolu; ajouter ensuite dans chacun d'eux la quantité d'eau nécessaire pour compléter un volume exact de 100 cent, cub., mesurés après refroidissement.

3" Plonger dans chaque liqueur à + 15Me tube alcoométrique qu'il s'agit de graduer, et marquer aux points d'affleurement successifs les nombres 10, 20, 30, 40, 50,... 100.

4" Partager l'intervalle qui sépare deux nombres successifs en dix parties égales qui seront les degrés centésimaux de l'instrument.

Il est clair que, dans toute liqueur où il n'y aura que de l'alcool et de l'eau, les points d'affleurement d'un aréomètre ainsi construit donneront immédiatement la proportion en centièmes et en volumes de l'alcool pur qui s'y trouvera contenu. Il est vrai qu'en divisant en dix parties égales l'intervalle qui sépare chacune des divisions primitives, on commet une erreur d'appréciation sur la longueur réelle des degrés; mais cette erreur est ici très-légère, el, en tout c^s, elle est parfaitement négligeable, eu égard au petit intervalle dans lequel se trouvent comprises les différences qu'il s'agit d'apprécier.

Considérations sur Véchelle de Valcoomètre centésimal. — Lorsqu'on examine avec attention la tige AB d'un alcoomètre centésimal ABC (fig. 41), gradué comme il vient d'être dit, on reconnaît que ses degrés ne sont point également espacés, ce qui pouvait être prévu d'après ce qui a été énoncé sur la contraction des deux liquides au moment de leur mélange. Mais on reconnaît aussi que la distance entre deux divisions consécutives ne suit pas une progression régulière : elle diminue de 0" à 20% reste presque stationnaire de 20* à 30**, et augmente ensuite rapidement de 30* à 100'.

ALCOOMÈTRE CENTÉSIMAL.

Ce second fait, qui parait singulier de prime abord, est généralement expliqué par cette circonstance que la conti-aclion à laquelle donne lieu le mélange est elle-même irrégulière, qu'elle varie selon les proportions relatives des deux liquides, et que sa valeur maximum correspond au cas où Talcool forme les 54 centièmes en volume du mélange total.

Dans une note insérée au Journal de physique théorique et appliquée, I, 201, M. Duclaux montre que cette explication est insuffisante et inexacte. La contraction que l'on invoque, dit M. Duclaux, ne peut intervenir que pour rendre la variation de densilé moins sensible de 0" à 54" et plus sensible de 54" à 100*. Mais elle ne peut aller jusqu'à changer le sens du phénomène, et puisque la densité de l'eau va toujours décroissant à mesure que la proportion d'alcool ajouté est plus considérable, les divisions de la tige de l'alcoomètre doivent aller toujours en s'écartant les unes des autres, à mesure qu'on s'élève du point 0" au point 100**. .

Cependant l'observation montre qu'elles vont en se rapprochant à partir du point 0" jusqu'au point 20*. Pour expliquer ce singulier résultat, M. Duclaux a recours à l'influence de la tension superficielley influence qui a été jusqu'ici méconnue ou négligée, et dont l'effet est pourtant incontestable, surtout lorsqu'il s'agit d'aréomètres d'une certaine sensibilité. La tension superficielle que nous avons définie dans la manipulation précédente, page 68, est une force avec laquelle on ne peut se dispenser de compter, lorsqu'on veut se former une idée exacte des phénomènes relatifs à l'alcoométrie. Elle est très-marquée dans l'eau pure, mais elle varie beaucoup quand on passe de l'eau aux alcools faibles. En pareil cas, la tension superficielle éprouvant de très-grandes variations, l'alcoomètre se relève plus que l'exige la variation de densité, de sorte que

Fie. -11. — Alcoomètre centésimal de Gay-Lussac.

les degrés inférieurs de son échelle sont tous un peu plus élevés qu'ils ne devraient l'être. Dans les alcools forts, au contraire, la tension superficielle ne présentant plus que des variations nulles ou insignifiantes, les degrés qui correspondent à l'affleurement ne dépendent plus que des variations de densité, et occupent par conséquent leur place réelle. Il faut donc qu'il y ait entre ces deux extrêmes des divisions plus rapprochées les unes des autres qu'elles ne le seraient si la tension superficielle n'existait pas.

Influence de la température. — Les indications de l'alcoomètre ne sont exactes que pour la température à laquelle il a été gradué. La chaleur ayant .pour effet de modifier le volume et par suite la densité des liquides essayés, si la température de ces liquides esl supérieure ou inférieure à + 45% l'alcoomètre qu'on y plonge s'y enfonce plus ou moins qu'il ne devrait le faire, et indique par cela même un titre trop élevé ou trop faible.

Il est donc nécessaire, quand on veut évaluer la richesse d'un alcool, soit d'opérer à -f- IS** en plongeant l'éprouvette qui contient le liquide dans de l'eau de puits amenée artificiellement à cette température, soit de corriger l'influence de la chaleur en recourant aux tables à double entrée construites avec beaucoup de soin par Gay-Lussac. Sur la première colonne verticale se trouve l'indication des températures; sur la première colonne horizontale se trouve celle des degrés alcoométriques. On choisit sur les deux colonnes les chiffres qui représentent les données de l'observation; et, au point où elles se rencontrent dans leur prolongement, on trouve le degré que l'instrument aurait réellement marqué, si la température eût été à -|- 'i5^

Construction de Valcoomètre à Vaide d'un étalon, — Lorsque, par la série d'opérations laborieuses qui vient d'être décrite, on est parvenu à graduer très-exactement un alcoomètre étalon, on peut, à son aide, et sans beaucoup de peine, construire un nombre illimité d'alcoomètres tout aussi exacts que celui qui leur a servi de modèle (I); c'est là le véritable objet de la manipulation actuelle, et voici pour cela la marche qu'il convient de suivre :

(l) Il est à remarquer, toutefois, que le procédé de graduation à l'aide d'un étalon n'est exact d'une manière absolue que dans certaines conditions spéciales. En calculant l'influence exercée par chacun des éléments, poids, volume, diamètre des tiges,

ALCOOMÈTRE CENTÉSLMAL. 79

1*» Donner au tube alcoométrique qu'il s'agit de graduer le lest convenable pour que le point d'affleurement dans l'eau à + 15' soit placé aussi bas que possible sur la tige.

2° Introduire dans l'intérieur de ce tube une échelle à divisions arbitraires. Le plonger ensuite, comparativement avec l'étalon, d'abord dans l'eau distillée à + 15** (fig. 42), puis dans l'alcool ordinaire (fig. 43) également à -|- ^5^ Noter les deux degrés indi-

FlC. iâ. — Tube alcoométrique plongeant, comparativement avec un alcoomètre étalon, dans Teau distillée.

Fig. 13. — Tube alcoométrique plongeant, comparativement avec un alcoomètre étalon, dans l'alcool du commerce à 80° C.

qués par l'étalon, soient par exemple 0** dans le premier cas, et 85** dans le second ; noter en même temps les deux divisions de l'échelle arbitraire qui correspondent à ces degrés.

tension superficielle des liquides, M. Duclaux (Journal de physique théorique et appliquéCy I, 202) a reconnu que les deux échelles ne sont parfaitement comparables qu'autant que les deux alcoomètres supposés cylindriques sont semblables entre eux, en prenant, il est vrai, le mot semblables dans un sens plutôt physique que géométrique. Il en résulte, comme conséquence, que, si l'on voulait construire un alcoomètre beaucoup plus sensible que l'étalon qui lui sert de modèle, on ne pourrait y parvenir théoriquement qu'en agrandissant les dimensions de l'étalon. Si l'on se contentait de diminuer les dimensions du nouvel instrument, on sortirait des conditions où le procédé usuel est rigoureusement applicable.

3' Construire l'échelle définitive à l'aide de ces données; en ayant

égard à la loi des triangles semblables :

Pour cela, on trace sur une feuille de papier blanc deux lignes

inclinées partant d'un sommet commun (fig. M). Sur l'une de ces

deux lignes, la ligne AB, on reproduit toutes les divisions de l'étalon, en plaçant le 0* au point d'intersection des deux lignes. Sur l'autre, la ligne CD, on reproduit les deux points de l'échelle arbitraire, en ayant également soin de placer le O^'au point d'intersection commune. Supposons que le second point de repère soit 85% comme nous l'avons admis plus haut : on joint par une ligne droite les deux points 85" de l'étalon et de l'échelle arbitraire. Puis, à l'aide de la règle en T articulée, on tire autant de droites parallèles à cette ligne qu'il y a de degrés sur l'échelle de l'étalon, en faisant passer chacune d'elles par les points qui correspondent à ces degrés. Il est évident, d'après la loi des triangles semblables, que la seconde ligne est partagée en parties qui

FiG.ii.-Dispositbngéomé- gout toutcs proportionnelles à celles de

trique pour construire léchcUe ,^ r r

de Talcoomètre au moyen des la première.

triangles semblables. ^« Introduire l'échelle définitive ainsi

formée dans l'intérieur du tube; l'assujettir dans la position qu'elle doit avoir; la fixer avec un peu de cire à cacheter, et fermer enfin l'instrument par le procédé déjà connu.

Utilité et emploi de Valcoomètre cenlésimal. — L'alcoomètre centésimal, construit comme il vient d'être dit, est un des instruments les plus précieux dont le pharmacien puisse faire usage. La détermination de la richesse alcoolique des liquides spiritueux est une opération qui se présente à tout instant dans les officines ; et, de tous les moyens mis en pratique pour l'effectuer, celui qui repose sur l'emploi de l'alcoomètre centésimal est à la fois le plus simple, le plus rapide et le plus exact. Il importe, toutefois, de ne

ALCOOMÈTRE CENTÉSIMAL. 81

se faire aucune illusion sur ses avantages, et de donner aux indications qu'il fournit le sens précis qu'il convient d'y attacher.

I. Il faut se rappeler d'abord que l'alcoomètre centésimal ne s'applique qu'aux mélanges d'alcool et d'eau. C'est en vain qu'on penserait obtenir la richesse alcoolique d'un liquide complexe, tel qu'un vin ou une teinture, par l'emploi direct de cet instrument. Le degré marqué par le point d'affleurement ferait connaître, il est vrai, la densité de ces liquides ; mais aucune relation n'existant, en pareil cas, entre leur densité et leur composition chimique, la première notion ne pourrait conduire, même approximativement, à la seconde, et on resterait dans une ignorance complète sur la proportion d'alcool absolu, rapportée à la masse totale du mélange. Si l'on voulait acquérir une donnée précise sur ce point, il faudrait, comme nous le verrons dans la manipulation relative à l'essai des vins, séparer les matériaux fixes par distillation, et plonger l'alcoomètre centésimal dans le produit de cette distillation, ramené au volume primitif par addition d'eau.

II. Il ne faut pas perdre de vue que les indications de l'alcoomètre centésimal varient avec la température. C'est un point que nous avons déjà établi, et sur lequel il importe de revenir avec quelques détails.

La chaleur, appliquée à un mélange d'îClcool et d'eau, a pour double effet d'en augmenter le volume et d'en élever le titre : elle en augmente le volume parce qu'elle le dilate, et elle en élève le titre parce qu'elle en diminue la densité. Le pharmacien qui ignorerait ou qui oublierait cette circonstance pourrait se trouver exposé à d'étranges méprises.

Supposons, par exemple, qu'il ait demandé à son fournisseur 10 litres d'alcool à 85°, et que la fourniture ait été faite dans les conditions réglementaires. La vérification amènera des résultats fort différents, suivant qu'elle se fera en été ou en hiver. Dans le premier cas, l'alcool paraîtra à la fois plus abondant et plus riche, et donnera à penser que le fournisseur a commis une erreur grossière à son préjudice ; dans le second cas, au contraire, l'alcool n'aura ni le volume, ni le titre exigés, et, cette fois, c'est au préjudice du pharmacien que l'erreur paraîtra commise.

Cependant ces résultats seront bien ce qu'ils doivent être, comme on pourra s'en convaincre en les ramenant à une saine interpré-

BUIGNET. 6

tation. La condition de température qui a été admise comme condition normale est celle de 15 degrés du thermomètre centigrade. C'est à celte température que le fournisseur doit mesurer et titrer l'alcool qu'il expédie : c'est aussi à cette température que Je pharmacien doit en effectuer la vérification. Or, si cette vérification s'effectue à toute autre température notablement différente de -j- 15% il est tout naturel que l'alcool se trouve modifié à la fois dans son volume et dans son titre. L'expérience montre qu'à + 25Me volume devient 10"*- 080, et le titre 87%75 ; tandis qu'à -j- 5% le volume de l'alcool s'abaisse à 9"'- 992, et le titre à 82% 25. Il est à remarquer que la première différence, celle qui porte sur le volume de l'alcool, est toujours comprise dans des limites assez restreintes, et qu'elle n'a d'ailleurs aucune importance au point de vue de l'emploi pharmaceutique de ce liquide. Aussi se bornet-on, dans la vérification dont il s'ugit, à constater le sens du changement, sans en apprécier la valeur. Mais il n'en est pas de même de la seconde différence qui porte sur le titre réel de l'alcool ; ici, la question présente un intérêt qu'on ne peut méconnaître. Il n'est pas indifférent, pour certaines préparations chimiques ou pharmaceutiques, que l'alcool employé soit au titre de 85% ou au titre de 90' ; caria faculté dissolvante change avec le titre, et avec elle la proportion ou même la nature des matériaux dissous. La vérification qui porte sur le titre doit donc être absolue, précise.

Formule de Francœiir pour lacorrection du titre des alcools, — Nous avons parlé des tables de correction de Gay-Lussac, tables qui ont été établies avec le plus grand soin et qui se trouvent aujourd'hui dans la plupart des Traités de physique. Ces tables fournissent, sans contredit, le meilleur élément de correction dont on puisse disposer. Cependant la seule nécessité d'y recourir a paru une complication assez grave 'pour qu'on ait cherché à en affranchir . l'opérateur. Le titre d'un alcool étant donné pour une certaine température, différente de la température normale, on a cherché à établir par le calcul le titre que ce même alcool présenterait à la température de -{- 15*. Francœur a donné la formule suivante : x = d± 0.4 X ty dans laquelle x représente le degré cherché, d celui que fournit l'observation, et t le nombre de degrés du thermomètre centigradequi se trouve au-dessus ou au-dessous de -|- 1 5%

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au moment de l'observation . La valeur 0.4 X t est additivc quand la température est Inférieure à -|- 15°, et soustractive dans le cas contraire.

Certes, si une pareille formule pouvait s'appliquer avec une égale exactitude à tous les degrés de l'échelle alcoométrique, elle serait précieuse par sa simplicité même et par la commodité de son emploi. Malheureusement il n'en est rien. La fraction de degré dont s'élève ou s'abaisse l'alcool essayé pour chaque unité de température au-dessus ou au-dessous de 15° est variable avec le titre que possède cet alcool. Le chiffre 0.4, qui la représente dans la formule de Francœur, ne peut guère être admis que pour les degrés centésimaux compris entre riO* et 45*" ; mais il est complètement inexact pour tous les degrés compris en deçà ou au delà de ces limites. Un pharmacien trè.s-distingué de lamarine,M.Lejeune, a déterminé avec beaucoup de soin (Thèse soutenue à l'École supérieure de pharmacie de Paris, le 27 juin 4872) le coefficient applicable aux divers degrés de l'alcoomètre, suivant la place qu'ils occupent sur l'étendue de son échelle. Nous allons donner une idée des variations que ce coefficient présente, en consignant ici une moyenne des résultats obtenus par M. Lejeune :

FnictioD moyenne de dc^ centdsimal dont s'élève ou s'abaisse Tindication alcoométrique pour l'unité de température.

Ces chiffres ont été déduits des tables mêmes de Gay-Lussac à l'aide d'un calcul simple que chacun peut vérifier facilement. Il en résulte que si, au lieu de prendre comme coefficient constant le

L'nilds d« tcinpératuro.

De 0»

chiffre 0.400 admis par Francœur, on prend le coeflTicient applicable à chaque degré de l'alcoomètre, on arrive à une correction sensiblement exacte.

ni. D'après le mode de construction et de graduation de l'alcoomètre centésimal, il est visible que les indications qu'il fournit- portent sur des volumes et non sur des poids. Dire qu'un mélange d'alcool et d'eau marque 60* à l'alcoomètre centésimal, c'est dire que 100 cent. cub. de ce mélange renferment 60 cent, cub. d'alcool absolu; mais cela ne dit rien quant aux poids relatifs des deux liquides qui le composent. On peut même ajouter que cela ne dit rien quant au volume d'eau qui se trouve uni aux 60 cent, cub. d'alcool absolu. Nous avons dit, en effet, au commencement de cette manipulation, quelorsqu'on mêle n volumes d'eau et n' volumes d'alcool absolu, on obtient un mélange dont le volume, après refroidissement, est toujours plus petit que n -f- n'. Dans le cas particulier d'un alcool à 60% le volume d'eau contenu dans 100 cent, cub. de mélange n'est donc pas 40 cent, cub., comme on serait porté à l'admettre ; l'expérience montre qu'il est égal à 43". 73, ce qui représente une quantité notablement différente.

Cette circonstance, qui paraît peu importante de prime abord, constitue un inconvénient sérieux lorsque, comme cela se présente souvent dans les opérations de la chimie et de la pharmacie, on a à modifier la richesse d'un alcool donné, afin de conformer son titre à celui qu'exige la préparation prescrite. Supposons qu'un pharmacien, n'ayant à sa disposition qu'un alcool du commerce marquant 85" à 15% ait besoin, pour une certaine opération, de 5 litres d'alcool marquant 75° à la même température. Assurément il pourra se tirer d'affaire par tâtonnement, en prenant, par exemple, 4 litres d'alcool à 85% et y mêlant des quantités successives d'eau jusqu'à ce que le degré final soit descendu à 75^ Mais ce sera une opération [longue, fastidieuse, et qui aura, entre autres inconvénients, celui de donner une quantité de mélange trop forte ou trop faible, en tout cas très-différente de celle qu'on se proposait d'obtenir,

Au \ieu d'un pareil procédé, qui n'a rien de scientifique, il serait plus rationnel de recourir à l'emploi d'un calcul algébrique trèssimple qui permettrait d'atteindre le résultat d'un seul coup, c'està-dire de faire connaître les volumes relatifs d'alcool à 85' et d'eau

ALCOOMÈTRE CENTÉSIMAL. 85

qu'il convient de mêler pour obtenir 5 litres d'alcool à 75" (i). Malheureusement un pareil calcul ne pourrait conduire à un résultat exact, puisqu'il suppose que le volume du mélange est égal aux volumes des composants, chose qui n'a jamais lieu. L'observation apprend que l'écart est surtout très-marqué quand les deux liquides que l'on mêle sont l'alcool absolu et l'eau pure, et que leurs proportions sont voisines de celles qui correspondent au maximum de contraction.

Alcoomètre à degrés pondéraux, — C'est pour remédier autant que possible à cet inconvénient que M. Lejeune a eu l'idée de convertir en indications pondérales les indications volumétriques données par l'alcoomètre de Gay-Lussac. L'avantage de cette conversion est tout d'abord évident ; car les proportions relatives d'alcool et d'eau étant données en poids, leur valeur devient, par cela même, indépendante de la contraction variable que peut éprouver le mélange des deux liquides. Si l'on mêle par exemple 60 gram. d'alcool pur et AO gram. d'eau distillée, on obtiendra toujours iOO gram. de mélange, tandis qu'avec 60 cent. cub. d'alcool et 40 cent. cub. d'eau, on a un volume notablement inférieur à 400 cent. cub.

Pour arriver au résultat qu'il avait en vue, M. Lejeune a commencé par calculer les quantités pondérales d'alcool et d'eau correspondant à chacun des degrés de l'alcoomètre centésimal de Gay- Lussac. La chose était facile en partant des poids spécifiques bien établis, de l'eau, de l'alcool absolu, et d'un mélange en proportions volumétriques connues de ces deux liquides. C'est ainsi qu'il a trouvé que dans 400 cent. cub. d'alcool à 60^ pesant 91 "\4i, il y avait 47<n-j68 d'alcoolabsoluet43^%73d'eau. La même détermination étant faite pour tous les mélanges correspondant aux divers degrés de l'alcoomètre, il a pu, par une simple proportion, établir les

(1) Le titre alcoométrique donnant la proportion d'alcool absolu en centièmes et en volumes, il suffît, pour obtcnirla proportion en millièmes, de multiplier le titre par 10. L*alcool à 85 centièmes devient ainsi de Talcool à 850 millièmes, contenant, par conséquent, 850 cent. cub. d'alcool absolu par litre.

Cela posé, soit x le volume d'alcool à 850 qu'il convient d'employer, celui de l'eau sera 5 — x, et il faudra que l'on ait l'équation j; x 850 -f- (5 — x) X 0 — 5 x 750.

On en déduira x — "§5Ô*" ^**- ^t2. U faudra donc prendre, d*après cela, 41it. 412 d'alcool à 85% et, par conséquent. OUt. 588 d'eau distillée.

-rA

FlG. 45. — Alcoomètre à indications pondérales de M. Lejeunc

quantités pondérales d'alcool absolu contenues dans iOO grammes de chacun de ces mélanges, et construire ainsi son échelle à degrés pondéraux, dans laquelle le poids de l'eau est toujours et nécessairement complémentaire de celui de l'alcool.

Nous empruntons au travail de M. Lejeune la figure qu'il y a jointe (fig. 45), et qui représente la correspondance des degrés pondéraux avec les degrés volumétriques de l'alcoomètre cenlésimal. On peut voir que la nouvelle échelle présente un peu plus de régularité que l'échelle ordinaire. On voit aussi, en regard de chaque degré, ou dans leur intervalle,5 le chiffre qui exprime le coefficient de contraction à l'aide duquel on peut appliquer la formule de Francœur à la correction que nécessite l'influence de la température.

Il est regrettable que l'échelle à degrés pondéraux ait été établie par les seules données du calcul. D'après le soin que M. Lejeune a apporté dans l'ensemble de son travail, il y a tout lieu de croire que cette échelle est exacte. Mais il serait à désirer qu'elle fût établie par l'observation directe, en formant dix mélanges contenant, pour 100 grammes, 0, iO, 20, 30, ... 100 grammes d'alcool absolu. On aurait alors un alcoomètre à degrés pondéraux qui pourrait être considéré comme élalon, au même litre que l'alcoomètre à degrés volumétriques construit par Gay-Lussac.

Avantages particuliers de Valcoomètre à degrés pondéraux, — Les avantages que présente l'alcoomètre centésimal à degrés pondéraux peuvent se résumer de la manière suivante :

V Indication exacte, non-seulement de la

ALCOOMÈTRE CENTÉSIMAL. 87

proportion d'alcool, mais aussi de la proportion d'eau qui entre dans un mélange de ces deux liquides, indication qui facilite singulièrement le mouillage des alcools, c'est-à-dire leur conversion en alcools d'un titre plus faible et bien déterminé.

"^ Dispense de recourir à des tables spéciales pour la correction relative à l'influence de la température, l'instrument portant sur sa tige les chiffres qui représentent cette influence pour chaque degré de l'échelle pondérale et pour chaque unité de température.

TROISIÈME SECTION

•iCANIPULATIONS RELATIVES A LA MESURE DU VOLUME

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