TRANSMISSION DE LA CHALEUR RAYONNANTE
La chaleur peut se propager dans Tintérieur des corps par voie de contact et par voie de rayonnement. Par voie de contact, la transmission se fait de molécule à molécule ; elle est lente et successive. Par voie de rayonnement, elle traverse les molécules sans les échauffer; elle est rapide et pour ainsi dire instantanée.
On dit qu'un corps est diathermane quand il laisse passer librement la chaleur, de même qu'on dit qu'il est diaphane quand il laisse passer librement la lumière. Cette faculté, toutefois, n'est pas absolue : elle admet des degrés dans l'un comme dans l'autre cas ; et c'est en ayant égard aux différences qu'elle présente, dans le cas de la chaleur, qu'on arrive à déterminer ce qu'on appelle le pouvoir diathermane des corps. Quelques mots d'explication sont ici nécessaires :
Lorsqu'un faisceau de rayons calorifiques vient à rencontrer la surface d'un corps, que ce corps soit transparent ou opaque, que l'incidence soit perpendiculaire ou oblique, l'observation montre qu'il se divise en quatre parties distinctes, comme ferait un faisceau de rayons lumineux :
l*» Une première partie se réfléchit régulièrement, en suivant les lois bien connues de la réflexion spéculaire. Si l'on représente par 400 le nombre des rayons calorifiques qui viennent frapper la surface, et par r celui des rayons qui sont réfléchis spéculairement, la fraction ^ représente le pouvoir réflecteur dans les conditions de l'expérience.
2^ Une seconde portion des rayons incidents se réfléchit irrégulièrement, et se diffuse dans toutes les directions environnantes. Si d représente le nombre des rayons ainsi disséminés par l'effet d'une réflexion irrégulière, la nouvelle fraction ^^ exprime lepouvoir diffusif dans les mêmes conditions.
3" Une troisième partie de la chaleur incidente pénètre dans rintérieur du corps, est absorbée par lui, et contribue à son échauffement. Si a représente la quantité de chaleur ainsi absorbée, la fraction ^ exprime le pouvoir absorbant dans les mêmes conditions que précédemment.
4*^ Enfin, une quatrième portion de la chaleur incidente traverse la substance sous forme de chaleur rayonnante, sans contribuer à son échauffement (4). En représentant par i le nombre des rayons qui traversent ainsi le corps sans l'échauffer, ^^ exprime le pouvoir diathermane de ce corps. C'est cette dernière quantité ^ que l'étude actuelle a pour but de déterminer.
Deux corps peuvent être également transparents pour la lumière, et posséder cependant des pouvoirs diathermanes fort inégaux. L'eau la plus limpide transmet moins de chaleur que l'huile la plus colorée ; et le sel gemme noirci, qui arrête presque complètement les rayons lumineux, se laisse traverser par les rayons calorifiques avec une facilité incomparablement plus grande que l'alun le plus pur et le plus diaphane.
L'expérience montre, en outre, qu'il existe des différences trèsgrandes entre les pouvoirs diathermanes des liquidQS usuels, tels que l'eau, l'alcool, l'éther, les huiles fixes, les huiles volatiles, le chloroforme, le sulfure de carbone, la glycérine, etc. L'observation de ce pouvoir diathermane, soit dans ces liquides eux-mêmes, soit dans leurs mélanges ou leurs solutions, constitue une des études les plus intéressantes et les plus utiles que le pharmacien puisse se proposer.
C'est à ce titre que nous avons cru devoir rassembler dans une manipulation spéciale tous les détails qui se rattachent à la des-
(1) L'existence d'une chaleur rayonnante traversant les corps diathermanes sans les échauffer, comme la lumière traverse les corps diaphanes sans les rendre lumineux, est démontrée par les deux expériences suivantes :
1* Un flux calorifique passe en quantité parfaitement égale à travers une nappe d'eau, que celle-ci soit immobile, ou qu'elle coule assez rapidement pour n'avoir pas le temps de s'écliaulTer.
Si9 Une lentille de glace, que Ton expose au soleil, laisse passer assez de chaleur pour enflammer le bois, l'amadou, que l'on place à son Toyer. Cependant cette glace ne s'échauflis pas, et sa température reste invariable à 0", le peu de chaleur qu'elle absorbe n'ayant d'autre effet que celui de produire un commencement de fusion à sa surface.
cription des appareils que celle élude comporte, et à la pralique des procédés que l'expérience a signalés comme étant les plus propres à donner une mesure exacte du pouvoir diathermane dans les liquides.