POUVOIR CONDUCTEUR — POUVOIR ISOLANT
La conductibilité des corps pour l'électricité n'est pas une propriété absolue ; et les métaux ne sont pas plus parfaits dans leur propriété conductrice que le verre ou la résine ne le sont dans leur propriété isolante. Il s'en faut de beaucoup qu'il y ait une ligne nette de démarcation entre ces deux classes de corps : outre qu'il n'est aucun d'eux qui soit ou parfaitement isolant ou parfaitement conducteur, il existe, entre ceux qui se rapprochent le plus de ces deux limites, une infinité d'intermédiaires qui participent plus ou moins de l'une ou de l'autre propriété. Coulomb, dans ses admirables travaux sur la déperdition lente de l'électricité, a reconnu que des cylindres formés par les substances en apparence les plus isolantes, telles que le verre, la cire d'Espagne, la gomme laque, transmettaient diflîcilement, il est vrai, mais d'une manière sensible, le fluide accumulé sur le conducteur d'une machine électrique avec laquelle on les mettait en contact par une de leurs extrémités.
Il existe aussi un certain nombre de liquides que l'on considère, en général, comme absolument isolants, et qui ne sont, en réalité, que des conducteurs imparfaits. Telles sont les diverses espèces
d'huiles fixes, la plupart des huiles volatiles, les résines fluides, les baumes; telle est aussi l'eau distillée, prise dans son plus grand état de pureté. Lorsqu'on soumet ces liquides à l'action d'une pile suffisamment énergique, on peut constater qu'ils livrent passage au courant; mais on reconnaît en même temps qu'ils sont transformés ou détruits. Le fait se présente avec un tel caractère de généralité, qu'on peut se demander si les liquides sont capables de transmettre l'électricité autrement que par voie de décomposition, et s'il existe pour eux, comme pour les métaux, une conductibilité physique propre. Faraday, Malteucci, ont admis que cette conductibilité existait, quoiqu'à un faible degré. Despretz ayant soumis de l'eau distillée très-pure à l'action d'un courant très-énergique, n'a pu constater dans cette eau aucune trace sensible de décomposition, bien qu'un galvanomètre placé dans le circuit ac^ cusât une déviation de plus de 15*. Mais Delarive, Becquerel et Poggendorff ont reconnu, en répétant les expériences de Despretz, que la décomposition avait réellement lieu, et que si les gaz n'apparaissaient pas, c'est qu'ils se dissolvaient dans les liquides, ou restaient sur les électrodes.
D'après les expériences très-nombreuses de Soret, la différence entre les quantités d'électricité que les solutions salines peuvent transmettre sans se décomposer serait véritablement insensible. Mais ce ne serait pas là encore une preuve absolue contre l'existence d'une conductibilité physique; car il suffirait que l'électricité transmise par cette voie représentât -^ seulement de celle qui est
transmise par voie de décomposition, pour que les différences tenant à cette cause fussent comprises dans la limite des erreurs d'observation.
De toutes les expériences jusqu'ici faites au moyen de l'électricité dynamique, on peut conclure que si la conductibilité physique existe réellement pour les liquides, la partie du courant qu'ils transmettent par cette voie est toujours très-faible, en comparaison de celle qu'ils transmettent par voie de décomposition.
Lorsqu'au lieu d'employer l'électricité dynamique on a recours à l'électricité statique, qui donne moins de quantité, mais plus de tension, on arrive àtraverser les liquides dontnous venons de parler sans y produire de décomposition sensible. Le passage se fait alors
avec une facilité qui varie selon la nature particulière de chacun d'eux, et les différences s'apprécient, dans une certaine mesure, d'après le temps variable que le fluide exige pour acquérir son maximum d'action.
C'est à ce point de vue que le pouvoir conducteur des liquides présente un intérêt spécial, et c'est à cause de l'application pratique dont il est susceptible, que nous avons pensé devoir introduire dans la première section de ce troisième chapitre une manipulation consacrée particulièrement à l'essai des huiles et à^ la <»nstatation de leur pureté.