DESTINÉS A ÊTRE ARGENTÉS OU DORÉS
94. Ce livre sera plus recherché par les amateurs qui désirent copier des médailles, des objets d’art, argenter ou dorer de petits objets , que par les personnes qui veulent faire des expériences sur une plus grande échelle. Pour les premiers, je décrirai, comme je l’ai déjà fait (§ 20), les moyens d’opérer facilement; les autres trouveront dans cet ouvrage, des instructions théoriques et pratiques qui leur permettront de suivre cet art jusqu’à ses dernières limites.
95. Il y a deux moyens de dorer ou d’argenter une surface; l’un a de l’analogie avec les procédés ordinaires, l’autre appartient exclusivement à l'art de révivifier les métaux de leurs solutions par l’action galvanique; le premier consisle à précipiter le métal sur la surface préparée d’une médaille, le second , à faire déposer dans un moule une couche très-mince du métal précieux et à compléter l’épais-
seur désirée au moyen du cuivre. C’est ainsi que fut obtenue l’épreuve dont j’ai parlé (§ 90).
96. Manière de nettoyer les médailles . Il est de la plus haute importance de nettoyer par faitemem^^ËÈàïS parties de la surface qu’on veut dorer oi^MBner. On ne doit laisser subsister aucune tr WfWoxyde , de foudre à polir , enfin pas un atonie de poussière . Quand on fait des moules de métal fusible par les procédés décrits (§ 24, 25, 104) , et qu’on les soumet avec soin à l’action voltaïque (§ 60), les surfaces des médailles sont brillantes et parfaitement propres; elles sont alors aptes à recevoir la nouvelle couche sans autre préparation. En effet, il vaut bien mieux les employer dans l’étal où elles se trouvent, que de gâter ce qui est bien en cherchant à faire mieux (1).
Pour nettoyer les médailles sales , on les fait tremper pendant une ou deux heures dans une forte solution de soude ou de polasse ; on les brosse ensuite avec de la terre pourrie mêlée avec une grande quantité d’eau; après les avoir lavées, on les plonge l’une après l’autre, pendant environ dix minutes, dans l’acide sulfurique concentré. Un lavage à grande eau suffit ordinairement pour enlever toutes les impuretés, mais il est parfois nécessaire de les brosser de nouveau et de les remettre dans l’acide. En les plongeant pendant une ou deux minutes dans de l’acide nitrique étendu (une partie d’acide sur six parties d’eau) , et les lavant ensuite à
(1) V. aux notes.
l’eau pure, elles seront prêtes à recevoir ^ar^ent ou l’or, mais il faut les placer dans la solution sans les essuyer. °
97. Cette immersion dans l’acide nitrique a J pour but d’enlever toutes les tra^^^^oxyde de® cuivre et de faire contracter à la su union intime avec le dépôt d’or ou d’argent. Ql^fcon né- * glige cette précaution , le dépôt se boui^ufle et s’enlève facilement. Ce phénomène décourage le Commençant, qui, poussé par le désir de terminer promptement l’expérience , est exposé à donner peu d’attention aux opérations préliminaires. Des objets d’un travail moins délicat peuvent être préparés plus promptement à recevoir la dorure. On pourra suivre le procédé recommandé par M. Boettiger dans son travail sur la dorure, inséré dans Annalen (1er Ghimie und der Pharmacie (1). — « Il » est indispensable, dit-il, de frotter le métal (2)
» avec un mélange de sable fin , d’acide hydrochhv *
» rique et d’un peu de craie, de m|nière qu’il ne » reste plus aucune trace dioxyde de cuivre. — De » même que dans toutes les opérations semblables ,
» il faut terminer par un lavage à grande eau. On » réussit encore en plongeant l’objet dans la prépa- » ration suivante :
Eau , 64 parties.
Acide sulfurique , 64 »
» nitrique, 32 »
» hydrochlorique, 1 »
(if vol. 35, p. 350.
(2) Lorsqu’on peut le faire sans endommager l’objet.
Quand l’objet a été retiré du bain alcalin (§ 96) (1), on l’entoure d’un fil métallique et on le plonge pendant une ou deux secondes dans la préparation précédente, d’où il sort parfaitement propre. Après un dernier lavage qui enlève l’acide, la pièce est prête à recevoir la couche d’argent. Ge procédé est applicable à la préparation des objets usuels plaqués que l’on veut recouvrir d’une nouvelle couche d’argent.
98. On argente également le cuivre en se conformant aux indications précédentes ; la réussite n’est pas aussi facile quand on opère sur de l’argent allemand. Une légère couche d’argent y adhérera bien , mais ne résistera pas à l’usage fréquent que l’on fait des objets plaqués , les couches épaisses se boursouflent souvent et ne supportent pas l’action du brunissoir. Le seul moyen qui m’ait réussi avec le bain alcalin et l’emploi du papier de verre , est basé sur ce fait, qu’après une exposition de quelques heures à l’air libre, les surfaces métalliques ou d’une autre nature, se recouvrent d’une couche d’air tellement adhérente, qu’elle persiste entre ces surfaces et les dépôts métalliques , comme on l’observe dans 1 ’électrotypie. On doit donc utiliser cette circonstance quand on veut reproduire de grands objets, et attendre ia formation de cette couche avant de les sou- * mettre à l’action galvanique , car elle s’oppose à ce
(i) J’engage les personnes qui veulent dorer ou argenter un objet, à commencer toujours leur nettoyage par le bain alcalin, il peut être utile et ne nuira jamais ; si le corps est gras, il dissoudra la graisse.
que l’adhérence s’établisse entre les plaques et le dépôt, tandis qu’ils sont intimement unis quand celte couche n’existe pas ou qu’elle n’a pas été remplacée par quelque autre corps (§ 81). Lors donc qu’on aura soudé un conducteur à une plaque de cuivre , il faudra attendre pendant un jour que la couche d’air détruite par l’action delà chaleur, aille temps de se reproduire. En conséquence, il faut chauffer l’argent allemand avant de le placer dans la batterie et ne le brunir que dans le cas de nécessité absolue.
99. Comme chaque grain d’or a de la valeur , il faut enduire le revers de la médaille d’une couche de vernis copal ; cet enduit est propre et d’un excellent effet (1). Je recommande de le substituer , dans tous les cas, au vernis à la gomme laque (§ 26) (2). A moins que l’objet ne soit d’une giande dimension ou qu’on ne veuille obtenir une couche épaisse , la quantité d’argent employée suivant le procédé que j’indiquerai (§126) est d’une valeur peu considérable. On peut donc , si l’on veut , se dispenser de vernir le revers de la médaille ; elle ressemblera tellement alors à une pièce d’argent massif, qu’on aura peine à convaincre du contraire les personnes qui ignorent le procédé mis en usage. On fixe les médailles , etc. , au conducteur , soit en y perçant un trou (si la marge le permet) (§7q) dans lequel on introduit un crochet
(1) C’est une erreur; ce vernis ne résiste pas à Faction des
cyanures. — V. aux notes. ( Note du Trad.)
(2) il ne faut pas employer le vernis à la gomme laque dans les solutions cyanurées {% 1, 19), parce qu il s’y dissout.
formé à l’extrémité du fil , soit en pliant ce dernier en forme de pince.
100. Préparation des moules. Dans la première partie de cet ouvrage, j’ai consacré plusieurs paragraphes (§ 20-35) à la préparation des moules, et ce n’était pas sans raison, car il serait absurde d’agir sur des moules imparfaits, et l’on n’en obtient de bons qu’avec beaucoup de soins et de patience. De nouvelles recherches m’ont permis de décrire la manière de conserver un moule, même lorsqu’il est adhérent au plâtre (§> 79) , cependant ce sujet n’est pas épuisé. Il me reste à donner la composition d’une substance que j’emploie au lieu de la cire et de la stéarine; j’enseignerai également la meilleure manière de faire des moules métalliques.
101. Moules de composition. On a récemment préconisé les avantages du mélange suivant (1) pour
la confection des moules :
onces.
Graisse de mouton fondue et passée. 1 3/4 Cire vierge. ........ 1 3/4
Blanc de baleine. ...... 8 »
Toutes ces substances sont fondues ensemble et employées de la même manière que la cire; l’addition d’une petite quantité de plombagine augmente les qualités de ce mélange. Relativement aux moules métalliques, je vais décrire quelques améliorations fort importantes, surtout lorsqu’on veut obtenir en
(1) Voy. The Chemist (n° 22) , vol. 2 , p. 308.
premier lieu, un dépôt d’or ou d’argent (§ 35) que l’on épaissit ensuite au moyen du cuivre.
102. MOULES CLICHÉS. Dans une note (§ 25) de la première partie de ce travail, il était question du procédé au moyen duquel on obtient les moules d’alliage fusible les plus délicats (§ 23). Depuis îors, j’ai reçu la description de la méthode suivie sur le continent pour obtenir les empreintes si remarquables des médailles françaises. Ces empreintes sont formées d’alliage fusible composé antimoine et d’autres substances (§ 83). En suivant les instructions qu’on m’avait envoyées, j’obtins sans peine des épreuves si admirables et qui l’emportaient tellement sur les meilleurs moules métalliques que j’eusse produits par d’autres moyens, que j’adoptai sans hésiter cette nouvelle méthode. Je la recommande à ceux de mes lecteurs qui ont trop de goût pour se contenter d’épreuves imparfaites. L’alliage contient les matières suivantes (1) :
parties.
Bismuth 8 »
Étain. ..... [\ »
Plomb. ..... 5 »
Métal à cara tères (2). 1 »
Faites fondre ces substances à plusieurs reprises
(1) Voy. Proceedings electrical society, part. n,p. 90; août 17,1841.
(2) Le métal à caractères contient une grande quantité d’antimoine qui jouit de la propriété de se dilater par le refroidissement. Au lieu du métal à caractères , j’emploie une partie d’antimoine.
et versez-les goutte à goutte jusqu’à ce que l’alliage soit parfait.
103. Tournez alors un morceau de bois et creusez dans une de ses extrémités, une cavité qui doit être un peu moins profonde que l’épaisseur de la médaille; placez-y celte dernière; si elle n’est pas solidement fixée, consolidez-la au moyen d’un petit cercle de papier, puis prenez l’empreinte de la manière suivante.
104. Dans une boîte à bords rentrants d’environ quatre pouces de haut, fixez, au moyen de punaises ou autrement, une feuille de papier fort et lisse; étendez légèrement une goutte d’huile sur la partie que vous voulez employer et versez-v une certaine quantité d’alliage qu’il faut avoir soin de retirer du feu aussitôt qu’il est fondu (§ 23). Remuez le métal avec deux cartes jusqu’à ce qu’il prenne une consistance pâteuse et qu’il paraisse sur le point de se cristalliser. Dans le cas où sa surface serait ternie , il faudrait y promener une carte légèrement et avec rapidité. Tenez alors solidement. dans une main, le morceau de bois sur lequel est fixée la médaille (§ 103) , et frappez sur le métal un coup léger et bien d’aplomb. Si l’on peut se faire aider dans cette opération, cela n’en vaudra que mieux, car parfois, pendant le court espace de temps nécessaire pour poser la carte et saisir la médaille, on laisse passer le moment favorable et le moule est imparfait. Quand, au contraire , une personne remue le métal et que l’autre tient le morceau de bois, il est plus facile de saisir l’instant propice. Lorsqu’on ne peut se faire
aider, il faut placer le morceau de bois à portée de la main droite, la médaille tournée vers la partie inférieure.
105. La beauté de ces moules compensera amplement la peine qu’on se sera donnée. Je ne sais vraiment jusqu’à quel point le mot peine est applicable, si i’on se souvient qu’avec l’ancien procédé il fallait recommencer plusieurs fois avant d’obtenir une empreinte fidèle , et qu’alors même que l’opération avait réussi parfaitement , le moule manquait de cette finesse et de ce beau bruni qui caractérisent les produits obtenus par la nouvelle méthode. Avec un peu de soin, on réussit deux fois sur trois, et on économise d’une manière notable le temps et le métal qui est moins exposé à s’oxyder.
106. Ce procédé n’est pas seulement applicable aux médailles qui résistent à une haute température, mais encore aux objets formés de métaux mous, sans qu’il y ait beaucoup à craindre d’altérer l’original. Bien plus, si le moule de métal fusible (§ 105) est arrondi et ajusté dans le morceau de bois (§103) à la place de la médaille , il peut servir de matrice et donner une empreinte parfaite tout aussi belle que l’original. C’est ainsi que l’on a obtenu en France la plupart des médailles qui ornent les cabinets des amateurs.
107. En terminant la description de ce procédé, je ferai remarquer à mes lecteurs que les dimensions des médailles ne varient pas considérablement ; ainsi donc, une douzaine de mandrins creusés d’une ca-
vile à chaque bout, suffira pour recevoir une grande partie des médailles existantes»