‹ Manipulations électrotypiques, ou, Traité de galvanoplastieChapitre 10 sur 20 · Observations préliminaires · texte numérisé non relu

Observations préliminaires

84. ïl m’a été impossible de donner, dans les observations complémentaires de la première partie, quelques instructions pratiques sur les moyens d'appliquer l’or et l’argent y une des br anches les plus importantes de l’électrotypie. Conséquemment je me suis peu étendu sur ce sujet , réservant pour cette seconde partie, la description exacte de ces procédés intéressants. Je me propose de donner, plus loin , la manière de graver la piaque positive de l’auge à décomposition, ce qui me conduira à faire cette importante application aux épreuves daguerriennes.

85. J’ai fait précéder la première partie d’une introduction rapide consacrée à la théorie du procédé, m’efïbrçant de simplifier, autant que possible, la belle théorie des afïin ités électro-chimiques (§ 1 2 etc. ) , afin que, dans le cas où ce travail tomberait entre les mains d’une personne peu versée dans cette matière, elle pût acquérir une connaissance suffisante du mode d’action , pour comprendre clairement

les causes et les effets. Je suivrai actuellement la même marche, et, avant d’initier le lecteur à l’art de dorer et d'argenter, je donnerai plus de développement aux principes qui lui servent de base.

86. Je ne puis mieux atteindre ce but, qu’en rappelant les trois expériences que j’ai citées pour faire comprendre l’action électro lytique. Dans la première , j’ai expliqué la manière d’agir d’un courant galvanique sur une solution acide, en d’autres termes, le dégagement du gaz oxygène sur le conducteur qui porte le fluide dans la solution, et la formation d’hydrogène sur l’autre fil. J’ai fait observer qu’en employant des conducteurs de platine , on pouvait recueillir isolément ces gaz. J’ai ajouté (§ 12) que, si la solution contenait du sulfate de cuivre, il y aurait encore dégagement d’oxygène, mais que l’hydrogène serait remplacé par du cuivre métallique. Enfin (§ 13), j’ai démontré que si le conducteur sur lequel se porte l’oxygène , est un fil de cuivre , ce gaz , au lieu de se dégager , se combinera avec le métal pour former un oxyde soluble dans la solution acide.

87. Telle est la théorie du procédé quand on fait usage de l’auge à décomposition (§ US) ; l’action est absolument semblable lorsqu’on emploie la batterie simple. Par exemple , quand la communication est établie entre les deux éléments d^une pile simple , le zinc étant plongé dans une solution acide et le cuivre dans une solution de sulfate , séparées par un diaphragme poreux (§ 43), le fluide passe du zinc au cuivre à travers la solution ; le cuivre se porte, comme

précédemment, sur le métal négatif (cuivre) et l’oxygène sur le métal positif (zinc). Dans le premier cas (g 3, 8(3), l’oxygène se combinait avec le cuivre ; ici, il se eombi e encore plus rapidement avec le zinc. Plus un métal est positif plus il a d’affinité pour l’oxygène ; voilà pourquoi l’on opère avec plus de rapidité au moyen de la pile simple (g 49). Si l’on subsiiîuedans cet appareil une solution, d’un sel d’or, d’argent ou de platine , au sulfate de cuivre , la même action générale se manifestera et le résultat sera plus ou moins semblable , suivant les circonstances.

88. Il ne fut pas facile d’expliquer ces circonstances . lors des premiers essais que l’on fit sur les métaux précieux. Les sels étaient bien décomposés , plus rapidement même que ceux de cuivre , mais le métal était plus souvent mis à nu à l’état d’oxyde qu’à l’état de pureté désirable.

89. D’après ce que j’ai dit ailleurs (g 62) sur la manière de faire déposer l’oxyde, mes lecteurs doivent bien connaître les causes de sa formation et trouveront facilement les moyens de s’y opposer. Toutefois , l’application de ces moyens est plus facile en théorie qu’en pratique. Supposons , par exemple, que l’on veuille décomposer du nitrate d’argent par un des procédés ordinaires (g 46, 48) ; si l’expérience ne réussit pas , comme cela est probable , on aura recours aux modifications que j’ai indiquées pour la solution cuivreuse (§ 63, 64), et l’on reconnaîtra bientôt que le nitrate d’argent n’est pas aussi facile à diriger que le sel de cuivre. Je m’éloignerais de mon sujet et je dépasserais les limites que je me suis im-

posées , si je voulais décrire minutieusement la composition chimique et les affinités électro-chimiques des sels que forment les métaux précieux ; il suffira d’indiquer quelques faits familiers au lecteur et qui ont trait à la question qui nous occupe.

90. On a vu (§ 80) que le dépôt d’oxyde résulte de l’absence d’équilibre entre le pouvoir générateur de l’appareil voltaïque et la force de la solution soumise à l’action de ce pouvoir. Dans quelques cas, comme dans Y clectrolysie du sulfate de cuivre , l’équilibre s’obtient facilement ; dans d’autres , par exemple lorsqu’on emploie le nitrate d’argent , on éprouve plus de difficulté ; une puissance trop grande engendre l’oxvde; est-elle trop faible, le métal que l’on veut recouvrir se combine avec l’acide nitrique et le nitrate d’argent est décomposé. Les deux extrêmes ne sont pas très-éloignés ; on rencontre parfois le terme moyen , sans être guidé par aucune donnée positive. Bien avant qu’on eût expliqué la théorie desdépôts électro-chimiques , je fis quelques expériences sur Y électrolysie du nitrate d’argent, et j’obtins au moyen du galvanisme f une médaille argentée que je crois pouvoir citer comme le premier exemple d’un dépôt d’argent produit par ce procédé. Mais j’ai échoué dans toutes mes nouvelles tentatives, par la raison bien simple que , dans le premier cas , j’étais fortuitement parvenu à établir Y équilibre entre la puissance génératrice et le travail à faire, tandis que , dans les autres opérations , la puissance était trop grande pour mettre à nu le métal sans mélange d’oxyde, ou trop faible pour

surmonter l’affinité chimique des éléments du sel (1) pour le métal que je cherchais à argenter.

91. Je n’ai donc pas réussi dans mes dernières tentatives, parce que, avec le nitrate d’argent, les extrêmes sont trop rapprochés , tandis que le contraire a lieu pour le sulfate de cuivre. Dans le dernier cas, toutes les chances sont en faveur du succès (§ 65) ; tandis que l’insuccès est presque certain dans le premier.

92. Je pourrais m’étendre plus longuement sur la difficulté qui accompagne l’emploi de certains sels les plus négatifs et sur les différences qu’ils présentent. Pour les uns, le succès est renfermé dans des limites étroites, la latitude est plus grande pour les autres. Mais comme mon but est surtout de conduire mes lecteurs à un résultat certain par le chemin le plus court, je laisserai là ce qui est impraticable pour m’occuper uniquement de ce qui peut se faire.

93. Parmi les sels d’argent et d’or, il en est deux qui donnent des résultats moins limités et fournissent ainsi les moyens de faciliter l’expérience et d’atteindre le but principal qu’on se propose : ce sont les ammoni o carbonates et les cyanures. D’autres sels ont été employés avec plus ou moins de succès , suivant la science et l’adresse de l’opérateur ; mais les premiers sont d’un emploi plus facile. Les ammonio-carbonates sont sujets à un inconvénient

(t) On donne le nom de set aux corps composés d’un acide et crime base métallique ou d’autre nature.

grave; ce sont des matières fulminantes très-sensibles ; si quelques cristaux se forment à la surface du vase, le plus léger contact produira une explosion. Ce motif suffit pour empêcher qu’on en fasse un usage général. Cet inconvénient n’existe pas avec les cyanures, et , d’ailleurs , comme ils ont été l’objet d’un brevet, je dois en conclure nécessairement qu’ils sont les plus utiles. Je m’en suis toujours servi pour mes expériences avec un plein succès.

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