Observations générales sur les objets
argentés. La surface d’argent déposée au moyen de la pile, est matte. Lorsque l’opération est conduite avec soin, les médailles recouvertes d’une couche semblable, sont de toute beauté et peuvent être placées dans la collection après avoir été soumises à un simple lavage dans l’eau pure. On peut les rendre brillantes en les polissant avec un morceau de peau et du rouge d’Angleterre. Les objets ordinaires sont polis et brunis à l’aide d’un brunissoir d’acier ou d’agathe. L’application galvanique de l’argent commence à se propager dans les arts ; l’expérience seule nous enseignera jusqu’à quel point elle l’emporte sur les anciens procédés. La science peut l’employer pour fabriquer les plaques du daguerréotype et construire la batterie de Smee perfectionnée (§ 137, 142). Quelques observations à ce sujet ne seront pas déplacées ici.
136. Plaques pour le daguerréotype . Ignorant la législation des brevets, je ne pourrais dire si l’on s’exposera à des poursuites en faisant des plaques avec du cuivre argenté par un des deux procédés que j’ai décrits (§ 112, 126) ; mais je puis affirmer que le nouvel art rendra de grands services à ce genre de fabrication et que beaucoup de personnes, effrayées par la dépense qu’occasionne l’achat des plaques, se mettront à l’œuvre dès qu’elles pourront les fabriquer elles-mêmes. On peut opérer de deux manières : l’une consiste à argenter une plaque de cuivre brunie et préparée (§ 96), l’autre à faire déposer l’argent ( avec les précautions convenables § 98) sur une plaque brunie, et à le doubler de cui-
vre. Le dernier moyen est préférable, surtout lorsqu’on ne connaît pas les procédés que l’ouvrier met en usage pour brunir une surface.
137. Perfectionnements apportés à la batterie de Smee. J’ai dit ailleurs (§ 58) qu’on avait inventé une batterie composée d’argent platinisé et de zinc amalgamé ; je reviens sur ce sujet, pour mettre l’amateur à même d’appliquer ses connaissances à la construction d’un appareil générateur très-puissant. Lorsqu’un couple voltaïque est excité par une solution acide, le zinc se combine avec l’oxygène, se transforme en oxyde et se détruit peu à peu. Cependant le cuivre ne se combine pas avec l’hydrogène qui se dégage. Lorsque la surface du cuivre est bien unie, les bulles de gaz ont une grande tendance à y adhérer, elles ne tardent pas k couvrir certains points de la plaque et diminuent l’acfion électrique. Les choses ne se passent pas de même , quand on a rendu le métal rugueux en y faisant déposer le cuivre d'une solution de sulfate (§ 76). Alors les bulles de gaz s’élèvent à la surface du liquide à mesure qu’elles se forment, et la puissance de l’appareil s’accr oît considérablement ; si quelques bulles s’attachent encore au cuivre , elles se disposent de manière à ne pas entraver l’action galvanique.
138. J’ai dit qu’il fallait rendre la plaque rugueuse en y faisant déposer du cuivre; toutefois, je n’entends pas par là du cuivre métallique , mais à l’état à' oxyde , que certaines expériences malheureuses nous ont fait connaître (g 63). On obtient cet oxyde en remplissant l’auge à décomposition.
d’eau acidulée contenant une petite quantité de sulfate de cuivre (1). Le professeur de La Rive pense qu’une partie de l’hydrogène se combine avec l’oxygène de l’oxyde, produit de l’eau et dépose le métal (2) ; voilà encore un exemple des effets secondaires. Mais comme l’argent et le platine occupent un rang plus élevé parmi les métaux négatifs, étant tous deux, et surtout le dernier, classés plus loin du zinc que le cuivre, on obtient une disposition plus efficace, en les combinant avec le zinc pour former des couples voltaïques, surtout quand leur surface a été revêtue d’un dépôt pulvérulent de platine ; je désigne cette opération par le mot platiniser , pour la distinguer de celle qui consiste à déposer une couche brillante de platine, et que je nomme pla tiner.
139. Manière de platiniser . On mêle une petite quantité d’hydrochlorate de platine avec de l’eau acidulée , et l’on décompose cette solution en y plongeant un conducteur de platine fixé au cuivre de la batterie, et l’objet à platiniser qui doit communiquer avec le zinc. Au bout de quelques minutes , l’opération est terminée. On platinise quelquefois le platine , mais l’argent remplit le même but.
140. Quoiqu’il ne soit pas indispensable d’employer des diaphragmes avec ces batteries , on peut cependant s’en servir avec avantage , pour éviter le contact de l’argent platinise et de la solution de
(1) On peut dire que le cuivre , traité de cette manière , est cuivré.
(2) Yoy. Arch. de V électricité, vol. i , p. 2d9.
zinc ; les diaphragmes de papier sont les meilleurs. L’action des plaques piatinisées est caractérisée par un dégagement d’hydrogène qui s’échappe en faisant entendre un petit sifflement. Ce courant d’hydrogène a lieu entre les deux plaques du couple , et tandis que , d’une part , il forme un écran partiel entre ces deux plaques, il s’oppose de l’autre à ce qu’on puisse les rapprocher au delà de certaines limites. Une modification très ingénieuse proposée pour cet appareil (t), est la substitution d’une gaze de fil d’argent p latinisée , à la plaque d’ argent. Par ce moyen , l’hydrogène peut s’échapper facilement à travers les mailles du tissu et se porter en dehors , au lieu de séjourner entre les deux plaques. On pourra donc les rapprocher sans craindre que l’action soit entravée par la présence du gaz.
141. J’ai dit que cette modification avait été proposée, parce qu’à l’époque où on la fit connaître, elle n’avait pas encore été mise en pratique, en raison de la difficulté qu’il y avait à se procurer de la toile métallique d’argent; je me suis étendu assez longuement sur ce sujet, afin de faciliter les moyens d’appliquer l’argenture électrique à la construction d’une batterie aussi utile pour les expériences électrotypiques.
142. Nouvelle batterie été et r atypique. Elle mérite sous deux rapports le nom d’électroiypique , soit qu’on la considère dans son application , soit qu’on veuille indiquer qu’elle est produite par i’é-
(1) Yoy. Proceed. elec. soc ., vol. i, p. 117, sept. 21, 1841.
lectrotypie. Voici la manière de la construire. Prenez un morceau de toile métallique de cuivre , ayant exactement les dimensions nécessaires (car on ne doit plus la découper) , et fixez- y définitivement la vis de pression ou le conducteur qui servira plus tard à établir les communications. Placez alors la toile métallique dans une auge à décomposition contenant du sulfate de cuivre, de manière à exposer ses deux faces à l’action galvanique, jusqu’à ce qu’elles soient recouvertes d’une couche brillante de cuivre pur, assez épaisse pour revêtir tous les fils métalliques et les unir intimement ensemble. Lavez ce tissu après l’avoir retiré de l’appareil , et placez-le devant le feu jusqu'à ce qu’il soit bien chaud ; argentez-le ensuite en le soumettant pendant quelques minutes à l’action galvanique, dans l’auge à cyanure d’argent. Ayez soin d’exposer alternativement chaque face à l’action directe , pour que le dépôt s’effectue également. Un morceau de toile métallique préparé de la sorte , sera préférable à un tissu d’argent , parce que le dépôt successif de cuivre et d’argent , aura complètement modifié la surface qui se débarrassera de l’hydrogène avec plus de facilité (§ 137). On termine l’opération en platinisant parle procédé indiqué (§ 139).
143. On a ainsi préparé l’élément négatif; mais il faut encore le disposer avec quelque soin pour atteindre le but principal qu’on se propose , c’est-à-dire, le dégagement facile de l’hydrogène par la face externe et non par la face interne de l’élément p latinisé. Dans la figure qui accompagne le paragra-
phe 58 , on a représenté les deux plaques parallèles et perpendiculaires. Dans ce nouvel appareil, elles seront parallèles, très-r approchées V une de Vautre , mais inclinées légèrement , de manière que le tissu platinisé se trouve à la partie supérieure. Le gaz s’élève perpendiculairement, et l’on comprend sans peine que cette disposition lui permet de s’échapper à travers les mailles du tissu , pour se porter en dehors de l’élément. On augmentera la puissance de l’appareil , si l’on place un morceau de tissu métallique de chaque côté du zinc (1). Cet élément sera alors perpendiculaire , et les morceaux de tissu, légèrement inclinés, se rapprocheront par leurs extrémités supérieures. La difficulté que l’on éprouvait à se procurer du tissu métallique , a fait naître l’idée du tulle électrique (§ 75) qui fut d’abord proposé et préparé pour les batteries , par M. Phillips de Saint-Austell.
Acide sulfurique . Le seul but de ce traité , étant de simplifier les procédés et d’en rendre l’application plus facile, je croirais ne pas avoir rempli complètement la tâche que je me suis impo-
(1) Quelques mots ne seront pas déplacés ici touchant le rapport qui doit exister entre les dimensions des surfaces métalliques. Les expériences les plus délicates tendent à prouver que le maximum d’action est obtenu au moyen de surfaces égales. Lorsqu’une plaque d’argent est placée entre deux plaques de zinc, suivant la disposition ordinaire des batteries platiiiisées , chaque surface de l’argent « st exposée à une surface égale de zinc ; la même proportion existera si , comme je l’ai indiqué, le zinc est placé entre deux morceaux de tissu platinisé. Dans les deux cas , la somme des surfaces en rapport est à peu près égale.
sée , si je ne faisais mention d’un fait important qui m’a frappé dernièrement (1) ; je veux parler de la nécessité d’employer de l’acide sulfurique pur, c’est-à-dire , dans lequel il n’y a pas d’acide nitrique. Ordinairement, il contient une petite quantité de cet acide qui détruit promptement le zinc , bien qu’on Fait amalgamé avec le plus grand soin; il attaque quelques parties du mercure et agit avec énergie sur le zinc mis à découvert. On explique mieux Pinefïîcacité de l’amalgame, en l’attribuant à cette action de l’acide , qu’à la mauvaise qualité du zinc. Le mercure protège ce métal, mais toutes les précautions sont sans effet contre l’action de Facide nitrique qui détruit promptement le zinc.
145. Réactif pour reconnaître la présence de l’acide nitrique . Chauffez une fiole contenant de Facide sulfurique auquel on a mêlé un peu de sulfate d’indigo : si la couleur bleue disparaît, le liquide contient de Facide nitrique ; si , au contraire, elle persiste , on peut faire usage de Facide sulfurique. Il faut employer cet acide pur, non-seulement pour exciter la batterie, mais encore pour amalgamer (§ l\ 1). Quand on a pris ces précautions , on peut opérer parfaitement avec du zinc ordinaire.
146. Applications diverses de la dorure galvanique . Sur le continent, on a appliqué ce genre de dorure aux ressorts et aux autres pièces des chronomètres ; M. Perrot a entrepris de dorer si-
(1) Proceed . elec . soc vol. i, pag. 112.
multanément toutes les pièces d’une montre sans interrompre sa* marche (1); M. Bœttiger, que j’ai déjà cité, a fait usage de chlorure d’or, et a préparé des surfaces de cuivre, en y faisant préalablement déposer du platine. Un graveur de Genève, M. H irma nn, a remplacé le vernis ordinaire des graveurs , par une couche d’or excessivement mince sur laquelle il trace son dessin avec la plus grande exactitude. Ce procédé et la gravure galvanique , nous fournissent conjointement une autre application fort importante de cet art dont le vaste domaine ne peut que s’étendre.
On a employé avec succès la dorure galvanique , pour fixer d’une manière permanente les images daguerriennes. On n’ignore pas que les couches d’or minces sont transparentes; on fait donc déposer une couche semblable sur une épreuve que l’on fixe ainsi, sans la rendre moins apparente et sans détruire sa beauté*