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DE L’APPLICATION ÉLECTRO - CHIMIQUE DES MÉTAUX SUR LES MÉTAUX

De V adhérence.

« L’application des oxydes et même des métaux sur les métaux, avec adhérence, dépend non-seulement de l’état des surfaces , mais encore des disso-

l utions et de l’intensité du courant cjui les décompose... »

« L’expérience prouve qu’en général, l’adhérence des oxydes et des métaux , or , argent , cuivre et plomb sur les métaux, est d’autant plus grande que l’intensité du courant est moindre , entre certaines limites bien entendu* et que la dissolution est moins concentrée... »

« On ne peut pas dire que dans la dorure et l’argenture électro-chimiques, telles qu’on les pratique aujourd’hui, il y ait combinaison au contact; il se produit seulement un effet d’agrégation, de cohésion qui peut toujours être vaincu par des forces physiques, ce qui n’a pas lieu pour les effets chimiques ; d’après cela, plus la couche de métal déposée est forte, plus la différence de dilatabilité entre le métal qui reçoit le dépôt et le dépôt lui-même est grande, plus les variations de température tendront à les séparer l’un de l’autre, parce que la résultante des effets de dilatation est d’autant plus considérable que la quantité de matière déposée est plus grande. »

« Il est encore plusieurs causes qui tendent 'a produire cet*effet : particulièrement, le mode de décapage employé dans les nouveaux modes de dorure sur cuivre. Cette préparation consiste à plonger les pièces de cuivre, avant leur immersion dans le bain d’or , dans un ou plusieurs mélanges d’acides concentrés ou étendus, puis dans plusieurs eaux de lavage, afin d’enlever tous les corps qui se trouvent à leur surface; mais il se passe toujours quelques se-

condes entre la sortie des pièces de leur dernière eau, et leur immersion dans le bain d’or : il n’en faut pas davantage pour que la pièce s’altère souvent à l’air ; cette altération esta la vérité très-faible, mais enfin elle existe. »

« Il suit de là que le dépôt d’or ne se dépose pas, rigoureusement parlant , sur une surface de cuivre pur , mais bien sur une pellicule d’oxyde excessivement mince. Le décapage par voie humide n’est donc pas celui qui met les surfaces métalliques dans l’état le plus convenable pour que l’adhérence soit la plus grande possible ; le décapage par voie sèche n’a pas le même inconvénient , en ce qu’il permet de mettre à nu les surfaces sans craindre une altération aussi immédiate que lorsqu’elles sont humides »

« Avec les décapages par la voie sèche, on obtient, pour la dorure, durée et solidité: durée, parce qu’elle est plus épaisse; solidité, parce qu’elle résiste aux épreuves physiques qu’on lui a fait subir. Il faut dire, à la vérité, que l’aspect n’est pas toujours satisfaisant, surtout quand la surface n’a pas un état uniforme. Il est démontré par 15 que les décapages par la voie sèche ont une grande supériorité sur ceux par la voie humide , mais malheureusement il y a une infinité de cas, et c’est le plus grand nombre, où il ne peut être employé, pour les objets de bijouterie entre autres ; et lors même qu’il pourrait être utilisé, le temps qu’il exigerait serait une dépense tellement onéreuse, que l’industrie ne pourrait s’en servir : il faut donc presque toujours décaper par

voie humide, en évitant toutefois les inconvénients signalés ci-dessus. »

«L’emploi du mercure lève cette difficulté : outre qu’il sert d’intermédiaire entre le cuivre, l’or ou l’argent, pour déterminer les combinaisons au contact, il préserve encore le cuivre de toute altération avant l’immersion dans le bain métallique.... »

« Voici de quelle manière j’amalgame les pièces pour avoir les meilleurs effets de dorure, sous le rapport de la durée et de la solidité. Quand les objets ont été simplement immergés dans une solution de proto-nitrate de mercure, et lavés à grande eau, on les frotte avec de la peau pour bien étendre le mercure, et on recommence les immersions jusqu’à ce que ce métal soit également réparti sur la surface. Si l’on se borne à étendre légèrement sans frotter, la surface reste terne; si l’on brosse, elle prend un aspect brillant. Les pièces étant ainsi préparées, si on les plonge dans le bain de cyanure d’or et de potasse à une température de vingt-cinq à trente degrés et faisant fonctionner l’appareil simple à courant constant, en moins d’un quart d’heure les objets sont dorés, ou mats, ou brillants, mais d’un mat comparable jusqu’à un certain point au mat de pendule, qualité difficile à obtenir avec le procédé en usage. Si l5on veut donner à la dorure éleclro- chimique de la valeur , il faut employer concurremment les deux méthodes, et prendre le mercure pour intermédiaire, mais non pas en aussi grande quantité que dans la dorure au mercure. La température de la mise en couleur suffit pour chasser le mercure,

de sorte que Ton réunit les avantages de la combinaison de l’or avec le cuivre, et d’une épaisseur d’or presque illimitée (1).... »

Dans une addition au mémoire précédent, M. Becquerel annonce qu’il est parvenu à obtenir, avec les peroxydes de plomb et de fer , des teintes aussi variées, aussi riches et aussi éclatantes que celles que nous présentent les ailes des coléoptères des régions tropicales. « Les pièces qui reçoivent ces teintes, dit Fauteur, acquièrent d’autant plus d’éclat qu’elles sont frottées avec la peau et le rouge d’Angleterre : c’est-à-dire que les couches très-minces qui les produisent ont une forte adhérence. Le bruni, rendant la surface plus brillante, détermine la réflexion d’une plus grande quantité de lumière et doit rehausser par conséquent l’éclat de la couleur. »

« Avant de connaître comment et sur quels métaux ces couleurs doivent être déposées, je dois entrer dans quelques détails sur ce qui se passe dans la fixation des oxydes. Le principe posé dans mon mémoire est celui-ci : telle est la surface du métal, telle est la couche déposée, pourvu que cette couche soit très-mince. Mais comme le dépôt s’opère quand le métal est électro-positif, c’est-à-dire lorsque l’oxygène qui arrive tend à oxyder la surface et à la ternir, lorsque le métal est oxydable, l’on ne peut obtenir les effets de couleur que sur des métaux non oxydables, tels que l’or ou le cuivre doré, et dont la surface a un beau poli. »

(1) M. Elkington et M. Talbot emploient ce procédé depuis long-temps. Yoy, pag. 139» Çi\oie du trud )

« L’or est donc le mêlai sur lequel on dépose les riches couleurs dont j’entretiens aujourd’hui l’Académie. Ces effets n’ont été obtenus qu’avec la dissolution du protoxyde de plomb dans la potasse. Il ne faut qu’un couple ou deux et suivre l’opération attentivement, car elle ne dure quelquefois qu’une minute et encore moins. On obtient les teintes rouge-clair, rouge de feu, rouge-foncé, violet, bleu et enfin des teintes foncées. Il faut retirer continuellement les pièces du bain , afin de pouvoir avoir les teintes que l’on a en vue. Si Faction est trop forte, il se forme du peroxyde hydraté de plomb , qui se précipite en flocons jaunes dans la dissolution, sans production de couche colorée. îl est donc nécessaire de surveiller à chaque instant son opération , qui est si facile, que l’on peut agir sur un grand nombre d’objets en peu de temps , et toujours avec un égal succès. »

« Un des avantages des couleurs, je le répète, est une forte adhérence qui résiste au bruni ; mais il n’y a là qu’une simple adhérence et non combinaison. »

« Ce n’est pas comme dans le dépôt du peroxyde de fer sur du fer, où probablement il y a combinaison de protoxyde de fer, qui se forme aux dépens du fer, avec le peroxyde de fer provenant de la combinaison du protoxyde dissous dans l’ammoniaque avec une portion de l’oxygène qui arrive sur la lame, en raison de son état positif. Il est possible d’obtenir des teintes uniformes sur des lames d’or avec le peroxyde de plomb. »

« Mais ii faut, pour cela, disposer l’appareil pour que la lame soit parallèle à l’électrode négative, ainsi qu’au diaphragme, afin que tous les points de la lame reçoivent la même action électro-chimique. »

« Pour un objet d’une forme quelconque , il faut également que la surface soit parallèle à l’électrode négative, ainsi qu’au diaphragme, afin que la teinte soit partout uniforme , condition qui ne peut être remplie que lorsque la couche déposée a partout la même épaisseur. »

« Je ne me suis attaché jusqu’ici qu’aux effets produits avec les oxydes de plomb et de fer. Dans un autre travail j’exposerai les résultats obtenus avec d’autres oxydes. »

«En attendant, je ne doute pas que les riches couleurs que donne Je peroxyde de plomb ne reçoivent une application immédiate aux arts, en raison de leur fixité, de leur adhérence sur l’or et de la grande facilité avec laquelle on les applique (1). »

M. Becquerel n’a pas encore donné la seconde partie de ce mémoire.

(I) Voiries Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences, 3 et 10 juillet 1843.

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