SCENE V
MANON, LESCAUT, LF. MARQUIS, SYNNELET. (Le Marquis
est assis à droite, et obsen c Mo mm qui est rêveuse. S y nuekt
tient s’appuyer sur le siège du Marquis.)
stnnblei, bas, au Marquis.
Eh bien 1 monsieur le marquis, quo dites-vous de la tournuro que prennent mes affaires?
LE MARQUIS
Je dis que le ciel est au plus digne, et le monde au plus fin. lescait, rentrant très-animé.
Ventrebleu, le talisman du chevalier d’Auriall’a emporté. Jo dois 200 pistoles; il n’y a quo le commandeur qui... Ali ! Manon, c’est bien... U faut en finir. (Il t a fermer lu porte , puis a Manon d'une voix un peu uvinée.) Madoinouello do Lescaut, j ai h vous parler sérieusement.
MANON
Qu’ est-ce que ça veut diro?
LESCAUT
Le chevalier est indigno do vous, et jo vous ai trouvé uu mari.
MANON
Hein?
SIXNELET, à part.
Un mari!...
le marquis, à part.
Voilà du nouveau !...
Lescaut, allez ailleurs débiter vos sornettes, jo suis do mauvaise humour.
LESCAUT
Ce ne sont point des sornettes; ce mari viendra tantôt, et jo vous engage à le bien recevoir.
NiKON.
Vous êtes fou, Loscaut.
LESCAUT
Ce mari est noble, et notre noblesso à nous lui suffit; d'ailleurs, si notre maison ne remontait point à uno époque assez reculée? Eh bien t on reculerait la maison... jo vuux diro l’opoque.
SYKNELBT.
Et co mari, c’est?...
LESCAUT
M. lo Commandeur do Biübœuf.
Mon oncle !
LESCAUT
Jo parlp en son nom et jo l'attends tout à l’henro.
Manon.
C'est bién, mou cousin; le chevalier lo recevra.
Lescaut, se montant pat à peu.
Le chevalier, vous no lo reverrez plus.
SYNNELET, à part.
Hein?
manon, se levant.
Qu’avez -vous dit ?
LESCAUT
J’ai dit ce qui ost, ou plutôt co qui sera ; à un quart do lieue d’ici une chaise de poste attend lo chevalier, et dans deux jours l'autorité paternelle aura tire les verrous sur son amour.
MANON
Celui lettre... ce messager, c'était donc un piégo?
LESCAUT
Comme vous dites.
MANON
Je vous remercie, Lescaut, do m’avoir prévenue. synnrlet, à part.
Lo maladroit! Des Grieux disparu et mon onclo pour rival; mais c’est coiumo si jo u’en avais plus.
UaKON.
Le chevalier ne partira pas.
LESCAUT
Lefchevalicr partira 1
SYNNELET, d part.
1) faut qu'il parte!...
Il partira parce que je l’ai résolu, et que je me nomme Lescaut manon, arec colère.
11 ne partira pas, parce que jo l’aimo et quo je m'appelle Manon.
le marquis, se levant.
A la bonne heure.
LESCAUT, furieux.
Morbleu 1...
stnnklet, l’ interrompant.
Un instant...
MANON
Ltissez-moi passer, monsieur.
SYNNELET
Do grdee !...
manon, erre colère .*
Ah! vous ôtes tous contre moi!
LE MARQUIS
l'ermeltez ; no mo confondez pas, je vous prie, avec vos ennemis, car, foi do gentilhomme, je donnerais la moitié de uia fortune pour que votre amour iriumphdt do l’envie dos uns, do la cupidité des autres, et de vous-méuio.
MANON
Qu’est-oo à dire?
LE MARQUIS
Eli oui ! car j’enrage h la fin. de voir que la rprtu de certaines femmes consiste sruhiu. ni à attendre les occosu lis de chute, au lieu do les cheicber, de môme que la moralité do certains hommes consiste uniquement à se meilro en règle avec 1a potence.
LESCAUT
Morbleu ! monsieur, pour qui dites-vous cela?
LE MARQUIS
C’est pour monsieur de Fénelon.
LESCAUT
A la bonne heure !
LB MARQUIS
Mademoiselle Manon, jo no vous dirai plus qu’un mot : aimer moins, c’rst déjà n’aimer plus. Maintenant, mes bons amis, aller, faites votre ménage, liiez vos scènes, il n’y a plus ici que lo chœur amiquo (Regardant Lescaut en riant) des Grecs.
LS SCaüV.
Est-ce encore une personnalité?
Sans doute; toujours à l'adresse de monsieur d^Fénélon. (Manon sonne.)
stnnhlbt, qui a réfléchi.
Oui, oui, le départ du chevalier est une bonne fortune pour moi.
haxon, à un laquais gui paraît.
Germain, dites à monsieur le chevalier que je veux ïo voir avant son départ ; allez, (f.e laquais s'éloigne; elle s’assied à son tour ti regarde en face Syntulcl tl Lescaut. Le Marquis s'est assis à gauche et joue avec l'éventail de Manon.) Comme cela, je suis tranquille; maintenant, vous autres, ditcs-moi tout ce que vous voudrez, et que monsieur le marquis écoule, si cela lui plat»; pour moi je n’écouterai quo mon cœur.** nsmcT.
Pardon, mais j’avais à vous lire un articlo do b Gazette do France.
haxon, riant.
A.h ! l’ordonnance sur la thériaque ?
STN.NtLBT.
Non, uno ordonnance du roi. ( Lescaut te découvre.) maron, riant.
Bon! le roi me défond-il d'aimer le chevalier?
STNNF.IET.
Jugez-en... Lorsque des jeunes gens de famille vivront publiquement dans le désordre, il sera permis à leurs parents de demander au secrétaire d'état ayant le département do la police, qu’on enlève leurs maîtresses pour les enfermer ou les transporter dans nos colonies, telles que la Nouvelle-Orléans, ou l'ile «le la Déîitade. (3/a non sc lève cl froisse le journal avec colère.) lescaut, asm, et gui conwtence à sommeiller.
Entendez-vous, petite li Ile, on vous enverra à b Désirade, pour l'honneur des Lescaut.
Ainsi, plus do ressources, uno vie d’cxpédicnis, une famillo menaçante, voilà ce quo peut vous offrir lo chevalier.
MANON
Jo l'aime.
LESCAUT
Jeune insensée! mais que sera l’avenir avec des Grieux?...
MANON-
Jo l'aimerai.
lb Marquis.
Le mot est joli, mais vient-il du cœur ou do l'esprit?
SVNNELET.
Enfin, vous l’aimez?
MANON
Oui.
Oh!
lescaut, scandalisé.
MANON
Oui!
lb siinycis, tf un air incrédule.
Hum! hum!
Manon, impatientée .
Oui, oui, oui.... et cent fois oui.
LB MARQUIS
C’est quatre-vingt dix-neuf fois de trop, -pour que ce soit assez.
Manon, crispée.
Oht
SVNNELET.
Et des Grieux? êtes-vous bien sure qu’il vous aime? lui, cct égout u qui vous co n. la m no h végéter dons uno blcoquo dont monsieur le grand moraliste (tf montre le. Marquis) ne voudrait pas pour loger ses laquais. ( Manon fait un mouvement.) Mais c’est qu'eu vérité, je vous admire tous deux ; les bras me tombent à voir celle nu.ichalaitco de satrape avec laquelle notre chevalier accapare tout eu quo vous avez de jeunesse» d’éclat, de giûco, de beauté, et cela, pardieu, sans qu'il s’avise seulement de songer qu un jour, rassasié do vos chai mes, et sous prétexté de repentir , il retournera tranquillement chez monsieur son père, prêt à profiter do vos leçons d’amour pour engluer uno marquiso qui lui refera sa fortune et lui achètera un régiment? Et à vous, que restera-t-il? rien. Ah! si, il vous restera le sou-
venir, b seule chose qu’il ne daignera pas emporter.
Ah! vous mo faites peurt
SfKKtlBT.
Vous me croyez donc?
lescaut, émerveillé et se levant.
^E«t-co là de l’éloquence! (Brusauemevt au Marquis.) Il vous sîed bien do parler de monsieur de rénélon ; continuez, vicomte.* Tudieu, je tous croyais un fripon do neveu très-gênant pour lo commandeur, mais jo vois qu’il u’en est rien ! Quant à vous, ma belle fille, nous allons bisser partir gabmment le chevalier; qu’il s'en aille dans sa province épouser si* marquises ; nous, .tous épousons le commandeur, un homme qui nous offre toute sa fortuno, pardieu !
SVNNELET.
Une fortuno qui devait m’appartenir; ainsi, voyea si je suis votre ami!
LESCAUT
On vous obtiendra lo tabouret à la cour.
STNNKLBT.
On vous fera monter dans les carrosses du roi.
LBSCALT-
Vous serez dam© d’honnour do la reine.
SVNNELET*
Qui sait? peut-être môme de madame de Pompadour...
Manon, vitvmtnf*
Eh mais, Manon Lescaut vaut bien Jeanne Poisson, jo pense.
Ici, dira lo chœur antique, ici mourut l’amour, et l’orgueil fit sou épitaphe!
Manon, allant à lui.
Eh bien, non! je veux vous faire mentir, ça ne sera pas.
LEBCAUr.
Ça sera... On vous donne un hôtel...
Manon, arec mépris.
Ah! bah!
SVNNELET.
Manon, savez-vous ce que c’est que b misère?
Manon, haussant Us épaules .
Laissez donc! b misère! quand on est jeune!
STNNKLBT.
Et quand on no l’est plus ?
LESCAUT
Un hôtel sis à Paris...
bïnnrlet.
La vieillesse d’une femme, souvenez-vous do cela...
LESCAUT
Laquais, femme do chambre...
SVNNELET.
La vieillesse d’une femme commence arec les bijoux de cuivre et les rubans fanés.
Carrosse à deux chevaux t
SVNNELET.
f.a vicillcsso d’une femme, c’est sa première robo achetée à la friperie.
LESCAUT
Enfin, 20,000 livres do ponsiim.
MANON
Ohl je ne veux plus rien entendre.
lb marquis, se levant.
Hélas! elle a tout entendu.