LESCAUT, LE COMMANDEUR
lbscaut, qui l'a reconduit arec de profondes salutations. Quel coup do fortune! Moi qui ai bu mon équipement, l'argent do mon colonel et doux feuillettes à Jasmin — et qui ne savais plus è quel tonneau m'adresser!
le commandeur, abordant Lescaut.
Permettez, je...
LESCAUT
Bon! quand on parle de lonnoau. — Ah ça! finalement, que mq voulcz-vous?
LE COMMANDEUR
Vous vous appelez bien Lescaut?
LESCAUT
Quo vous importe?
LE commandeur.
Il m’importe! Je suis à la recherche d’une jeune flllo qui doit être de vos parentes.
LBSCAUT.
Une jeune fille ? son nom ?
LB COMMANDEUR
Manon. File devait entrer au couvent des sœur* b< spilalièrcs d'Amiens. {
LESCAl'T.
Amiens ! Manon! Pardieu ! c’est mi cousine 1
LE COMMANDEUR
C’est votro cousine?
LESCAUT
Oui l oui! après?
LE COMMANDEUR
A-t-elle d'autres parents ?
LESCAUT
Très-éloignés. Je suis son plus proche. Après?
LE COMMANDEUR
Eh bien ! c’est h vous do sauver sa vertu 1 LESCAUT.
Sa vertu ! la vertu do Manon court des dangers?
LE COMMANDEUR
Fllo court les champs depuis hier, en compsgnio d’un jeuno et joli garçon.
LESCAUT
Tôte et sang!
Manon arrivéo hier à Amiens, devait entrerau couvent le soir 1 huit heures; h sept heures et demie elle s'est fait enlever. LESCAUT.
Corne-bœuf ! olle n'a pas perdu de temps !
LB COMMANDEUR
Et moi non plus, j'ai galopé toute la nuit après elle .
LESCAUT
Eb bien ?
LE COMMANDEUR
Eh bien, me voici à trois lieues d’Amiens et pas de traces de Manon I
LESCAUT
Et vous me dites cela tranquillement ! Connaissez-vous le ravisseur?
LB COMMANDEUR
Non... mais il était lai-môme fc Amiens, prêt b entrer au séminaire.
LESCAUT
Ah I mon gaillard ! je m’en vais le tuer I
LE COMMANDEUR
Mais il faut l'atteindre.
LESCAUT
Laissez-moi faire. J’ai le nez d'un chien do chasse l ( Appttant.) HoUkt quelqu’un. Vite, un cheval! Àh! mademoiselle Manon ! je le mangerai votre galant! (Au Commandeur.) Avezvous quelque monnaie ?
le commandeur, fui donnant sa bourse.
Tenez!
LBSCAUT.
Ab ça, & propos, mon gros bonhomme, une question?
LB COMMANDEUR
Parlez !
LESCAUT
Pourquoi prenez-vous tant d’intérôt è la vertu de ma cousine?
LE COMMANDEUR
Moi!... mais je... j'étais dans le coche qui l’a conduite è Amiens; j’ai eu pitié do son Age, de sa candeur... Une jeun© personne si pure, si noire l Vous comprenez ; et la morale, monsieur, la morale !
LESCAUT
Très-bien ! Je couperai le drôle par morceaux. Le temps de boire le coup de l’étrier, et en roule. Vous m’avez donné quelque argent?
LE COMMANDEUR
Oui, oui....
LESCAUT
Très-bien ! je m'en vais ceindre mon épée !
LE COMMANDEUR
Moi, je vais changer d’habits et mo remettre en campagne.
(A part.) C’est une trouvaille que cethommc-là ! ( Haut . ) A bientôt.
LESCAUT
A bientôt. (Le Commandeur sort par la droite, Lescaut par la gauche. )