‹ Manon Lescaut operacomique en trois actes paroles de M. Eugene ScribeChapitre 62 sur 93 · ACTE II, SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XIII

< ,■ •* ’ DESGRIEUX

<Ju* vous avait dit de la demander? était-ee moi? et vous avez pu croire que je l’accepterais à un tel prix ?

MANON

On n’en a exigé aucun... je te le jure...

DESGRIEUX

Et comment se fait-il alors que vous soyez ici , à une pareille heure, chez le Marquis?

MANON

Je suis chez moi... Lescaut te le dira! Tout ici m’appartient... tout cela est à moi.

DESGRIEUX

Est-ce qu’une semblable générosité est possible? à qui persuaderez-vous qu’elle est désintéressée?... Vous allez tout quitter... tout abandonner... et me suivre à l’instant.

MANON

Écoute-moi?

DESGRIEUX, avec force.

Ou je crois tout !

MANON , vivement et jui prenant le bras.

Viens ] partons ! < .

DESGRIEUX, avec joie.

Est-il possible?». (Tombant « ses pieds.) MaUOO... MaüOU... Ul m'aimes donc ?

MANON , l’embrassant.

Toujours ! et ça ne cessera jamais ! ce que nous deviendrons, je J’igaore si tu fuis, je te«uivr&i„. si tu meurs... je mourrai ! (Gaiement.) Tu as raison, cela vaut mieux... nous ne nous quitterons pas !

DESGRIEÜR , t’entraînant vers le fond.

Oui , toujours ensemble !... partons !

MANON

Pas par là ! les antichambres sont remplies de domestiques de la maison , ou de laquais étrangers.

DESG&iEUX , t'entraînant vers la droite.

De ce côté, alors...

MANON

Nous tomberions au milieu d’un bal magnifique. Mais celte fenêtre par laquelle tu es monté...

DESGRIEUX

Toi... y penses-tu? dans ce moment, d’ailleurs , la pluie tombe par torrents, jamais je ne t’exposerai à une pareille tempête.

MANON

Dans quelques instants cela sera passé... attendons,.

DESGRIEUX

Attendre... ici !...

Nous le pouvons sans crainte ! personne... je te le jure

pénétrera sans mon ordre... ( Regardant Desgrieux qui s’appuie sur un fauteuil.) Ah mon Dieu ! qu'as-tu donc? comme ta es pâle... tu te soutiens à peine...

DESGRIEUX

Ce n’est rien !... l’émotion... la fatigue...

MANON

Le besoin, peut-être...

, DESGRIEUX , se soutenant à peine.

C’est possible... car depuis hier...

MANON, vivement.

Tu n'as rien pris !...

DESGRIEUX

Qu’importe?... •

MANON

Ce qu il importe? (Voyant qu’il tombe dans un fauteuil.) Ah mot! Dieu !... il se trouve mal ! c’est évident, la fatigue, la faiblesse!

(Elle sonne vivement. Les deux domestiques paraissent.) Que l’on Serve ! deux Couverts et à l’instant. (Les deux domestiques sortent. — Se retournant vers Desgrieux.) Ami... ami... reviens à toi... il ouvre les yeux... ses couleurs renaissent. (Aux domestiques qui viennent de rentrer , portant une table richement servie, qu’ils placent A gauche.) C'est

bien !... laissez-moi, je n’y suis pour personne! (voyant leur étonnement.) Ne m’avez-vous pas entendue? laissez-nous... qu’est-ce qu’ils ont?... ne dirait-on pas qu’on leur demande des choses...

(Les deux domestiques sont sortis par la porte du fond qu’ils referment. Sur la ritournelle du morceau suivant, Manon va tirer les verrous qui sont à la porte du fond et à la porte à droite.) Comme cela, je l’espère , on ne nous dérangera pas ! sans cela, il n’y aurait pas moyen d’ètre un instant seule chez soi !

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