ACTE II, SCÈNE XIV
(Avec coquetterie.)
Ce que l’on tous demande est-il donc si fâcheux ?
Souper auprès de moi!... souper... rien qu’à nous deux!
Vous souriez !
DESGRIEUX , doucement et d'un ton de reproche.
Manon! mais c’est une folie!
* MANON , gaiement.
Raison de plus!... (Frappant du pied.) Je le veux! je le veux'
(Sur la ritournelle de l’air suivant, Manon fait asseoir Desgrieux près d’elle à la table , et tous deux font face au spectateur. Elle lui déploie sa serviette , le sert, lui verse à boire, et lui montrant la fenêtre que la pluie vient battra encore.) «
PREMIER COUPLET
Lorsque gronde l’orage.
Qui dans le voisinage Sème partout l’effroi.
Ah ! qu’il est doux et sage D’être dans son ménage Et de souper chez soi !
Buvez, buvez, mon roi.
C’est à vous que je boi!
DESGRIEUX, la regardant tristement et avec tendresse.
Manon!... tu réjouis et mon cœur et mes yeux !
MANON, le regardant.
Alors, pourquoi cet air sombre, mon amoureux?
(Elle lui tend la main que Desgrieux saisit avec transport.) DESGRIEUX.
DEUXIÈME COUPLET
O charmante maîtresse Qu’avec toi la tristesse S’envole sans retour!
O fée enchanteresse !
Tout pour un jour d’ivresse ,
Tout pour un jour d’amour!
L’univers est à moi.
Tu m’aimes!... je suis roi!
(à la fin de ce couplet, on frappe légèrement à l’unc des portes dont Manon
a tiré les verrous.)
DESGRIEUX
Écoute donc!... on a frappé...
MANON
Qu’importe?
(Gaiement.)
Je n’y suis pas! j’ai défendu ma porte !
ENSEMBLE, et reprenant à demi voix le premier couplet.
Lorsque gronde l’orage,
Qui dans le voisinage Sème partout l’effroi !
Qu’il est prudent et sage
D’èlrc dans son ménage
Et de souper chez soi ! i.>
MANON
Buvez, buvez, mon roiî C’est à vous que je boi!
DESGRIEUX
Oui, je suis près de toi...
(L’embrassant.)
Je t’aime!«. je suis roi?