‹ Manreze du pretreChapitre 110 sur 297 · S. Bonay · texte numérisé non relu

S. Bonay

assignons des limites à la miséricorde pour qu'elle attire les pécheurs sans encourager le péché. N'admettons pas à une communion également fréquente des âmes très-diversement préparées. Ne prodiguons pas nos absolutions aux pénitents qui ne font que des promesses, aussi aisément qu'à ceux qui donnent des preuves. Ne traitons pas avec la même considération les femmes légères et les personnes pieuses. En un mot, que notre bonté se répande selon les dispositions de l'âme qui la reçoit, et qu'à la manière de celle de Dieu elle soit intarissable, non aveugle.

Ainsi, le jugement, suivant [l'expression du Saint- Esprit, siégera avec nous. Si le pasteur, en effet, comme Dieu, pratique une bonté qui n'exclue pas la justice ; s'il y a un compteur dans ses applications morales qui proportionne le traitement spirituel à la culpabilité, et s'il conserve le ressort à son indulgence pour qu'elle ne s'aplatisse point, alors la notion de la règle ne s'oblitère pas clans l'esprit public, la miséricorde pastorale ne propage pas la confusion du bien et du mal, la paroisse est un bercail large et commode, mais qui a des barrières.

Il importe donc que la houlette pastorale soit en vos mains, non un bâton pour vous appuyer, mais uninstrument de direction et de gouvernement pour la conduite de vos brebis. Après cela, la force, dans un pasteur, serait-elle le génie de la querelle et le goût des provocations aventureuses? Nullement; les prêtres sont

j& les rois : ils doivent faire la guerre dans l'intérêt des peuples, non de leurpropre relief. L'Église, qui est mère, a horreur de ces ministres turbulents qui se sont fait un besoin de la bataille, qui s'ennuient quand ils n'ont plus de coups à donner, et qui ont besoin d'un champ d'escrime toujours ouvert pour exercer leur main!

La force serait-elle cette jactance provocatrice qui s'irrite contre les obstacles, qui jette son gant à tout propos et contre tout propos, et qui tonne très-fort pour faire accroire qu'elle a beaucoup de pouvoir? Non, la véritable force se contient et parle peu d'elle-même. Le rodomont n'est que la caricature de l'homme brave, et saint Thomas ayant posé ces deux questions : Le fort se délecte-t-il dans son acte? fait-il usage de la colère dans ses actions? il répond à la première : Le fort ne goûte dans son acte que des joies spirituelles, non celles de la vengeance ou de l'orgueil ; et à la seconde : Le fort emploie, pour produire son acte, non pas toute espèce de colère, mais celle qui est réglée par la raison ; ce qui revient à cette recommandation du Roi-Prophète : Irritez-vous, mais ne péchez pas : Irascimini et nolite yyeccare 1 .

Enfin, la force serait-elle cette humeur novatrice, qui, sous prétexte de réforme, bouleverse pour faire autrement et non pas mieux que le passé, et frappe

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