‹ Manreze du pretreChapitre 116 sur 297 · Joan · texte numérisé non relu

Joan

Maintenant, quand vous vous serez appliqué à toutes les vertus sociales et morales, suit-il que vous aurez résolu cette seconde quadrature du cercle qui s'appelle l'art de plaire à tout le monde? Nullement. Notre-Seigneur n'y est point parvenu ; ne caressez pas cette folle ambition : et que si, par hasard, vous souffriez trop de ne pas réaliser un tel succès, je vous donnerais, en finisant, un conseil de l'évêque de Genève.

Un bon religieux, dit-il, était chargé, dans son couvent, de l'horloge de la communauté ; or, les moines vagabonds, qui sortaient et qui trouvaient leur promenade trop courte, lui disaient: Toujours votre horloge est en avance! Au contraire, les moines sédentaires, qui trouvaient parfois les heures de travail trop longues, lui disaient : Votre horloge est en retard! Placé entre ces deux réclamations contradictoires, le pauvre réglementaire avait sa tête martelée comme le tympan de l'horloge, et il alla porter sa plainte au supérieur. Celui-ci lui répondit : « Quand on vous dira d'avancer l'horloge, répondez : Je vous remercie de votre charitable avis ; quand on vous dira de la retarder, remerciez encore. — Et après cela? dit le réglementaire. — Après cela, ajouta le supérieur, faites bien et laissez dire. » Oui, Messieurs, faisons bien et laissons dire : à la fin des temps, il y un jugement dernier qui réformera les sentences injustes de ce monde, et peu importera, alors, tout le mal que les hommes auront dit de nos efforts, pourvu que Dieu en pense un peu de bien t

J'étends ma sollicitude, avant de finir, au-delà du sujet de ma conférence, et je vous conjure de recevoir ces paroles avec les égards que les anciens accordaient aux derniers accents des amis : ISovissima verba. Sans doute, ce ne sont point des adieux, mais nous y touchons, et, avant, j'ai besoin de me retourner encore pour vous dire avec saint Paul : Rogamus vos, fratres, ut negotium vestrum agatis*. Ne soyons pas comme cet insensé qui a vu, au miroir, les difformités de son visage et qui se retire sans les effacer. Faisons de ces exercices une date bénie dans l'histoire de notre conscience, YEcce nunc cœpi de notre ferveur sacerdotale, le commencement d'une ère nouvelle, et un souvenir heureux vers lequel nous puissions nous retourner avec confiance à l'heure de la mort. Eh! que sont toutes les joies de la terre comparativement à celle de se faire du bien? et, au contraire, l'expérience en est faite par notre coeur : Malum et amarum dereliquisse Dominum 2. Donc , tendons de nouveau les mains à la chaîne pour nous faire lier ; pénétrons-nous des saintes ivresses de notre sous-diaconat, et, rejetant avec dédain les sensualités, les attaches, les amours-propres, les intérêts qui nous captivèrent, ouvrons les bras au Dieu de nos autels, en lui disant : Pars mea Deus in œternum*.

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