‹ Manreze du pretreChapitre 120 sur 297 · Act · texte numérisé non relu

Act

envers ses décrets, envers son siège, envers ses promesses.

En ce qui concerne les décrets de l'infaillibilité, nous en sommes les promulgateurs populaires et les apologistes de profession. De là, pour nous, le devoir de les bien étudier et de vulgariser les profondeurs de cette économie.

L'homme ayant un besoin infini de la vérité, Dieu en devait établir le dépôt quelque part ; et cette vérité ne pouvant rester douteuse sans faire à l'homme plus de mal que de bien, Dieu devait la mettre sous la garde de l'infaillibilité ; et l'infaillibilité ne pouvant subsister sans une expression sensible qui la notifiât au dehors, Dieu devait créer l'Église pour ce noble ministère. D'ailleurs, l'Église, c'est la société des âmes, ce sont les États de la vérité sur terre. Or, de même que, dans les États ordinaires, il y a un pouvoir qui juge en dernier ressort et qui n'est pas jugé, il faut, au royaume des esprits, un tribunal suprême dont les sentences soientsans appel. Seulement ce qui s'appelle, dans l'ordre civil, la souveraineté, dans l'ordre religieux doit être l'infaillibilité.

Prêtres, démontrez, popularisez la sagesse rationnelle de cette constitution essentielle du catholicisme. Aussi bien, une autorité doctrinale divinement instituée, dit Malebrancne, ne se conçoit pas sans l'infaillibilité. Il ne suffit pas, il est vrai, qu'une autorité se

croie infaillible pour être divine, mais elle n'est pas divine si elle ne se croit pas infaillible. Imaginez un chef de religion qui reconnaît pouvoir se tromper, et qui vous damne si vous ne faites pas acte de foi en lui; ce despotisme serait une monstruosité inepte et barbare.

Donc, enseignons, crions souvent à l'oreille de nos générations abusées que loin de les mettre à une épreuve exceptionnelle, l'infaillibilité est l'attribut nécessaire de toute autorité parlant au nom de Dieu ; et que la religion qui n'y prétend pas n'obtiendra jamais la créance des autres, car elle ne croit pas divinement en elle-même. Ainsi, les peuples apprendront que le Pape n'est point infaillible pour son propre relief, mais pour notre avantage, et qu'en ceci, Jésus-Christ ne s'est pas proposé d'exalter son Vicaire aux dépens de notre soumission , mais de fournir des garanties à notre soumission, par les prérogatives de son Vicaire.

Les organes de l'infaillibilité doivent être toujours en armes, l'épée au poing, pour monter la garde autour de ce saint dépôt ; car qui pourrait compter les antagonismes qu'ils ont à combattra*.

Répondez d'abord à l'ignorance qui trouvait plus simple d'attribuer à la collectivité des évêques le privilège du Pape : «Mais il est plus aisé d'admettre toute l'infaillibilité dans un juge qu'un millième d'infaillibilité dans la tête de chaque Père d'un concile. Miracle pour miracle, celui de l'infaillibilité en commun, répartie entre tous les évêques, est moins simple que

celui de l'infaillibilité individuelle, car il est plus aisé défaire raisonner juste un seul instrument que tout un orchestre. »

Défenseurs de l'infaillibilité, répondez encore à ceux qui l'accusent de nouveauté : « Est-ce que, par hasard, vous la prendriez pour une création récente de l'obscurantisme clérical? Non, non, l'Église n'invente point des dogmes quand elle définit dogmatiquement des croyances contenues, de tout temps, dans le dépôt de la révélation. Non, non, le dernier concile n'a rien imaginé ; car, parmi les oracles de l'école, les théologiens hostilles à l'infaillibilité papale sont, relativement aux autres, dans la proportion de trois à cent. Non, noli, enfin, l'Église n'a point fait une vérité nouvelle, en faisant passer ce qui était de foi divine aux articles de foi catholique; car c'est là un développement plutôt qu'un accroissement de l'objet de la foi ; et ceux qui ne comprennent pas de telles différences, sont logiques comme celui qui nierait l'Eucharistie, parce qu'il n'en est pas question dans le Symbole des apôtres. »

Organes de l'infaillibilité, défendez-là aussi du reproche d'ineptie. Dites-donc à ceux qui nous accusent de faire d'un homme un Dieu, que nous ne le reconnaissons pas infaillible sans conditions. Le Pape n'est infaillible que parlant ex cathedra à l'Église universelle, comme autorité suprême du monde intellectuel. Il ne Test qu'avec les conseils qu'il estime nécessaires à l'exercice de cette prérogative. Il ne l'est, ni dans les

choses de l'ordre naturel, ni même dans la théologie quand il en traite comme docteur privé, l'infaillibilité étant attachée à la charge, non à la personne. Il ne l'est que par assistance divine, non par inspiration. Enfin, il ne l'est que lorsqu'il agit en'dehors de toute intimidation, de toute séquestration, de toute violence extérieure : ce qui revient à dire que le Pape est l'organe d'une vérité raisonnable, non le promulgateur automatique d'un Credo arbitraire, et que, vénérable dans l'infaillibilité que Dieu lui donne, il n'est ridicule que dans celle que la négation lui prête.

Organes de l'infaillibilité, défendez-la de l'accusation d'immoralité, en proclamant devant le peuple qu'elle n'est pas l'impeccabilité? Étrange aberration de confondre deux ordres différents! Plusieurs Papes, saint Pierre le premier, ont failli dans la charité ; aucun n'a défailli dans la foi. Publiez donc que tous les Papes ont eu besoin d'un confesseur pour leur remettre les péchés, mais que pas un n'a eu besoin de censeur pour corriger ses erreurs ; et que tout comme, à l'autel, la vie sacramentelle peut se répandre sur le monde par des mains impures, de même, sur le trône de saint Pierre, la vérité arrivant du ciel à la terre peut être contenue dans un vase souillé, sans s'y souiller elle-même.

Enfin, combattez à outrance cette fin de non-recevoir de certains obstinés, le nombre et l'illustration des antagonistes de l'infaillibilité, et répondez-leur :

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194 LE PRÊTRE ET i/ÉGLlSE.

Il est vrai qu'elle a été combattue par les Césars, qui jalousent toujours l'influence des Papes dans les affaires de ce monde ; mais de tels adversaires, c'est votre honte de les avoir pour vous, et c'est notre gloire de les avoir contre nous. Il est vrai, encore, que ce dogme a été repoussé par tous les libres-penseurs qui, ne croyant pas en Dieu, n'ont pas de raison de croire à l'infaillibilité de son Vicaire ; mais, au lieu de vous applaudir, en voyant de tels adhérents avec vous, rougissez plutôt de vous trouver avec eux. Il est vrai que cette doctrine est le scandale de tous les docteurs de revue, de tous les théologiens de café, de tous les oracles de salon ; mais tant pis pour qui est capable de préférer à la religion du Pape les papes d'une religion contraire. Il est vrai que l'opportunité de cet article de foi parut douteuse à une minorité épiscopale comptant des membres éminents ; mais que prouve leur incrédulité momentanée, comme celle de saint Thomas, sinon l'autorité plus grande de leur foi mieux informée? Respect à l'adhésion tardive des saints, et à la tombe des martyrs I Ceux-ci étaient des inopportunistes de la veille, les vieux-catholiques sont des schismatiques du lendemain. Les uns sont des opinants éclairant un débat, les autres des apostats bravant une décision.

En un mot, possédons à fond la théologie de ce sujet pour la vulgariser sans transaction et sans restriction ; constituons-nous, en toute occasion, les humbles disci-

pies et les docteurs de l'infaillibilité pontificale. Répétons souvent que la meilleure façon de porter les chaînes de saint Pierre, c'est d'accepter les liens que sa parole nous impose, et de nous faire les esclaves de ses enseignements. Et devant tant d'hommes qui accordent, aujourd'hui, plus de confiance à leur journal, à leur système, à leurs coryphées parlementaires ou philosophiques qu'au conducteur surnaturel de l'humanité, aimez à vous tourner du côté de Rome en disant :

0 pilote ! qui connaissez les tempêtes, non les naufrages! recevez-nous pour jamais à votre bord! Faites entendre vos signaux durant la traversée obscure que nous accomplissons, et nous serons en paix, malgré les tourmentes de l'air et de la mer. Aussi bien, l'histoire est pleine des désastres qu'engendre le malheur de ne vous point obéir ; et, tandis que l'excès de la déférence à votre égard n'a pour conséquence que de grandes vertus, ses restrictions produisirent de grandes catastrophes. Que votre infaillibilité soit donc notre boussole, car vous avez les paroles de la vie éternelle; et à qui irions-nous en nous séparant de vous? Verba vilœ œlernœ habes, ad quem ibimusK

Comme organes de l'infaillibilité, nous devons encore les respects de la foi et de l'amour à son siège. L'infaillibilité des Papes a pour centre le lieu le pluâ

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