Joan
célèbre de la terre. Rome a effacé Jérusalem dana les pieux respects de la chrétienté ; et si les deux alliances ont pleuré, tour à tour, sur la perte de la seconde, nul ne peut évaluer la somme de ruines et de malheurs que représenterait le renversement de la première. Qu'estce que la lumière émanée d'Alexandrie, d'Athènes, de Florence des Médicis et des autres capitales de la civilisation, en comparaison des vérités conservées par la ville des Papes ?
Il est, ici-bas, une colline auguste qui participe de la grandeur du Sinaï et de celle du Thabor. Comme le Sinaï, elle lance des foudres et des éclairs, et ses foudres ont exterminé toutes les hérésies, et ses éclairs illuminent la marche de la civilisation depuis dix-huit cents ans. Comme le Thabor, cette colline reçoit des rayons supérieurs aux clartés de notre monde, et ses perspectives tiennent le milieu entre les visions de la terre et celles de l'éternité. Or, ce sommet fatidique a été justement nommé la montagne des oracles, ou le Vatican. Eh bien ! là, il y a un voyant en qui l'Esprit de Dieu réside par une assistance perpétuelle, et qui prononce des arrêts irréformables toutes les fois qu'il s'assied sur la chaire de Pierre pour décréter.
Sans doute, il ne fait pas la révélation, mais il la garde; il ne peut en accroître l'objet, mais il le déroule. Aussi les décrets qu'il promulgue, dans le cours des âges, touchent de plus près aux intérêts de l'humanité que la découverte des mondes inconnus, et ses
décisions sont une introduction lointaine de l'humanité aux visions du Paradis.
Sans doute, les Papes sont des instituteurs répudiés par un grand nombre d'esprits, et la lumière de Rome diffère de celle de Paris. Mais la lumière de Paris tient de celle du pétrole et menace d'incendier l'univers, tandis que celle de Rome éclaire le penchant des abîmes. Mais, en doctrine sociale comme dans le sens matériel, les voies romaines sont les plus indestructibles, et si une génération les couvre de la poussière de son mépris, une autre les retrouve avec admiration sous ses pieds, et fait passer sa civilisation en triomphe sur ces dalles inébranlées.
Qu'on ne parle donc plus de l'immobilité de Rome : si elle est immobile, c'est comme le pivot autour duquel l'univers tourne, et autour duquel il ne saurait cesser de tourner sans s'échapper par la tangente vers le chaos. Pékin, Constantinople , Pétersbourg peuvent disparaître de la terre, la lumière n'en sera point amoindrie; mais, le jour où Rome serait effacée de la carte du monde, celui-ci, semblable à un vaisseau sans falots, serait ballotté dans une nuit effrayante ; et les seuls qui n'en sont pas effrayés sont, ou les aveugles qui ne souffrent point des ténèbres parce qu'ils n'y voient pas, ou les malfaiteurs qui les aiment parce qu'elles sont favorables à leurs criminels desseins.
Aussi , je ne suis point étonné si notre siècle a regardé comme un martyre la mort pour cette Rome
198 LE PRETRE ET i/ÉGLISE.
des Papes, où reposent les fondements de Tordre universel. Autrefois, on réservait son sang pour la foi; ûe nos jours,on Ta donné pour le sol où elle rend ses oracles. Eh bien ! mes vénérés confrères, c'est le devoir au. prêtre d'avoir pour une telle capitale des affections qui surpassent celles des héros de Mentana et de Castelfidardo. Cette affection est en nous une sorte d'orthodoxie de sentiment qui achève l'autre. Au contraire, tout prêtre qui a des préventions ou des antipathies contre Rome est dans une prédisposition peu favorable h la foi. Entretenons donc dans notre âme la flamme sacrée, le culte pieux que Tertullien désignait par ce beau néologisme : Romanitasl
Romanitasl Co fut la passion de nos aïeux dans leurs combats pour la doctrine et pour la sainteté. ixaïnanUas! c'est le cri de ralliement et le schibboleth des vrais Israélites depuis dix-huit siècles. Romanitas! c'est le point d'orientation de l'Église, ce fut l'amour sans ombre de notre jeunesse sacerdotale; et, plus tard, même quand les enthousiasmes de l'inexpérience furent passés, môme quand les imperfections de la partie humaine de Rome nous furent connues, à la vue de sa partie divine qui est le Sinaï de la véricé dans le monde, nous éprouvâmes encore, comme les fidèles du temps de Tertullien, cette dévotion à part : Romanitasl Belle expression , et allusion consonnante à un autre amour non moins universel : Humanitas ! L'amour de Rome, l'amour de l'humanité, deux affections qui so
répondent et qui, en se rencontrant dans notre cœur, mes vénérés confrères, relèvent au sommet de la grandeur dans la lumière et dans la sympathie.
Honorons par notre parole et par notre dévotion, non-seulement les décrets, non-seulement le siège, mais encore les bienfaits de l'infaillibilité : chaque nouvelle définition dogmatique produit les siens. Celle de rimmaculêe-Conception nous a donné Lourdes et ses merveilles vraiment œcuméniques. Celle de l'infaillibilité nous doit son fruit particulier, elle nous tiendra sa promesse. Terra dabit fructum suum*.
Ils ne manquent point, même au sein du catholicisme, les pusillanimes obsédés de ces arrière-pensées : Pourquoi de nouvelles définitions, qui ont accru le nombre des articles de foi, et diminué celui des croyants ? qui ont provoqué des apostasies, et qui n'ont pas conquis une seule adhésion de plus ? qui devaient tout sauver, et qui sont le danger plutôt que le salut de l'avenir ?
Avouez que c'est bien là le grief plus ou moins articulé de certains sages suffisants, et portés à imputer au concile du Vatican tous les maux de la catholicité. De grâce, ne laissez pas sommeiller dans sa bonne foi plus ou moins volontaire ce pessimisme antiinfaillibiliste, et jetez-lui souvent à la face ces protestations du bon sens f
Sincèrement, croyez-vous que si nous avons été