‹ Manreze du pretreChapitre 136 sur 297 · II. Fefcr · texte numérisé non relu

II. Fefcr

vante : Passio Domini nostri Jesu-Christi. Également, quand on suit le prêtre clans sa carrière, il vient une heure triste où, après avoir évangêlisé le monde, après avoir commandé à Dieu sur l'autel, après avoir ressuscité les morts au confessionnal, il lui reste un devoir suprême à remplir, celui de monter au Calvaire pour y subir sa douloureuse Passion. Je voudrais vous assister aujourd'hui durant votre crucifiement.

Il faut convenir que les amertumes ne manquent pas dans le calice qui nous est présenté à l'entrée du Saint des Saints. Prenons-les dans leur réalisme sans idéal. Préluder à votre sacerdoce par des travaux ardus qui épuisent quelquefois votre santé, ensevelir votre jeunesse au fond d'un presbytère rural souvent rendu inhabitable par l'incurie des municipalités, offrir les prémices de votre cœur, tantôt à de grossiers campagnards, tantôt à des bourgeois sans élévation morale qui narguent vos sacrifices, trouver sans cesse, en opposition à votre parole, la contradiction stupide des docteurs en blouse et des théologiens de cabaret, passer votre vie à déjouer des trames iniques, vous infliger les sacrifices d'une vertu rigide sans cesser d'être bafoués par d'impurs persiflages, borner toutes vos ambitions à une aisance qui fournit à peine le vivre et le vêtement, vouer votre existence à la solitude du cœur et aux contrôles pharisaïques des foules, recevoir, pour prix de vos sueurs, une chétive rétribution qui abaisse le rang social du prêtre, aux yeux d'un

siècle financier estimant tout au poids de l'or, enfin, après avoir partagé pendant cinquante ans avec les malheureux, n'avoir pas même droit, comme vieux serviteur de l'autel, au pain des derniers jours, voilà quel est souvent votre calice. A cette pensée, combien de fois n'avez-vous pas dit, durant vos heures de Gethsémani : Transeat a me calix iste1 ! Eh bien ! je veux que vous réagissiez aujourd'hui contre ces mouvements de la nature par ce sentiment surnaturel : Calicem salutaris accipiam^.

Il est vrai que les pasteurs de village, comme ceux de Virgile et de Théocrite, ne sont heureux qu'à travers les mirages de la poésie ; mais écoutez-moi, pauvres martyrs du presbytère livrés à tant de haines et de piqûres : il faut souffrir, c'est une vérité de sens commun qui se prouve surtout par son évidence; il faut souffrir, c'est écrit dans toutes les péripéties du monde depuis les infortunes du premier homme jusqu'à nous ; il faut souffrir, c'est écrit dans toutes les lois de la nature physique depuis les tempêtes de l'air jusqu'aux épines de la terre ; il faut souffrir, c'est écrit à la première page de la loi nouvelle avec le sang d'une adorable victime; il faut souffrir, enfin, c'est écrit dans les immuables pensées de Dieu et dans la conscience de l'homme à une profondeur où aucun sophisme ne l'effacera.

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