De Imit. Christ., 1. 1, c
do la sympathie qui consiste à sortir volontiers de soimême pour s'absorber dans le malheur des autres. Les prêtres qui furent martyrs, au contraire, plus faciles à la pitié, plus empressés au sacrifice, ont une intuition rapide de la souffrance d' autrui, et un coeur qui s'ouvre à elle comme un temple où elle a droit d'asile ; un de ces temples dont les murmures sont doux, dont \oa ombres reposent, dont les profondeurs saisissent de respect, et dont les saintes harmonies font penser à Dieu. On peut le dire en toute vérité, dans les rangs du clergé, ce sont les yeux remplis de larmes qui sont les plus clairvoyants, et tandis que rien n'est plus ordinaire au prêtre que de souffrir il lui suffit d'avoir souffert pour n'être plus ordinaire.
Aussi, croyez-le bien, ô mon jeune confrère, souvent la charité prévoyante, qui s'occupe de votre avenir, en est réduite à vous souhaiter des [pleurs pour votre développement, et un malheur, pour vous épargner des fautes : un de ces malheurs, cependant, qui instruisent sans foudroyer, et qui fécondent le cœur sans le briser ; semblable à ces incisions pratiquées aux arbres de l'Arabie, et qui font couler le parfum sans compromettre les sources de la sève. Promettons-le donc, aujourd'hui, sur les membres endoloris de notre Christ, plus de murmures contre la souffrance, car elle est, pour nous, un éveil utile, un désenchantement bienfaisant, et si c'est au Calvaire que Jésus-Christ s'anéantit et mourut, c'est au Calvaire sue le prêtre se transfigure :
tant il est vrai, ô mon Dieu! que vous êtes bon jusques dans votre justice, et que vous tirez des révélations de vos châtiments : Castigasti me et eruditus sum '.
La croix, qui sert d'institutrice aux prêtres incomplets, sert de préservatif aux prêtres privilégiés; comme la paternité de Dieu elle nous élève, comme elle aussi elle nous conserve. JEn nous, ainsi que dans la création, les éléments les plus bienfaisants ont besoin d'être équilibrés pour ne pas dégénérer en fléaux. Par exemple, le soleil féconde la terre ; il la consumerait, s'il n'était point contenu dans son orbite. Les fleuves arrosent les campagnes ; ils les ravageraient, s'ils n'étaient enchaînés derrière des digues. De même, chaque prérogative dans votre existence, a besoin d'un contre-poids pour ne pas se convertir en péril.
Ayez de l'esprit; sans un modérateur, vous serez perdu d'amour-propre. Ayez de la sensibilité ; sans un modérateur, vous serez un prêtre vaporeux et énervé. Ayez de la fortune ou de la gloire ; sans un modérateur, le vertige va vous prendre sur les hauteurs de votre piédestal. Et quel est le modérateur naturel à l'aide duquel Dieu corrige en nous les enivrements de toute supériorité ; c'est notre calice. Quoi ! vous avez reçu en partage le don d'intelligence, et vous vous étonnez d'être accablé d'ennuis quand d'autres vous supposent ivre de vos triomphes; mais c'est que votre