‹ Manreze du pretreChapitre 152 sur 297 · Joan · texte numérisé non relu

Joan

l'âme de Notre-Seigneur, pendant que son corps était crucifié, allait affranchir les anciens justes de la captivité des limbes; la vôtre, quand vous mourez sur le Calvaire, opère des délivrances dans le purgatoire, et pratique toutes les charités dans une seule. Charité envers Dieu, car Dieu trouvant son bonheur à ce que son paradis soit peuplé, c'est plaire à son amour que d'obtenir les remises de sa justice en faveur des amis dont il est séparé. Charité très-apostolique, car il y a quelque chose de plus parfait que de passer les mers pour gagner à Dieu des infidèles, c'est d'aller lui chercher, par-delà les frontières du monde visible, des âmes confirmées en grâce qu'il préfère à celles des païens. Charité de l'aumône, car, souffrir ainsi, c'est donner aux pauvres les plus malheureux de la famille humaine. Charité envers les malades, car, en partageant avec de tels suppliciés les mérites de votre calvaire, vous devenez les infirmiers du séjour le plus désolé où la douleur ait poussé des cris. Charité envers les captifs, car, au prix de quelques larmes, vous rendez à la liberté des prisonniers qui en ont tant répandu I Charité envers les exilés, car vous procurez à des enfants du ciel, pleurant sur une terre étrangère, la douce hospitalité de la patrie.

Aussi, je vous vénère, pasteurs influents, dans ces paroisses où vous commandez en maîtres souverain^ ; je vous admire, pathétiques prôneurs, sur vos chaires entourées par des foules attendries; je vous salue,

docteurs et confesseurs, sur les divers théâtres de votre zèle; mais je vous admire et vous vénère plus encore dans vos épreuves que dans vos triomphes, car si votre Thabor est la gloire de la religion, votre Calvaire est le salut de plusieurs mondes à la fois.

Laissez-moi donc vous le redire avec saint Pierre : Communicantes Christi passionibus gaudete^. Oui, souffrez courageusement; cela comptera pour vos parents, vos amis et vos bienfaiteurs qui pleurent au séjour des expiations douloureuses. Souffrez, ce sera pour tant de paroissiens qui moururent pénitents, sans avoir eu le temps de faire une suffisante pénitence. Souffrez, ce sera pour tant de prêtres qui sont oubliés en purgatoire après la mort, et qui passèrent leur vie à y secourir les autres. Souffrez, ce sera pour des âmes à qui vous fîtes, peut-être, moins de bien que de mal, et pour qui vous seriez débiteur insolvable, si vous ne saviez pas être martyr à leur intention. Souffrez, enfin, car les patients du purgatoire comptent sur les subsides tombant du haut de votre calvaire. Le jour où, du fond de leur prison, on n'apercevrait pas votre croix à côté de celle de Jésus, l'espérance y serait diminuée, et la félicité promise par Dieu à vos larmes serait diminuée elle-même, puisque les fruits n'en pourraient plus être partagés.

Pour ces motifs d'une charité pastorale trop né-

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