‹ Manreze du pretreChapitre 174 sur 297 · I Cor · texte numérisé non relu

I Cor

œuvres à faire, et celle qui conserve les œuvres faites. Beaucoup d'hommes ont des idées en ce genre, bien peu ont la suite nécessaire pour les faire germer et fructifier. Ici, je trouve devant moi un vaste champ d'exploration, le sujet d'un livre plutôt que d'un point de conférence. Je pose donc des limites pour m'imposer l'arrêt, et des jalons pour me préserver des digressions. Un mot, au point de vue administratif, de vos principales œuvres paroissiales : celle du Dimanche , celle du Denier de Saint-Pierre, celle de la Propagation de la Foi , celle des Bibliothèques paroissiales , celle des Cercles et diverses Confréries.

On imagir.e, aujourd'hui, tant d'œuvres d'utilité douteuse et de titre quintessencié, que des catholiques sensés disent souvent : « Qui nous donnera une bonne confrérie des commandements de Dieu et de l'Église! » L'œuvre du Dimanche répond à ce désir, car elle a pour but de procurer, par l'observation d'un seul commandement, celle de tous les autres. Ce n'est pas ici le cas de vous prouver ce que vous savez et enseignez très-bien, que le dimanche est la fête de l'univers, que , de sa sanctification, dépend la santé des âmes et des corps dans la société comme dans la paroisse; que l'hérésie le chôme encore mieux que nous, et que le silence du port de Londres, ce jour-là, ainsi que des villages de la Suisse protestante , est un sanglant reproche à l'adresse de nos populations ouvrières; enfin,

qu'à l'heure où les pieuses réjouissances du dimanche seraient remplacées par les orgies du lundi, celles-ci , dérobant à l'homme sa santé, sa raison, son honneur, sa fortune, ses bonheurs domestiques, ses sympathies, le peuple tomberait dans l'abrutissement, au même instant où Dieu tomberait dans l'oubli. Encore une fois, pas de dissertations ni de lamentations sur le mal ; quel moyen d'y remédier?

Ici, reparaît l'avantage de la concorde entre le curé et le maire. Leur concert peut constituer une force souveraine contre la profanation dominicale. Des règlements de police sagement, mais énergiquement exécutés, quelques poursuites en contravention au besoin; la fermeture des cabarets pendant l'office ou à certaines heures de la nuit, en un mot, l'appui du bras séculier venant en aide à la religion pour protéger le repos du saint jour, tout cela, par simple mesure disciplinaire, sans contrainte, peut changer dans peu de temps la moralité d'une paroisse. Heureux le curé qui a un maire capable de comprendre un tel dessein et d'y collaborer! Sans doute, le résultat est difficile à atteindre ; n'en désespérons pas sans avoir rien essayé.

Le concours des familles chrétiennes vous servira plus encore que celui de l'autorité locale. Groupez-les en pieuse confédération, en ligue sainte contre l'inobservance du dimanche. Qu'elles s'engagent à ne point travailler et à ne point faire travailler ce jour-là, à

ne pas acheter d'autres marchandises que celles nécessaires à la vie, et à choisir, pour leur usage personnel, des fournisseurs et des ouvriers faisant profession de respecter le chômage prescrit par la loi de Dieu. Ensuite, la parole d'honneur de ces chrétiens fidèles étant donnée, réunissez-les quelquefois, pour la leur rappeler ; convoquez-les à certains jours, au pied des autels, pour faire amende honorable à Dieu de la profanation de son saint jour; obtenez-leur des indulgences d'encouragement de la part du Saint-Siège; rayez du cadre de l'association ceux qui en violent scandaleusement les statuts; en un mot, tenez la main et une main ferme à ce que les promesses faites soient loyalement exécutées , les fruits vous récompenseront du soin qu'ils vous auront coûté.

Si, parmi vos propriétaires d'usines et de manufactures, il s'en trouve qui soient chrétiens, tâchez de vous insinuer auprès de ces honorables industriels pour en faire vos coopèrateurs. Quand leurs feux ne peuvent être éteints sans grave dommage, le dimanche, obtenez, au moins , qu'ils laissent à leurs ouvriers le loisir et la liberté d'accomplir leurs devoirs religieux. A l'occasion, faites rougir nos patrons catholiques, en leur rappelant ceux d'Angleterre et d'Allemagne qui, ayant les mêmes raisons économiques pour excuser la violation de la loi chez eux, se l'interdisent. Louez surtout et souvent ces manufacturiers hollandais, qui payent la semaine aux ouvriers le mercredi, afin que

son produit soit assuré à la famille et ne serve pas à la profanation du jour du Seigneur.

Et si l'usine s'obstine dans une concurrence impie contre la paroisse, alors, sans colère, mais sans faiblesse comme sans imprudence, protestez contre cette promiscuité des sexes, cette traite des enfants, ces antres du blasphème et de la corruption, et ramenez les affections de vos paroissiens vers l'agriculture : la terre n'est pas seulement la mère nourricière, elle est la mère institutrice des hommes. L'exploitation de la houille, au moral comme au physique, les dégrade, celle de la terre les relève ; l'industrie les ravit à Dieu, la terre les lui rendra. Heureusement, les mines de houille s'épuisent, tandis que la fécondité du sol est inépuisable.

Enfin, organisez le dimanche religieux de telle manière qu'il intéresse plus encore que celui qui ne l'est pas. Échelonnez, dans la journée, des réunions, des loteries, des séances de jeux ou de cercle qui empêchent de la trouver longue. Mêlez-vous aux récréations des jeunes gens quelquefois, entendez-vous avec les institutrices ou avec les directrices de congrégation pour régler les distractions des jeunes filles. Surtout rehaussez votre culte extérieur de telle manière que l'église soit le grand centre d'attraction de la paroisse. Par la richesse des décorations, par la splendeur du luminaire, par la pompe liturgique, par la beauté des chants, faites la concurrence

aux bals et autres réunions profanes. Les chants, quand ils sont bien choisis et bien exécutés, exercent un grand empire sur l'âme du peuple. Les hymnes de l'Église de Milan avaient ému Augustin jusqu'aux larmes, bien avant la prédication de saint Ambroise. Diderot disait, en parlant des choeurs de nos églises : « Je n'ai jamais entendu ce chant grave et pathétique sans que mes entrailles n'en aient tressailli. » Le roi de Prusse fut tellement frappé des cérémonies de Saint-Sulpice, en 1814, qu'en arrivant à Berlin, il ordonna aux ministres d'inventer une liturgie pour les fêtes protestantes. Rousseau, Bolingbroke, Voltaire, se déclaraient vaincus par cette irrésistible séduction. 0 mon cher confrère, je n'oserai pas vous conseiller de tenir l'harmonium, sous la chasuble, pendant le Kyrie, le Gloria et le Credo; mais occupez-vous de vos chants liturgiques ; confiez-en la direction à des maîtres très-capables, si vous ne pouvez la prendre vous-même, et tâchez de faire revivre ces heureux temps où saint Cyprien nous apprend qu'on se délectait, même aux festins, par les sons de la psalmodie sacrée; où saint Chrysostôme disait aux pères de famille : Filios et uxores edoceatis cantica decantare 1 ; où les villageois contemporains de saint Basile réjouissaient leurs occupations et leurs campagnes par ce refrain sublime : Gloria Patri, etc.;

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