‹ Manreze du pretreChapitre 173 sur 297 · Eccl · texte numérisé non relu

Eccl

autre personne de la paroisse avec qui nous sommes en rapports administratifs, le maire.

Puisque, d'après le précepte de l'Apôtre, nous sommes tenus d'honorer les magistrats séculiers en général, à plus forte raison celui de notre commune. Donc, tout en réservant les droits de la conscience et de la dignité, témoignons des égards au maire, même quand nous sommes assurés, de science privée, qu'il ne les mérite pas. Au lieu de miner son autorité par des propos légers ou par des ingérences intempestives, tant qu'elle reste sur son terrain, respectons-la et faisonsla respecter. Le maire représente un pouvoir, dans ce moment où tous les pouvoirs sont à terre, c'est un acte de piété chrétienne de contribuer à leur réhabilitation, en les honorant tous dans un seul.

Ne vous commettez jamais, ni en démarches, ni en prétentions illégales à son préjudice ; ainsi attaqué par vous, il se défendra; cette lutte passionnera la paroisse, divisera les esprits, et vous serez responsable devant les tribunaux de vos empiétements illégitimes, devant l'opinion, de la déconsidération que vous attirerez à votre sacerdoce, et devant Dieu du préjudice que vous aurez porté aux âmes.

Ne rompons en visière avec notre maire que dans les cas d'urgence absolue. Épuisons donc tous les moyens de conciliation avant d'entrer en lice. N'ouvrons le feu qu'après avoir essayé toutes les sommations; non celles de l'orgueil, de la violence ou de

l'intérêt, mais celles de la patience et de la charité- Rien de plus funeste à l'édification en général que ces conflits entre l'autorité spirituelle et l'autorité temporelle , où l'étole et l'écharpe municipale , engagées l'une contre l'autre, se déchirent par leurs mutuels froissements, et perdent un prestige mille fois plus utile que ce qu'elles prétendent gagner en pouvoir ou en préséance.

Sans doute, le curé doit rester maître dans son église et y maintenir l'autorité civile à son banc, si elle était tentée d'en sortir; mais, toute revendication des droits du sacerdoce est une noble et grande guerre, n'en faisons pas une petite. Combattons en défenseurs du temple, qui souffrent même des coups qu'ils sont obligés de donner, non en spadassins querelleurs et avantageux, qui se délectent au cliquetis des armes, et qui so vantent , même quand ils sont renversés. Honneur donc au pasteur qui souffre persécution , parce qu'il arrêta le maire franchissant les degrés du sanctuaire, fixant, de son chef, l'heure des offices, prétendant nommer ou destituer les sonneurs ou bedeaux, s'ingérant dans la police du culte, refusant systématiquement aux fabriques les secours que leur doit la commune en cas d'insuffisance de revenus f

Honneur, dis-je, à ces martyrs de l'attaque ou de la résistance, surtout quand ils ne compromettent point, par des torts dans la forme, la sainteté de leur cause et de leur personnalité ; mais quand l'opposition du

curé au maire n'est qu'une monomanie, une obsession d'animosité privée; quand le curé passe sa vie à aiguiser ses traits et à pointer ses épigrammes contre le maire; quand il fait de celui-ci l'objet de ses allusions en chaire, le héros de ses scènes comiques en conversation, suivant une expression vulgaire, la tête de Turc de ses coups les plus cruels en toute rencontre, alors quelle affliction pour la charité et pour les droits même du sacerdoce, défendus d'une manière si peu sacerdotale 1 Mes vénérés confrères, la loi 'canonique interdit aux clercs de porter des armes : les armes les moins honorables, dans nos mains, ne sont pas celles qui frappent par devant, ce sont celles qui transpercent par derrière; ce ne sont pas celles qui tirent des veines de nos adversaires quelques gouttes de sang, ce sont celles qui font au cœur ou à l'honneur des blessures empoisonnées.

N'allons donc pas abandonner notre Église à de profanes immixtions, mais ne la déshonorons pas davantage par de profanes représailles. Si nous avons à prendre l'offensive contre le maire, soit auprès du préfet, soit auprès de l'autorité judiciaire, soit auprès du ministre, faisons toujours passer nos doléances par les bureaux de l'évêchê, afin qu'elles soient rédigées avec contrôle, et envoyées avec plus d'autorité. N'oubliez pas que certaines qualifications ou injures adressées par vous à un maire, même dans une correspondance sans publicité, sont passibles d'une répression légale.

Étudiez, dans le Code Pénal (art. 201 et suivants), les délits qui peuvent être commis par des ecclésiastiques dans l'exercice de leurs fonctions, et quelles sont les condamnations qui les frappent; enfin, mesurez vos paroles et vos actes de manière à ne jamais donner prise, ni aux procès-verbaux accusateurs, ni aux poursuites, ni même aux récriminations de votre magistrat municipal, et vous serez bien autrement grand dans cette attitude que dans ces pugilats de chaire sacrée, où la politique communale tient plus de place que l'Évangile, et où vous pouvez courir les chances de la prison, pour soutenir des passions de coterie.

Vous vous étonnerez peut-être, mon cher confrère, que, dans l'ensemble de mes conseils administratifs, je vous exhorte à la modération plus qu'à la vaillance, au support plus qu'à la guerre, à l'humilité plus qu'aux revendications : c'est que l'humilité est une puissance qui désarme nos adversaires , parce qu'elle ne les humilie point, ce qui est la manière la plus efficace de les vaincre. C'est que, pénétré de cette vérité connue : « Moins on a de tête, plus on a d'entêtement », je suis trop jaloux de vos avantages réels pour vous souhaiter celui-là. C'est que l'on peut se montrer très-humble d'<esprit, et se réfugier dans une certaine fierté d'âme, qui consiste à dominer moralement ses adversaires, et à leur prouver qu'on pratique la perfection dont on est l&prêdicateur. C'est que, tout comme l'obéissance dig-ne se place au-dessus du commandement qui ne l'est pas,

l'humilité par amour et par élévation d'âme , est bien supérieure aux triomphes de l'orgueil satisfait.

Mais il y a un motif encore plus décisif de ma tendance à vous rappeler vos devoirs, plutôt que vos droits, le voici : la nature vous prêche assez votre droit, je dois être ici l'organe du devoir; toutes vos passions vous inclinant d'un côté, ma mission est de vous faire pencher vers l'autre. Est-ce à dire que je ne me sente pas à votre unisson , ô vénérés et chers amis! dont je pressai si souvent le cœur contre le mien, soit comme prédicateur de retraites pastorales, soit comme administrateur diocésain? Serait-il vrai que, dans ce débat, je vous abandonne pour déserter à certains brouillons de village , sans tête , sans bienveillance , sans Dieu , et cela parce qu'ils sont ornés d'une êcharpe par les mains d'un gouvernement impie? à Dieu ne plaise ; seulement ne pouvant vous arracher à votre croix, je ne veux pas que vous en perdiez le fruit... Ut non evacuetur crux Christi*.

Les œuvres, dans une paroisse, sont encore une charge qui s'impose au prêtre administrateur. Cette charge suppose deux aptitudes, celle qui organise les

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