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I. I Cor

bleau annuel des recettes de l'œuvre, et, en reparaissant par tête le total de vos générosités, cette capitation de vos dons ferait-elle honneur au zèle qui les provoque, à la vigilance qui les fait rentrer, et à la sagesse qui les distribue? Nous aimons quelquefois à faire pulluler nos revenus, et nous les couvons des yeux du cœur ; ayons plus d'ambition encore à propos des revenus apostoliques. Nous brûlons de convertir nos paroissiens; convertissons donc des infidèles, dont la prière les convertira mieux que nos sermons.

Les bibliothèques paroissiales sont une création trèsutile dans les endroits où il y a une certaine? culture d'esprit. Le plus grand fléau du jour, c'est la liberté de la presse. Il est impossible que le tempérament moral de la France résiste à ce lent empoisonnement qui lui est infusé. Napoléon Ier disait qu'il ne se chargeait pas de gouverner un peuple qui lirait Voltaire et Rousseau, et il n'y eut pas, sous son règne, une seule réédition de ces génies destructeurs. Depuis, dans les premières années delà Restauration seulement, il a paru, en divers exemplaires, 500,000 volumes de ces deux auteurs : ajoutez-y tout ce qui a été imprimé, durant notre demi-siècle, de blasphématoire et d'ordurier; les licences effrénées du journalisme dépassant celle des livres ; le bon marché de ces productions, leur corruption coulant à pleins bords avec le vin de l'ivresse dans

les cabarets, les campagnes et les foyers infectés par cette inondation immonde, et dites-moi s'il n'y a pas de quoi désespérer à jamais de la salubrité de notre atmosphère intellectuelle et de la moralité de notre esprit public.

Il existe des utopistes aux yeux fermés qui voient dans les avantages de cette liberté, le correctif de 'ses inconvénients. En principe , c'est là une négation du péché originel, car elle suppose le contraire delà vérité, à savoir que l'humanité a plus d'inclination pour le bien que pour le mal ; en fait, c'est là une aberration de statistique, car exposez, sur le boulevard, deux livres ou deux journaux écrits avec le même talent , l'un en faveur de la vérité chrétienne, l'autre contre : le premier n'aura pas dix acheteurs quand l'autre en aura cent. Il faut donc que la France limite un jour la liberté de ce mal, ou qu'elle en périsse.

Mais , en attendant, qu'avons-nous à faire pour le combattre ? Vous qui gouvernez une paroisse où l'instruction primaire a développé le goût de la lecture et certaines curiosités de l'esprit, fondez une bibliothèque de résistance. En opposition au café qui reçoit les mauvais journaux, et qui est devenu le cabinet de lecture des oisifs , louez un modeste salon , où l'on puisse lire, gratuitement, les bons journaux et les bons ouvrages. Mettez-vous en rapport avec l'Œuvre de Saint-Michel pour obtenir un dépôt de ses livres de propagande. Demandez la même faveur au directeur

de la bibliothèque diocésaine. Ayez particulièrement quelques nouveautés, le dimanche, pour intéresser et retenir les ouvriers intelligents. Que la composition de votre bibliothèque, toujours pure sous le rapport de l'orthodoxie dogmatique et morale, ne soit pas trop exclusivement mystique, pour ne pas effrayer les esprits qui ne le sont pas.

Occupez par ces lectures bien choisies les soirées des familles avides de s'instruire. Quand il y a un esprit difficile ou hostile dans une maison, tâchez d'y introduire, sous 'forme de prêt ou d'abonnement, un livre remarquable qui vous servira, peut-être, de précurseur. En un mot , agissez par cette prédication écrite partout où la vôtre ne peut atteindre; faites du bon livre un missionnaire paroissial toujours à résidence ; renouvelez-le souvent pour qu'il ne s'use pas , annoncez son arrivée et relevez ses mérites du haut de la chaire quand il sera ignoré ou négligé, et bientôt votre bibliothèque deviendra un puissant auxiliaire de votre apostolat; car, tandis qu'il ne prêche que rarement et brièvement, elle parlera toujours.

Sans doute, les anciens avaient un peu idéalisé l'action des livres quand ils les appelaient : Remèdes de l'âme; les sacrements méritent bien autrement ce nom; mais les livres ont encore la vertu antique, puisqu'ils peuvent disposer et conduire aux sacrements.

Le cercle renferme pour l'ouvrier, non-seulement son

cabinet de lecture, mais encore son café, ses salles de jeu, son gymnase, son athénée, son théâtre, son casino complet, le tout à prix réduits, sans dommages pour la famille et sans danger pour son âme. Certes, je n'oserais blâmer l'ouvrier qui préférerait aux joies du cercle catholique celles de son foyer ; mais en fait, et par un courant presque irrésistible du jour, l'ouvrier cherchant sa distraction en dehors du foyer, il est avantageux de lui offrir la distraction honnête pour le préserver de celle qui ne l'est pas. Sans doute, les avantages du cercle pourraient être mis en doute si, déplaçant la population masculine de nos églises sans l'améliorer, il tendait à devenir la paroisse des hommes, pour faire de la paroisse le cercle des femmes; mais une sage réglementation a prévenu ces conséquences, et ces conséquences ne sauraient se produire quand le directeur du cercle n'est autre que le curé ou son vicaire; c'est l'hypothèse dans laquelle je me place.

Prêtez-vous donc à cette organisation, si elle est possible et désirée dans votre paroisse, et ne reculez, ni devant vos répugnances, ni devant les difficultés. Ne reculez pas à cause du temps à sacrifier; le temps que vous passez avec les hommes vous met en demeure de les dominer par la supériorité intellectuelle et morale, et vous profite au lieu de vous appauvrir. Ne reculez pas à cause des violences à vous imposer ; ce ministère qui vous oblige d'être aimable, quand vous préféreriez

n'être qu'autoritaire ; à faire des frais de cœur en conversation, quand vous aimeriez mieux tonner du haut de la chaire; à vous mêler au peuple, quand votre goût vous porterait à vous séquestrer; enfin, à moraliser par des charmes de sociabilité, tandis que vous avez l'habitude de ne pratiquer la charité apostolique qu'à l'église : tout cela peut vous faire beaucoup de bien, et décupler le bien que vous faites aux autres. Enfin , ne reculez pas à cause de l'inutilité de tels efforts. L'expérience prouve que le sacerdoce a toujours, sur les hommes réunis à part, une influence qu'ils ne subissent pas au même degré dans les assemblées mixtes. D'ailleurs, fùt-il vrai que le cercle est inutile à la classe dirigée, il ne l'est point à la classe dirigeante. Combien de vos notables qui ne fréquentaient pas les sacrements avant d'être mis à la tête de ces associations, sont des chrétiens modèles, depuis qu'ils ont une responsabilité qui les engage, et donnent le bon exemple, parce qu'ils sont obligés de le recommander ! Combien qui étaient courbés sous le joug du respect humain, et qui ont relevé leur noble front depuis qu'ils ont été élevés à la dignité d'exemplaires publics ; prêchant comme des missionnaires, combattant comme des croisés, et allant au bien comme les Français vont au feu, c'est-à-dire la tête fière, la poitrine bien découverte, sans regarder autour d'eux s'ils sont regardés; si bien que, grâce à ces pionniers de l'apostolat laïque, on peut dire que,

par un singulier contraste, depuis cinquante ans, la démoralisation monte et le respect humain descend.

Une dame priant son curé de se mettre à la tète d'une œuvre charitable en ces termes : « Ayez pitié de vos pauvres, » et celui-ci répondant : « Mes pauvres ne manquent de rien. — Eh bien ! repartit la dame, ayez pitié de vos riches. » Pareillement, si vous avez les éléments d'un cercle dans la paroisse, pour vous engager à l'ouvrir, je ne vous dirai pas : « Ayez pitié de vos travailleurs », mais : « Ayez pitié de vos bourgeois! »

Voilà nos principales œuvres à organiser ou à gouverner. Bien d'autres pourraient vous être signalées, mais leur place est au chapitre du zèle plutôt qu'à celui de l'administration ; n'en repoussons aucune à 'priori, et jetons-nous, sans esprit de routine, dans le mouvement catholique, cherchant à le diriger, non à le refouler par des efforts systématiques en arrière. L'Église est cette reine entourée de variété, Circumdata varietate^, dont parle l'Écriture : toujours la même en soi, multiforme dans les inspirations de sa charité et de son prosélytisme; aussi, le prêtre qui affecte avec obstination les vieux errements en matière de zèle, peut être coupable, et parce qu'il n'est pas de son temps, et parce qu'il méconnaît la fécondité immortelle de sa Mère. N'oublions pas, surtout, que l'association est la

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