Matt. 25, ih
DEUXIÈME DISCOURS
Le Prêtre au tombeau.
Consepulti estis cum Christo *.
En descendant de la croix, Jésus est mis dans un sépulcre. La scène nous est racontée par la tradition chrétienne. Joseph d'Arimathie porte le corps divin avec Nicodème et quelques obscurs disciples. Ensuite viennent les saintes femmes. Plus loin, s'avance la mère défaillante du Sauveur, soutenue par le bras filial de saint Jean. On quitte la place où la croix fut plantée et où était la tombe du premier Adam , pour aller ensevelir le Second dans un jardin voisin; et au moment où la première Eve reçoit la visite de Jésus dans les limbes, la seconde traîne dans ce lieu, qui est le cimetière des malfaiteurs , une désolation telle que
1, Kom. 6, 2.
II MANRÈZB. îl
la vaste science des anges, elle-même, ne saurait la comprendre.
Également, le prêtre sera un jour détaché de sa croix; — Dieu seul peut savoir dans quel état, car il ne suffit pas d'avoir stationné sur le calvaire pour être sauvé, le mauvais larron est la preuve que nous pouvons abuser de tout, même de la croix qui a racheté le monde ! — Des bras de votre croix, vous passerez entre les bras de la mort; et, alors, assistez aux apprêts et à la cérémonie de vos funérailles. Contemplezvous, par la pensée, livide et décomposé, sur la couche de votre chapelle ardente. Voyez défiler devant cette dépouille vos paroissiens, les uns émus de vos bienfaits et de votre souvenir, les autres insensibles, plus occupés de votre successeur que de vous-même. Écoutez les mouvements réguliers de cette pendule, mesurant les dernières minutes qui vous restent à passer au presbytère. Entendez le son plaintif de ces cloches qui vous pleurent. Voilà vos confrères voisins et vos chantres qui viennent vous enlever. On vous porte devant cet autel et ce tabernacle, auxquels vous avez tant de comptes à rendre. Pour la dernière fois, vous êtes paré de ces vêtements sacerdotaux, qui vont vous être ôtés, tandis que vos mains, votre front, votre âme resteront marqués d'un caractère qu'on ne vous ôtera jamais. On vous accompagne en grande pompe au cimetière ; à voir les larmes, le deuil, la foule de votre cortège, on dirait un dernier jour ajouté à votre vie...
Mais j'entends des coups de marteau retentir sur les planches d'une bîère, un cadavre a disparu dans le sol, « on jette de la terre sur votre tête, et en voilà, à jamais1.»
Non, ce n'est point à jamais, car, tandis que l'ombre finit, voici la, réalité qui commence. Le prêtre est comme le soleil, achevant sa carrière sur un horizon, pour la reprendre sur un autre ; et, citoyen de deux mondes, il doit passer en exilé dans le premier, afin de mériter plus sûrement la gloire du second. Voilà pourquoi Jésus dit à ceux d'entre nous qui ont des ambitions : Quid prodest homini si mundum universum lucretur, animée vero suce detrimentum patiatar* f et il répond à ceux qui le consultent sur les conditions de la perfection : Vende omnia quee habes et da pauperibus*. Voilà pourquoi nos pères ajoutaient : Sic transeamus per bona temporalia, ut non amittamus œterna^, regardaient ce monde comme un chemin non comme une patrie, appelaient la vie un pèlerinage, leurs maisons des hôtelleries, la mort une émigration, et, arrivés au terme de leur course, faisaient inscrire sur la poussière de leur tombe : C'est ici que l'on se repose. Peregrini et hospites super terram5.
Eh bien! au moment où le prêtre franchit le pas qui