‹ Manreze du pretreChapitre 180 sur 297 · I Par · texte numérisé non relu

I Par

sépare ces deux séjours, une question formidable 6e présente : Que laisse-t-il dans l'un ? que va-t-il trouver dans l'autre ? La mort est un passage pour notre âme, du temps à l'éternité; elle renferme l'idée d'un départ et celle d'une arrivée : départ de la vie, où tout est éphémère ; arrivée aux siècles éternels, où tout demeurera. Cela posé, vous voilà enseveli et gisant sous le. cimetière de votre paroisse, que vous reste-t-il de ce monde où vous n'êtes plus? Quel sera votre partage dans l'autre, auquel vous appartenez ? La réponse à ces deux questions renferme la moralité d'un sujet bien plus utile qu'affligeant, et qui marque cette dernière étape de l'oint du Seigneur parmi les hommes : le prêtre au tombeau.

Que vous restera-t-il de ce monde où vous ne serez plus ? une spoliation complète de toute propriété autre que celle de vos œuvres. Deux péchés primitifs ont été la cause et le type des sentiments désordonnés qui affligent l'univers : l'un eut pour principe un vertige d'orgueil, ce fut le péché de l'ange : Ascendam et similis ero altissimo 1 ; l'autre eut pour principe une faiblesse d'affection, ce fut le péché de l'homme : Fœ-

J. Is. 14, 14.

mina, quam dedistVmihi sociam, dédit et comediK Depuis ce temps , les excès de l'orgueil et ceux de l'affection sont devenus les principales sources de nos convoitises désordonnées; aussi, je crois vous proposer le motif \q plus souverain de détachement, en vous montrant vous-même à vous-même, dans votre tombeau, en preuve du néant des illusions de l'ange et des illusions de l'homme, c'est-à-dire de la vanité des biens de l'amour-propre et des biens du cœur.

D'abord, vanité des biens de l'amour-propre. L'amourpropre , dit saint Thomas , est un désir immodéré de s'accroître en excellence et en supériorité. L'homme peut s'accroître dans le sens de l'étendue, et, en ce cas, sa supériorité est la fortune ; que sera devenue alors la vôtre ? Pardonnez-moi ce grand mot pour exprimer le peu que vous avez possédé et durant si peu de jours. Pardonnez-moi aussi ce retour à des idées déjà rebattues ; mais ce sont les courants du temps qui m'inspirent ; aujourd'hui , la soif de l'or est devenue une fièvre populaire , l'Éden des espérances privées et publiques est une terre arrosée par le Pactole; tandis que nos aïeux partaient pour la croisade, les contemporains partent pour la Californie, et le prêtre les y accompagne du cœur trop souvent.

Cependant , entendez cette sévère parole de saint

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