‹ Manreze du pretreChapitre 229 sur 297 · Matt. 2-i · texte numérisé non relu

Matt. 2-i

dotale. Les saints eux-mêmes ont subi ces déchéances intermittentes, quoique moins souvent et plus victorieusement que nous. Peut-être est-il regrettable que cette partie de leur histoire n'ait pu être écrite, car, sans paraître moins grands, ils seraient quelquefois plus encourageants, et leurs vertus restant tout aussi admirables, nous sembleraient plus imitables. En prévision de ces prostrations de la volonté humaine échelonnées sur le chemin qui mène à Dieu, Notre-Seigneur lui-même a voulu tomber trois fois dans sa voie douloureuse, pour nous apprendre que la sainteté est une montagne qn'on ne gravit point sans trébucher, et qu'on y arrive malgré les chutes, pourvu que l'on s'en relève.

Cependant, la vertu solide, celle des prêtres d'élite, celle que nous devons emporter de ces exercices, est une ferme consistance dans le bien ; elle pourrait être définie : le surnaturel entré dans l'âme jusqu'à un certain degré de naturalisation, et elle comporte en nous l'oscillation du mieux au bien, mais non celle du bien au mal. Or, quelle méthode employer pour arriver à cette stabilité, à ce beau fixe de l'état moral? On serait fondé à dire, si ce n'était pas un cercle vicieux, qu'il faut avoir persévéré quelque temps pour persévérer toujours, car, suivant une observation profonde, «le courage que l'on a eu, fait une bonne partie de celui que l'on a » ; mais, je sors de cette région spéculative pour me jeter au plus vif des réalités et des

difficultés pratiques, et je viens vous proposer, comme moyen de persévérance, ces quatre sources de sanctification indiquées par saint Bernard : Considerate, vigilate, orate, sacriftcate, c'est-à-dire la considération, la vigilanco, certaines dévotions, le sacrifice.

Considerate. Je ne prends pas le mot de considération au sens élastique où l'entend saint Bernard, qui a rangé sous ce titre toute une synthèse morale à l'adresse du pape Eugène ; je le prends dans ce sens plus restreint, l'habitude de la vie au dedans, la présence ordinaire de l'âme en elle-même, qui s'appelle le recueillement. Nous devons former en nous l'homme spirituel à la manière de Dieu, non d'un sculpteur. Celui-ci taille un bloc par le dehors ; ii fait respirer le marbre et parler un visage à la surface ; mais il a beau jeter l'image de la vie sur les contours de la matière, ce n'est là qu'un homme extérieur, et si on brise cette masse, on n'y trouve rien de la structure organique dans laquelle Gallien voyait un hymne au Créateur,

Au contraire, Dieu, au dire des naturalistes, quand il forme l'homme commence par le cœur et par le cerveau; il compose tout un chef-d'œuvre intérieur, avant de dresser autour l'enveloppe des os et des

muscles; puis vient enfin ce front et tout ce revêtement admirables auxquels le Créateur a imprimé quelque chose des splendeurs de sa face : Signatum est super nos lumen vultus tui\ Eh bien! nous devons procéder, dans notre développement spirituel, à la façon de Dieu; en telle sorte que l'on puisse dire de nous : Omnis gloria ejus ab intus^.

Le recueillement est une attention soutenue à Dieu et à nous-mêmes. Quoi de plus beau que l'attention à Dieu ? Cette pensée consacre notre intelligence quand elle l'habite. Porter Dieu dans notre âme par la grade, le porter dans nos mains par l'Eucharistie, le porter dans notre esprit par le recueillement, c'est être, en quelque sorte, christophore dans toutes les puissances de notre être. Cette attention à Dieu n'est pas seulement notre grandeur, elle est notre préservation ; car quelle est la principale cause de nos péchés ? la voici : Non est Deus in conspectu ejus, inquinatœ sunt vice illius 3. Au contraire, quel est le moyen ordinaire de nos restaurations intérieures? c'est le retour à notre propre cœur, c'est la rentrée en nous-mêmes : In se reversus 4. Redite prœvaricatores ad cor 5.

Ceux qui persévèrent sont donc ceux qui ne troublent pas^une si noble cohabitation de Dieu avec eux-

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