Joan
rapports sont faciles à déterminer, parce qu'ils viennent se résoudre dans un acte de charité, Nos rapports avec le monde sont moins susceptibles d'être réglementés, car ils se réduisent à un acte de discernement. Or, « après le discernement, a dit finement Labruyère, ce qu'il y a de plus rare ce sont les perles et les diamants. »
Il y a un moyen de concilier les contradictions apparentes d'un tel devoir, c'est de pratiquer les vertus qui peuvent servir en nous : 1° d'appât; 2° de correctif au monde, c'est-à-dire nous rendre séduisants pour lui et nous préserver de ses séductions. Les premières, qui déterminent notre mouvement vers la vie de société, et. les sympathies qu'elle requiert, sont les vertus sociales; les secondes, qui règlent ce mouvement et ces sympathies, sont les vertus morales. Elles seront l'objet de deux conférences.
Quand il s'agit des vertus qui ont Dieu pour objet immédiat, le monde ne les comprend guère, et, parce qu'il n'en attend ni plaisir ni honneur pour lui-même, il en fait souvent l'objet de ses épigrammes. Au contraire, quand il s'agit des vertus sociales qui nous immolent à ses exigences, il les acclame par égoïsine, plutôt que par sentiment moral. Eh bien î de mémo que les pilotes utilisent les vents contraires, servonsnous des préjugés du monde, pour le rendre meilleur, et prenons-le par ses faiblesses, pour lui faire accepter l'Évangile qu'il repousse par ses principes. C'est ce
que Voltaire appelait, en son langage primesautier : « Pendre les gens avec les cordes qu'ils ont filées. » En langage apostolique, c'est pratiquer dans le coeur humain l'opération incessante de Dieu dans l'histoire humaine : tirer le bien du mal.
De même qu'il faut se préserver des vertus naturelles, rien ne glorifie le ministère du prêtre devant Dieu, et surtout devant les hommes, comme les vertus sociales. Toutes les vertus sont sociales en ce sens que, directement ou indirectement, par un effet naturel ou surnaturel, elles procurent le bien de la société. Mais, il en est qui méritent plus spécialement ce nom, en ce sens qu'elles ont immédiatement pour objet ce qui fait le charme des relations sociales. Ces vertus sont multiples; je les énumère sans les classer : à leur tête je pifoce le bon caractère !
Désireux de corriger, non-seulement nos vices, mais encore nos défauts, Notre-Seigneur Jésus-Christ fut â la fois le plus saint et le plus aimable des enfants des hommes. Tandis qu'il ravissait les yeux de son Père par des perfections infinies, il était indulgent pour les pécheurs, patient envers ses disciples, affable aux
petits enfants, bon, clément à tous, et l'être le plus sociable qui jamais ait apparu sur la terre : Non habet amaritudinem conversatio ejus*. Il y a des prêtres, cependant, qui se croient quittes, à l'égard du Divin modèle, en se gardant des souillures de la conscience, non de la difformité des habitudes. Le bon caractère est regardé par eux comme un avantage secondaire, dont la culture donne moins de mérite que d'éclat, et le mauvais comme une tendance fatale qu'il est inutile de combattre parce qu'il est impossible de la vaincre. Ainsi, tandis que les mondains se façonnent pour le plaisir de leurs frères, nous gémissons sur nos péchés, sans accorder un coup d'œil à nos travaux ; et tandis que le divin Maître avait des relations sans amertume, nous sommes des hommes incultes, acerbes, partout reconnaissables à l'ennui que nous laissons après nous : Nec tœdium convictus illius.
Le bon caractère importe donc à notre perfection, mais il importe aussi à notre repos et à celui de notre troupeau. Combien de prêtres dont l'avenir est gâté et la vie empoisonnée par un seul trait de caractère ! L'ordre extérieur d'une paroisse dépend de l'accord entre trois influences : le curé, le maire, l'instituteur. Imaginez que, du presbytère, soit lancé un coup peu mesuré contre l'école, ou contre la maison commune; que ce fougueux curé ajoute quelque boutade