Sap. S
trop vive à l'adresse de ses chantres ou de ses marguilliers, c'en est fait ; la révolution est dans la bergerie. Par représailles contre le pasteur, l'église est moins fréquentée, le blasphème se popularise, les confessions et les communions sont plus rares. Ce prêtre, à la parole intempestive ou intempérante, se rassurait, au commencement, en pensant qu'il n'avait pas commis de faute grave ; il en a occasionné des milliers, parce qu'il a perdu des âmes en s'aliénant des cœurs. • Ainsi, vous le voyez, en vous parlant du caractère, je ne suis pas un moraliste qui fait des études académiques, ni un artiste qui dessine des portraits; je reste essentiellement apôtre. Sans doute, un bon caractère n'est pas encore de la sainteté, mais il rend si aimable celle que l'on a, et si facile celle que l'on n'a pas ; il touche de si près à la charité et à l'humilité, et il leur donne des nuances si heureuses, qu'en traitant de ce sujet je ne vous enseigne pas du savoir-vivre, ce qui serait puéril de ma part, mais les éléments de plusieurs vertus à la fois, ce qui est éminemment sacerdotal.
Et que faut-il bien souvent, j'y reviens, pour paralyser le ministère le plus recommandable? Une vivacité compromettante. J'ai connu un prêtre qui a perdu des influences acquises par trente ans de bons exemples, pour avoir décoiffé dans l'église une villageoise vêtue contrairement au programme de son curé, lequel n'aurait jamais dû s'occuper de cette question. Ce qu'il y a de plus redoutable, en France, après le péché, c'est le
ridicule. Un mauvais caractère peut aisément attacher cette étiquette â notre personne et à notre ministère.
Si peu que l'on soit initié aux affaires ecclésiastiques, on le sait, ce qui nuit le plus aux influences légitimes du clergé, ce sont les défauts plutôt que les vices de ses membres. Dans chaque diocèse, la moitié des sollicitudes administratives proviennent d'un certain nombre de curés esprits faux, qui ne furent pas assez connus au séminaire, et qui, une fois investis de la charge pastorale, brouillent toutes les affaires qu'ils touchent, passent leur vie à batailler, et meurent sans avoir su accorder la paix, ni à leur paroisse, ni â leurs supérieurs, ni à eux-mêmes. En les entendant, on dirait que les destinées de l'Église sont intéressées dans leurs querelles, et que le monde catholique ne se remettra point de la secousse si on les déplace. Mais, en réalité, c'est leur éloignement qui est souvent le remède. Malheureusement, avec eux, on change le désordre de place, on ne le supprime pas, car les plaies de la conscience sont moins incurables en nous que les défectuosités du caractère.
Et la morale que je vous prêche, sur ce point, n'est pas de pur conseil; elle passe avant bien des petites observances dont vous vous faites une obligation. Or, toutes les fois que vous placez, en pareille matière, le principal après l'accessoire, vous lisez dans l'Évangile comme ces paysans illettrés qui portent, par vanité, un paroissien à l'église, et qui le tiennent la page ren-
versée. Demandons souvent â Dieu, pendant cette retraite, de le connaître et de nous connaître; par le fait nous comprendrons que le bon caractère est moins l'ornement que le bon exemple, et l'aimant nécessaire de la charité pastorale.
Autre vertu sociale qui est la base et qui constitue le fonds d'un bon caractère : la douceur. Vous connaissez la séduction de cette sympathique vertu. Elle suspend un charme idéal au regard qu'elle inspire, elle donne de l'amabilité aux traits et à la voix, elle projette quelque chose de Notre-Seigneur sur un front consacré, et elle se fait suivre, avec un pieux amour, à l'odeur de son parfum. Maintenant, que cette mansuétude divine s'unisse à une âme vraiment sacerdotale, alors on voit un de ces hommes miraculeux dont parle saint Bernard, qui sont pères par la fermeté, mères par l'aménité, comme cet onctueux Ambroise de Milan, de qui saint Augustin disait : JEum amare cœpi, non tanquam doctorem veri, sed tanquam hominem benignum in me\
Ah! nous savons bien l'admirable prestige de la bonté ; aussi, notre modestie, portée à se refuser toutes les qualités, a coutume de s'adjuger celle-ci. Qui de nous n'aime pas à se rendre ce témoignage de Salomon : Sortltus sum animant bonam 2 : Quoi 1 vous