Luc
désordre, car je ne peux pas entendre dire qu'un chrétien parfait ne soit pas loyal, et qu'un bon prêtre ne soit pas toujours un honnête homme. Or, bien souvent, les mondains, ont, en ceci, des délicatesses supérieures aux nôtres, et je suis humilié de penser que leur honneur est plus scrupuleux que notre évangile.
Ah! vous pouvez être un digne pasteur, malgré certaines intrigues, mais vous ne l'êtes point par cela ; et si vos manèges ne sont pas théologiquement classés et flétris, je soutiens qu'ils sont essentiellement contraires à la théologie. Soyons donc assurés que vingt serpents ne valent pas une colombe, et que tout comme la politique de Richelieu était jadis déroutée par l'allure simple et droite de Vincent de Paul, ce qu'il y a de plus habile dans les rapports avec un monde où tous les hommes se trompent, c'est de ne pas tromper.
Le bon caractère commencera donc vos influences, le beau caractère les complétera. Sans doute, je ne prêche pas ici une franchise absurde qui dit tout ce qu'elle pense, mais cette franchise des chrétiens qui ne dit que ce qu'elle pense. Sans doute, je ne veux pas dire qu'en administration, comme en géométrie, la ligne droite soit toujours le plus court chemin ; mais ne prenons la ligne courbe que lorsque la première n'aboutit pas, absolument comme le voyageur qui gravit une montagne par les tournants, parce que l'ascension verticale n'est pas possible.
La sincérité est le caractère par excellence des grandes âmes. Tout homme qui a le coeur assez pur pour le porter sur sa main, inspire un respect mêlé de confiance. Au contraire, l'homme sans transparence n'est pas aimé, car notre sympathie, comme notre œil, abhorre les ténèbres; et il n'y a pas jusqu'à la politique qui n'ait accueilli avec indignation cet axiome d'un contemporain : « La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée. »
D'ailleurs, si le mensonge est un abaissement où d'autres se déshonorent, on peut dire que le Français s'y dénaturalise, car il y perd son nom, et, le jour où nous ne serions plus les fils des Francs, le monde ne saurait plus comment nous nommer. Avis aux prêtres de ce pays qui ne sont pas assez les fils de leurs pères, dans les discours et dans les procédés, et qui, en affaires , trop préoccupés d'atteindre le but , ne se préoccupent pas assez de la loyauté des moyens.
Nous en avons connu un dont les faux propos étaient célèbres dans sa paroisse; et comme il disait, un jour, devant un impie : « Vous pouvez m'en croire , ma parole vaut un sacrement. — Laissez, monsieur le curé, répondit celui-ci, vous me feriez penser que les sacrements ne sont que des paroles. » — Quant à nous, mes vénérés confrères, ne soyons pas de ceux qui parlent en un cœur et en un cœur, comme dit saint François de Sales, et dussions-nous en retirer tout l'or de France et de Savoie, ne portons jamais un faux
paquet dans notre sein. Susurra et bilinguis maledictus*. Ah! comme je voudrais crier jusqu'au dernier presbytère de France : Rectas facile semitas Dei nostri2. Oui, rectas facite semitas. Il y va de l'honneur de l'Église. Autrefois, la société romaine ne déférait point le serment à ses prêtres, leur parole étant regardée comme sacrée. Il serait honteux que des prêtres catholiques portassent moins de respect à la leur, et que des ministres de la vérité fussent des hommes faux.
Voici une autre vertu sociale que le monde apprécie souvent plus que les vertus surnaturelles en nous : la politesse. C'est que la politesse elle-même peut être très-surnaturelle dans son principe, si elle s'inspire d'une délicatesse de charité, et très-surnaturelle dans ses conséquences, en ce sens qu'un pasteur bien élevé est toujours bien considéré, et que les cœurs conquis par sa bonne éducation sont plus facilement acquis à la religion.
La politesse du prêtre a d'autant plus de prix qu'elle a la réputation d'être rare. Quelques-uns d'entre nous affectent de s'en affranchir, comme d'un formalisme mondain, et semblent faire de leur rusticité le privilège ou le cachet de leur sainteté. Déplorable aberration I la politesse étant l'art de faire plaisir à notre