‹ Manreze du pretreChapitre 33 sur 297 · Marc · texte numérisé non relu

Marc

Voilà la substance de ce devoir trop peu compris : l'affabilité pastorale. Laissez venir d'abord les petits, et soyez pour eux une image de cette paternité céleste dont la grandeur attire toutes les faiblesses, et ne repousse que les souillures sans repentir. Laissez venir les pauvres, et qu'ils sentent à votre bon sourire, comme à l'accueil de votre seuil hospitalier, qu'ils ont des intelligences secrètes clans votre maison et dans votre coeur.

. Laissez venir les affligés, recevant chacun d'eux, comme si vous n'aviez que lai seul à consoler, et cela après trente, quarante ans de ministère, comme si votre pitié se donnait pour la première fois. Laissez venir les gens du peuple plus aisément encore que les grands, et leur montrez toujours, avec la réseTve qui impose, le sourire qui attire ; avec la dignité qui tient la familiarité à distance, ce cœur ouvert qui excite les bonnes sympathies. Enfin, laissez venir tous ceux qui vous poursuivent de leurs confidences ou de leurs larmes, vous préservant de la parole brève et dure, des airs fatigués ou dédaigneux à leur égard, et sans viser à la popularité par amour-propre, par amour de vos importuns, soyez affable envers eux jusqu'à craindre d'en être craint.

Ici, encore, j'entends, à l'appui de cette vérité, la noble et gracieuse parole de Massillon, qui vous dit : « Que vos paroissiens .«-perçoivent constamment en « vous cette joie d'un père toujours aise, de voir ses

« enfants ; qu'il leur paraisse à tous que leur présence « fait votre plus douce consolation ; ne rebutez point les « pécheurs eux-mêmes par votre air de chagrin et de « mélancolie. Rendez- vous aimable, si vous voulez vous « rendre utile, et commencez par gagner les cœurs « pour attirer les âmes à Jésus-Christ. Alors, s'il se « trouve quelque pécheur scandaleux qui vous haïsse, « parce que vous avez dû opposer un front sévère à « ses désordres, il vous respectera en secret, et sa « haine contre le ministre honorera le ministère 1 . »

Il n'est point besoin, en effet, de se montrer sans caractère pour paraître l'avoir bon, ni d'être neutre pour être agréable. Nous devons affirmer courageusement les principes, tout en ménageant ceux qui ne les respectent pas. Qu'on n'attende donc rien de nos transactions de jugement, encore moins de nos capitulations de conscience, mais qu'on soit autorisé à beaucoup présumer de notre cœur. Sénèque a édité une vérité presque chrétienne quand il a écrit : Vitia mentium sicut et corporum molliier tractanda sunt, et, si la mémoire de saint François de Sales et de Fénelon est si aimée dans le monde, ce n'est point à leurs œuvres qu'ils le doivent, mais à une affabilité qui popularisa leurs œuvres par la séduction de ses amabilités.

Ne manquons point de mettre encore au nombre de

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