‹ Manreze du pretreChapitre 35 sur 297 · S. Anselme · texte numérisé non relu

S. Anselme

considérés qui entretiennent la discorde, tandis qu'il prêche la charité; et celui-là, aussi, qui parle en prêtre léger, se permettant les mots graveleux et les anecdotes inconvenantes, peut-être les chansons bachiques ou galantes, et bravant la flétrissure imprimée à ce genre, indécemment badin, par saint Bernard : In ore laïcorum, nugœ sunt, in ore sacerdotis blasphemiœ]; enfin, celui-là, aussi, qui parle en prêtre bouffon, décochant de grossières épigrammes en guise de traits malins, prenant les gros rires pour du sel, donnant la comédie au lieu du bon exemple, faisant la caricature de tout le monde au risque de n'inspirer ni confiance ni estime à personne, et bravant cette apostrophe d'un Père lancée à de tels amuseurs : Fœde ad cachinnos moveris, fœdius moves2.

Ah! mes vénérés confrères, évitons, surtout, cette forme de l'indiscrétion en paroles, le persiflage. Quel paroissien vous pardonnera jamais de lui avoir donné des ridicules. Combien de fois n'êtes-vous pas devenu impossible, comme sauveur, dans certaines familles, en les humiliant par une raillerie blessante ? Substituons donc, dans nos entretiens, le baume de la charité au fiel de la causticité ; car si tout homme satirique, préférant avoir de l'esprit que des amis, fait preuve de mauvais goût, le pasteur, moins fier des indus-

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