Judic. 4, G
Xavier partant pour faire la conquête de l'Indoustan ? Ce cri d'amour mille fois répété du matin au soir : Monstra te esse matrem. Quel talisman divin soutint l'héroïsme du P. Claver dans son rude apostolat des nègres ? Un livre où étaient grossièrement représentés les mystères de la Mère de Dieu. Savez-vous comment s'y prit saint Philippe de Néri pour convertir un pécheur obstiné ? Il lui fit réciter le Salve Regina sept fois par jour. Et saint Liguori, comment purifiait-il la lèpre des habitudinaires ? En leur imposant pour pénitence trois Ave Maria matin et soir. 0 Pasteur ! qui pleurez en vain sur les brebis perdues, tristes apôtres du hameau à qui la parole sainte revient méprisée ou empoisonnée par l'irréligion des multitudes, voulezvous donner la fécondité à vos prédications ? ne vous irritez pas, ne vous désespérez pas, mais faites en chaire de pieuses mentions de Marie ; ce ne sont pas les fleurs du style, dit un Père, c'est ce nom béni qui est la véritable amorce de l'hameçon apostolique : Esca spiritualis hamiK
Je demande, au nom de Notre-Seigneur et des âmes, que vous vous en souveniez. J'ai vu, sous un portique sévère de la Trappe, une statue de Marie protectrice, saluée avec amour par les habitants du Désert : quand on arrive, par un sentier couvert, à ce piédestal, on est saisi d'un transport spontané en
1, 6. Petr. Dam.
lisant sur la pierre cette inscription touchante : Ils m'ont choisi pour leur patronne, et vous, que ferezvous ? Eh bien ! mes vénérés confrères, vos villages se consacrent en pleurant à la Vierge Immaculée, et vous, que ferez-vous ? Il y a tant d'âmes pieuses autour de nous qui l'invoquent, qui la méditent, qui la font connaître, et votas, que ferez-vous ? Dieu, qui s'est réservé le soin de la glorifier dans le ciel, nous a confié celui de la glorifier sur la terre ; il y eut de saints prêtres qui tremblèrent au lit de la mort de n'avoir pas assez bien rempli ce doux mandat, et vous, que ferezvous?
Je le crois bien, mes vénérés confrères, je le crois bien que la paroisse est désolée et que le règne du mal vous oppose d'inexpugnables résistances. Pratiquezvous quelques actes de mortification la veille des grandes fêtes de la Très-Sainte Vierge? Votre troupeau est- il convié au confessionnal les jours qui précèdent? Célèbre- t-on le Mois de Marie dans votre église ? Où en sont les confréries du Rosaire, du Scapulaire et autres institutions en l'honneur de la Mère de Dieu? C'est avec son concours que Dieu a sauvé le monde ; ce n'est qu'avec son concours que vous sauverez vos peuples, et, ici, je ne vous dirai pas : Interrogez vos aïeux, mais interrogez les temps présents.
A qui devons-nous les améliorations religieuses de ce siècle, si ce n'est à Marie ? Après la première Révolution, il fut une heure désolée où le froid sembla ga-
gner le cœur du catholicisme en France. Les communions pascales étaient rares, l'herbe croissait sur le seuil des temples, la terre de saint Louis s'était endormie dans l'indifférence, et une voix puissante l'avait fait tressaillir dans son suaire sans la réveiller. Cependant, il n'y avait pas de prophète pour prendre cette malheureuse patrie par la main, comme Jésus prit la fille de Jaïr, et pour la relever. Les grands thaumaturges de la parole avaient disparu, les anciens ordres religieux s'étaient couchés dans une tombe sanglante, et les prêtres échappés aux catastrophes, quoique purs comme l'or passé au creuset, étaient trop rares pour être puissants.
Encore si, après un demi-siècle de blasphèmes, les catholiques de France qui avaient oublié Dieu, eussent connu tous les attraits de Marie, elle aurait pu les ramener à la foi par l'amour 1 Mais la céleste médiatrice avait été obscurcie par le jansénisme, et les disciples de la vérité eux-mêmes ne lui offraient que des hommages réservés, par la crainte des pharisaïsmes de l'erreur. Cependant, un jour, les merveilles de la médaille miraculeuse rendent à Marie une popularité bienfaisante, les confédérations en son honneur se multiplient, le mois le plus fleuri de l'année lui est consacré, l'archiconfrérie du Cœur immaculé se répand, comme un rapide apostolat, dans le monde entier, et l'on voit, à son autel de Notre-D. m :-des-Victoires, un pèlerinage de quarante mille infirmités par
semaine; en un mot, un souffle de dévotion italienne passe les Alpes, la Mère de miséricorde répand un peu de son indulgent amour dans les applications de la théologie morale, et le cœur de la France, plus travaillé par cette bénigne influence que par les désastres des guerres et des révolutions, se rendit entre les mains d'une simple femme : Tradidit eum in manus feminœ 1.
Que d'autres donc célèbrent Marie comme libératrice du Purgatoire : Forceps purgatorii^; d'autres comme abîme des miracles : Abyssus miraculorum, summum miraculum3; d'autres, comme l'affaire des siècles éternels : Negotium omnium sœculorum* ; nous, prions-la surtout comme mère des misérables, puisqu'elle est, par là, la coopératrice de notre ministère : Mater miserorum 5.
D'autre part, à qui devons-nous les améliorations religieuses dans la seconde moitié de ce siècle, si ce n'est encore et toujours à Marie? Pendant les orages qui nous poussent dans la direction des abîmes, elles suscite des courants propices qui semblent parfois nous ramener vers le port. C'est surtout des pèlerinages en son honneur que nous vient le peu de courage qui nous reste, et les pompes de son culte, dans les deux hémis-