‹ Mantinée et l'Arcadie orientaleChapitre 19 sur 73 · LE TERRITOIRE DE L’ÉTAT MANTINEEN · texte numérisé non relu

LE TERRITOIRE DE L’ÉTAT MANTINEEN

du côté de Tégée. Sur l’arête rocheuse qui coupe le vallon de Louka, une forte tour gardait les débouchés montagneux, où aboutissaient, dans ce coin perdu de la Mantinique, les sentiers détournés de Néochori et de Palaio Moukhli à Louka par le plateau de Varsai. Le château-fort de Nestané surveillait le Prinos ; celui de Maira, le défilé de Kakouri. De même, bien que les restes n’en soient plus partout visibles, sur les chemins du Klimax, de l’Anchisia, du Ménale par Lévidi, Pétrosaca et Apano-Khrépa, devaient se dresser autant de ces izokiyyM ou de ces pyrgoi dont le sol de Grèce est hérissé. En ce pays, la défiance est de règle : en multipliant dans le Péloponnèse les tours et les fortins, les princes francs et les Vénitiens n’ont fait que suivre les leçons de prudence léguées par l'antiquité.

Les noms des cinq dèmes entre lesquelles le territoire était primitivement réparti sont incertains. Mais leurs emplacements sont déterminés par les subdivisions naturelles du grand bassin en cinq compartiments bien distincts et par la répartition des sanctuaires démotiques.

Au centre de la cuve, la longue plaine, qui va s’évasant depuis la frontière tégéate jusqu’à l’Anchisia, est coupée par la pointe de l’Alésion en deux régions ; le fossé dirigé du temple de Poséidon Hippios aux collines de l’Ouest en marquait la limite. Ce double domaine appartenait aux deux dèmes pédiéens les plus riches ; mais celui du N., le plus vaste et le mieux défendu contre les eaux et contre les voisins, était alloti entre plusieurs bourgades ou xwuoc- : 1° le chef-lieu Mantinée [culte de Poséidon Hippios], — puis Mélangeia (Pikerni), [Dionysos et Aphrodite] — et Maira (Kakouri) [culte d’Aphrodite et d’Anchise] ; 2° le ou les villages du dème méridional devaient être, vu l’instabilité hydrographique de ce district, adossés au versant du Ménale, de façon à dominer la plaine — [culte de Zeus Charmon et d’Héraklès ?]

3° Au N.-E. du côté de l’Argolide, l’Argon Pédion avec les dépendances cultivables, qui en sont comme le vestibule, avec les flancs de l’Alésion et de l’Artémision, formaient le lot d’un dème dont Nestané (Tsipiana) était le bourg principal [culte de Déméter.]

4° Un troisième canton possédait le vallon de Louka et les landes du plateau de Varsai.

5° Le cinquième, sans contredit le moins favorisé, était installé à l’extrémité du domaine commun, dans ces terres ingrates

Les dèmes.

qu’Homère appelle l’è^a-rtv]. Comme les Diacriens de l’Attique, il occupait un district tout montagneux, qui comprenait les collines détachées du Ménale, les cluses qui les séparent, les massifs ménaliens et ses défilés jusqu’à la frontière de Méthydrion. Ce peuple de bergers se trouvait ainsi rejeté hors des limites de la Mantinique propre, celle-ci finissant à la ligne des katavothres au pied des hauteurs de Simiadès et de Kapsia. Le pays situé à l’O. au delà de cette ligne se rattache plutôt à la région ménalienne. Ceci explique que ces populations aient pu, à un moment donné, se séparer du groupe mantinéen. Polybe (1) les désigne de la façon la plus claire. Le fossé transversal parti du Poseidion aboutissait, dit-il, aux hauteurs limitrophes, du pays des Élisphasiens : xf,v xxcppov x-qv <pépou<7av km tou Ilotmoiou Stà (/.écrou xoïïxtov Mavxivsajv itsSiou xcd auvxTcxouffav xoïç opeat xotç ouvxspu.ovoüffi t7| t tov ’EXtcrtpafftcov ytopa. L’authenticité de ce nom, contestée par tous les savants, au nom de la grammaire (2), a été confirmée par la découverte de monnaies portant l’inscriplion EAIE<ï>ASIQN AXAIQN (3). Rien ne prouve d’ailleurs que les Elisphasiens aient fait partie des cinq dèmes primitifs de Mantinée. La position que nous leur attribuons est toute conjecturale ; c’était peut-être un dème ménalien, incorporé à Mégalopolis en 371, puis établi par Philopœmen comme membre autonome de la Ligue achéenne.

L’identification des dèmes mantinéens avec les noms de bourgades, telle que Leake l’a proposée (4), repose sur une méprise. Le B-^puoç ne se confond pas avec la xwjjt/ri ou le ywptov ; il est le groupe intermédiaire entre l’État et le viens. Souvent il

(1) Polyb. XI, 11, 6.

(2) Voy. C.urtius. Pelop., I, p. 269, N'* 12. Ross. ( Reisen , p. 127, N1 2 3 4' 116;, le qualifiait de monstrueux.

(3) Pinder. Monatsberichte der Berliner Academie, 1835, p. 351. — Gardner. Calai, of greek Coins, Peloponnesus, p. 14.

(4) J'eloponnesiaca, p. 377. Il compte les dèmes suivants: 1° Ptolis ; 2* Maira; 3* Mélangeia (Tsipiana) ; 4" Nestané (Louka) ; 5° Élymia (Lévidi). Ce dernier appartenait certainement à l’Orchoménie, en adoptant même l’idenlificalion probable de l’Élymia de Xénophon avec Lévidi. — Keil a supposé (Gôttinger Nachr., 1895, p. 357) l’existence d’un dème appelé Aléa, qui aurait perçu les amendes dont il est question dans l'inscription archaïque retrouvée par nous {Bull.de Corr. hellén., XVI (1892), pl. XIX, p. 583). Danielsson, Zu griechischen Inschriften, p. Il (Erani, t. 11, Upsal, 1897), combat avec raison cette hypothèse. Schwedeler. De rebus Mantinensium ( Commentationes philologue in Ot. Ribbeck, 1888, p. 367), propose les cinq noms suivants : Nestané, Maira, Mélanyeia, Phoizon, Petrosaca. Aucune de ces combinaisons ne me paraît valable.

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