LE TERRITOIRE DE L’ÉTAT MANTINÉEN ; LES FRONTIÈRES ; LES DÈMES
Nous avons exploré la Mantinique en tous sens, sous la conduite Les frontières, de Pausanias, des confins jusqu’à la ville et de la ville aux confins : nous en avons visité tous les recoins et reconnu tous les détails. Il nous reste à rejoindre par une ligne continue de frontières, le point terminus des routes parcourues et à circonscrire en un circuit fermé l’ensemble du territoire. Grâce au soin que prend le Périégète de signaler à des distances et en des points précis la présence des bornes-limites, il n’y a guère place à l’incertitude.
Le cadre des chaînes frontières, qui bornaient le territoire mantinéen, enfermait un rectangle de 25 kilom. de côté de l’O. à l’E. , sur 14 kilom. de hauteur du S. au N. et d’une superficie totale d’environ 325 kilom. carrés. Au N. il touchait à l’Orchoménie ; la crête de l’Anchisia marquait de ce côté la frontière (1) à l’Est, la frontière entre l’Argolide et la Mantinique suivait la crête qui rejoint le Lyrkéion et le Kréopôlon, descendait avec le col franchi par la route du Prinos dans le ravin de l’Inachos supérieur qu’elle côtoyait près de ses sources (2) ; puis, laissant en dehors l’Artémision sur le territoire argien, elle escaladait la crête dentelée du Kréopôlon. Ensuite elle inclinait, vers le S. -O., sans doute en suivant le talus N. du plateau en bastion qui porte le monastère d’Hos Nicolaos de Varsai. Après
(1) Ka't Mavxivécov opoi Ttpôç Op^opieviouç xai èv Taïç ’Ay/tatati; dffiv,
Tours
(-rtupyoi).
avoir coupé la pointe de la Kapnistra, elle dévalait dans l’étranglement de la vallée à 31 stades de la ville et courait rejoindre le versant sud du cap Mytika : de ce côté elle marquait la limite de la Tégéatide. Au S.- O. et à l’O., elle rejoignait la crête du Ménale au pic d’Apano-Khrépa, la franchissait transversalement, pour descendre dans le MatvàX-.ov 7reBtov et le couper à la hauteur de Piana. Elle remontait de là sur le dos du Mont Phalanthon (1) et le suivait jusqu’à sa soudure avec le Ménale, au massif qui domine Lévidi.
De ce côté elle bordait des cantons, englobés au temps de Pausanias dans le territoire de Mégalopolis : les Ménaliens et les Méthydriens. Sur tout ce pourtour, la frontière politique se confondait avec les limites naturelles du bassin fermé. Des indices matériels, tels que route ou rivière (sources de l’Inachos), autels (sur les routes de Tégée et de Pallantion), bornes ou hermès jalonnaient de points de repère la ligne conventionnelle sans doute reconnue par des traités avec les Etats limitrophes. Les défenses naturelles devaient être complétées par un système de forts détachés ou de tours d’observation installés sur les passages les plus accessibles. De petites garnisons y faisaient le guet, prêtes à donner l’alarme à l’aide de signaux aux sentinelles postées sur les remparts de la ville. Ces précautions de vigilance étaient essentielles, en un temps de surprises où les intentions du voisin pouvaient toujours être suspectées. Les territoires d’Argos, de Sicyone, d’Athènes étaient, on en a la preuve, surveillés de la sorte. Dans la Mantinique, un poste vigie (skopé) et un fortin commandaient l’ouverture méridionale de la plaine (2),
(1) En enfermant le canton d’Alonistaina, qui correspond, on l’a vu à Pétrosaca (VI 11, 12, 3, 4).
(2) Geil ( Hinerary , p 143, Narrative, p 137) prétend avoir vu, à l’étranglement de la plaine, des restes d’une muraille continue destinée à fermer l’eniree de la Manlimque. Mais l’existence d'un pareil rempart, analogue à celui qui barrait l’isthme de Corinthe, n’est guère vraisemblable : les auteurs n’en parlent pas et les traces matérielles en ont disparu. Tout au plus pourrait-on supposer sur les routes de Pallantion et de Tégée, l’existence de forts détachés. Dodwell (II, p. 421), Pouqueville (Voy. delà Grèce, p. 285), et même la Commission de Morée (Architecture, II, p. 84) ont répété la môme théorie à propos des mêmes vestiges. Toutefois, faute de descriptions précises, il est permis de penser ou bien qu’il s'agit là des ruines d’un fortin, les mêmes que Puillon-Boblaye (Redl. gCogr., p. 142 proposait d’attribuer à l'Héracléion, ou plutôt de ces blocs épars en avant du promontoire Mytika, véritables verrues rocheuses du sous-sol calcaire. Ces blocs naturels son! en place, et n’ont subi aucun travail , ils devaient autrefois être cachés dans la masse du Pélagos.