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CHAPITRE III

Raisons

qui déterminent l’assiette de la Ville.

l'assiette de la ville. — l'enceinte fortifiée.

Toutes les voies décrites plus haut et parties des différentes frontières aboutissaient, après avoir desservi leurs dèmes respectifs, à la Ville, centre de la vie politique et mercantile, refuge suprême de la population en cas d’invasion. La Ville devait donc répondre aux conditions d’un camp retranché et d’un marché central où venaient se croiser les principales artères. Le site propice à l’établissement d’une pareille capitale, du jour où la Mantinique passa de la forme archaïque de l’état xcct à ot,[j.ouç à celle de l’état centralisé, était unique dans toute la région. Les fondateurs n’eurent pas à en discuter longtemps le choix.

A l’époque préhistorique, le souci de la sécurité prévalait sur les intérêts commerciaux. Il n’y avait pas alors de grande agglomération ; les habitants vivaient épars dans des bourgades ouvertes, sous la surveillance et sous la protection d’un château fort, où habitait le chef avec les dieux. L’art encore rudimentaire de la fortification exigeait pour ces acropoles des lieux élevés. On n’hésitait pas, à cause de leurs avantages militaires, à choisir des positions excentriques, comme celle de Mycènes au coin de l’Argolide. C’est pourquoi les contemporains du légendaire Mantineus allèrent asseoir leur Ptolis sur une éminence, au N. de la plaine : de cette plate-forme, ils surveillaient la route d’Orchomène. Mais cette position ne répondait plus aux besoins d’un Etat centralisé. Aussi la légende nous apprendelle que le siège de la vie commune fut plus tard transféré en un endroit plus favorable, sur le bord de l’Ophis, à l’instigation

l’assiette de la ville. — l’enceinte fortifiée.

d’un oracle. Ce n’est pas ici le lieu de discuter l’origine et la valeur de la fable d’Autonoé, fondatrice de l’ancienne Mantinée. Mais je tiens pour très probable que remplacement de cette première capitale correspondait à celui du plus gros bourg de la plaine : de tout temps le centre effectif de la vie active se trouvait là, au débouché de toutes les vallées.

Plusieurs raisons, topographiques et économiques, imposèrent, de préférence à tout autre, le site qui fut adopté. Ces raisons se ramènent à trois chefs : conditions d’habitabilité, éléments de prospérité commerciale, sécurité.

Les conditions d’habitabilité, pour un grand camp retranché destiné à une population moyenne de 20000 âmes, variaient d’un point à l’autre de la Martinique : ce que nous avons dit du régime hydrographique de la contrée l’a prouvé surabondamment. Les lieux élevés, l’Alésion ou les coteaux du Ménale, n’offraient que des échines étroites et décharnées, impropres à toute installation de quelque importance. 11 fallait donc chercher en plaine une aire plus favorable. La pente légère, qui entraîne du côté du Ménale de l’Est à l’Ouest les cours d’eau issus de l’Artémision et de l’Alésion, interdisait de se rapprocher du Ménale, dont la base baigne en un bas-fond marécageux. On devait se tenir à proximité du bourrelet occidental, c’est-à-dire vers la partie la moins basse du plan incliné. D’autre part, comme l’inclinaison existe aussi du S. au N., on ne pouvait sans inconvénient s’installer trop près du Mont Anchisia, dont le pied se trouve en contre-bas du milieu de la plaine. De même la région Sud, voisine de l’entrée de la Tégéatide, était exposée, comme on l’a vu, aux débordements des émissaires tégéates. Le point le plus favorable, sous le rapport de l’écoulement des eaux, se trouvait donc vers la naissance de l’Ophis, au-delà et au-dessus des katavothres où se déversaient les ruisseaux de la Tégéatide, c’est-à-dire dans l’encoignure abritée et circonscrite par l’Alésion et la butte de Gourtzouli : le niveau domine en moyenne de 4 à 5 mètres celui du territoire ambiant.

Sous le rapport des relations avec les districts de la plaine et avec les pays limitrophes, cette position centrale favorisait plus que toute autre les transactions commerciales. Elle était désignée comme l’agora de toute la Mantinique. En effet, en substituant aux bourgades éparses dans la plaine une capitale, il fallait éviter qu’une position trop excentrique éloignât les propriétaires des domaines respectifs où les appelaient sans

Condilions

d’habitabilité.

Position relative.

Sécurité.

État comparé de l 'Ancienne et de la Nonvelle Man li née.

cesse leurs intérêts. De plus, là s’étoilait le carrefour des grandes routes venues du dehors. Ainsi, l’hygiène, l’agriculture, le commerce et la politique trouvaient leur compte au choix de cet emplacement. Ajoutons que l’alimentation en eau potable était assurée par les belles sources de Mélangéia, amenées en ville par un aqueduc, et au besoin par des puits creusés à l’intérieur de l’enceinte.

Sous le rapport de la sécurité, le problème pouvait être facilement résolu. Il suffisait, pour se garer de l’eau, l’ennemi le plus redoutable, de creuser en travers de la plaine un chenal transversal de protection contre les rivières de la Tégéatide,et de rejeter l’Ophis hors des murs. Les constructeurs de l’ancienne Mantinée, encore inexpérimentés, ne surent pas prévoir tous les dangers. Ils crurent bien faire en laissant passer l’Ophis au milieu de la ville comme égout et comme drain d’un terrain toujours humide. Ils ne s’avisèrent pas d’exhausser leurs murailles et leurs maisons sur un socle de pierres capable de défier les inondations. Les ingénieurs de 371, instruits par l’expérience, ne renouvelèrent pas ces fautes. Mais, s’ils perfectionnèrent les détails du plan, ils ne changèrent pas l’assiette de la Ville : les raisons qui avaient prévalu antérieurement s’imposaient à titre définitif.

Les défenses de l’ancienne Mantinée, construites à l’époque du synœcisme au Ve siècle et détruites en 383 par Agésipolis, consistaient en un rempart de briques crues que l’Ophis traversait de part en part et que perçaient les trois, les quatre et les cinq chemins auxquels l’oracle, cité par Pausanias (1), fit allusion. C’est tout ce que l’on en sait. Le tracé général, l’étendue du périmètre ne peuvent plus être reconnus. Les Lacédémoniens firent table rase de cette enceinte : àx SI toutou xa67)pé07] [xèv tô zeïyoç (2). A supposer qu’il en subsistât quelques traces, elles disparurent définitivement dans les travaux de reconstruction en 371.

Si le rapport entre les dimensions de la Vieille et de la Nouvelle Mantinée demeure indéterminé, il n’est pas douteux que le site primitif ait été conservé. Les restes d’inscriptions anté-

(1) Paus. VIII, 9, 2. .... xaTaysïv eîç «ttu èpavvdv,

ou Tf'oSoç xat TETpâoSoç xat TrsvTaxeXEuOoç.

(2) Xen. HeLlen. v. 2, 7.

l’assiette de la ville. — l’enceinte fortifiée.

rieur.es au IVe siècle, les débris d’édifices religieux à qui le style des chapiteaux et des colonnes assigne une date contemporaine du Ve siècle et parfois plus reculée encore, attestent que les temples et les sanctuaires échappèrent à la démolition systématique imposée par le vainqueur : l’œuvre du diœcisme respecta les dieux. L’enceinte nouvelle, d’un circuit probablement plus vaste que le tracé précédent, enfermait le même terrain ; le plan fut remanié et agrandi ; mais, comme il n’était pas transféré sur une autre assiette, qu’il s’agissait plutôt d’une restauration, il ne fut pas nécessaire de procéder à une fondation et à une consécration rituelles, comme à Mégalopolis et à Messène (1). La Nouvelle Mantinée se superposa donc à l’ancienne, enfermant dans le cadre neuf de ses remparts, de ses édifices et de ses maisons modernes, les restes vénérables qui la reliaient au passé.

Les fortifications de 371 ont traversé les siècles sans subir de remaniement fondamental, comme cela est arrivé à l’enceinte de Mégalopolis, détruite et rebâtie à plusieurs reprises (2). Le démembrement de 222 atteignit les personnes et les biens mobiliers, sans toucher aux édifices publics, aux habitations privées ni aux ouvrages militaires. La population achéenne implantée par Aratus et par Antigone Doson apportait seulement une personnalité civile, un nom et une constitution d’emprunt : mais à la cité transformée la ville survivait, comme par l’effet d’une métempsycliose qui aurait renouvelé l’âme en respectant le corps.

Les restes de l’enceinte élevée par Lycomèdes avec l’aide Reconstruction de d’Épaminondas offrent donc un intérêt particulier. Ils nous Ja voie, représentent une œuvre homogène, conçue et exécutée d’un seul jet, où se révèle, en matière de fortification, le style d’une époque déterminée. C’est un des rares débris de ce genre qui soit rigoureusement daté. Ces lignes de remparts, arasées presque à fleur de sol, s’étalent sur le terrain comme un plan sur le papier. On y lit la pensée des constructeurs, les nécessités et les moyens de la guerre de siège à leur époque, les habitudes de précision et de raisonnement introduites dans l’art militaire, en substituant à l’appropriation arbitraire et plus

(1) Paus. VIII, 27. 6. Sur le cérémonial de la fondation de Messène, voy.

Pausan. IV, 27, 3, 4.

(2) Loring. Excavations at Mégalopolis, 1892, p. 112.

Son importance stratégique.

Le nouveau système défensif :

les enceintes sans acropole.

ou moins habile des accidents naturels les ressources du calcul, le travail rationnel et logique de l’esprit, les conclusions pratiques de l’expérience. Cette méthode plus hardie affranchissait, l’homme du sol en qui il s’était habitué jusqu’alors à chercher son premier défenseur. Par ces moyens artificiels on réussit à assurer à des agglomérations considérables les bienfaits d’un établissement confortable et fixe, et la sécurité de l’existence en des lieux qui n’auraient point paru jadis susceptibles d’offrir à de telles multitudes un abri permanent. On put ainsi prolonger la vie politique de tribus, qui, faute d’acropoles fortifiées par la nature, se trouvaient exposées à de perpétuelles surprises et à des combats meurtriers.

La reconstruction de Mantinée après la bataille de Leuctres ne devait pas seulement réparer l’iniquité de 385. Elle faisait partie d’un plan stratégique destiné à préserver à l’avenir la Grèce contre les tentatives de Sparte par l’établissement d’un solide boulevard qui emprisonnerait dans sa vallée la belliqueuse nation. Pour constituer ce boulevard, Épaminondas comptait établir une série de camps retranchés autour de la Laconie, depuis la Messénie jusqu’en Argolide, avec, sur l’arrière, une réserve de peuples armés, l’Elide, l’Achaïe, Phlious, que Thèbes soutiendrait seule ou avec le concours d’Athènes. De cette barrière de lre ligne, deux unités existaient : Argos et Tégée ; deux autres devaient être reconstituées, Mantinée et Messène, et l’autre créée de toutes pièces, Mégalopolis. Ces forteresses devaient concentrer les forces armées des peuples préposés à la garde des marches péloponnésiennes, assurer la sécurité aux habitants des plaines limitrophes de la Laconie, constituer en temps de paix le foyer de leur vie nationale, le soutien de leur prospérité matérielle; en temps de guerre, leur permettre d’organiser promptement en milices la population agglomérée, d’offrir en un mot, en attendant l’intervention des Etats alliés de la seconde ligne, toutes les ressources offensives et défensives qu’on demande aux places fortes pourvues d’une nombreuse garnison et de ressources abondantes.

Construits en vue de ce rôle particulier, ces camps retranchés devaient présenter un système défensif mieux combiné et plus cohérent que les villes qui s’étaient développées d’abord en toute liberté autour de leur acropole préhistorique et qu’il avait fallu sur le tard munir d’une clôture protectrice. Au IVe siècle, les acropoles féodales avaient fait leur temps. Elles n'avaient

l’assiettf, de la ville. — l’enceinte fortifiée.

plus de raison d’être dans de grandes villes démocratiques entourées de bons murs. Si l’assaillant avait réussi à forcer le rempart, les rues devenaient autant d’acropoles qu’il lui fallait disputer pied à pied. Une fois maître des rues et de l’agora, il tenait le principal : ce n’était pas une poignée d’hommes confinée dans un réduit qui aurait pu remettre en question sa conquête. Presque inutiles contre un ennemi extérieur, ces citadelles risquaient en revanche de compromettre l’ordre intérieur en offrant un repaire aux factieux de toutes sortes, aristocrates sans scrupules, ou démagogues aspirant à la tyrannie. Quiconque méditait un coup d’État commençait par se saisir du château-fort d’où il répandrait la menace et la terreur sur la ville entière. Épaminondas savait que la Cadmée avait plus contribué à l’asservissement qu’à la liberté de Thèbes. Il jugea superflu de fournir une arme aux tyrannies futures : ni Messène, ni Mégalopolis, ni la Nouvelle Mantinée ne furent pourvues d’une citadelle (1).

En conséquence, c’était par un tracé général judicieux et savant que les ingénieurs de 371 devaient compenser à Mantinée l’absence d’acropole. Plusieurs nécessités contradictoires s’imposaient à eux : la solidité, l’étendue, l’économie, la rapidité. A Messène, qui est leur chef-d’œuvre, ils trouvaient dans le terrain un auxiliaire inappréciable dont ils surent tirer un parti merveilleux. Le mur presque partout suit les escarpements du roc ; il ne fait que couronner le retranchement naturel. La pierre se présentait à pied d’œuvre. Aussi l’enceinte de Messène, toute en pierres parfaitement appareillées et jointoyées, excite-t-elle une juste admiration. Mais, elle n’est ni bien haute ni bien épaisse : 2m,50 d’épaisseur, 4m,o0 de hauteur aux courtines, 8m,50 aux tours. En ménageant ainsi ces matériaux excellents et cette main d’œuvre dispendieuse, on avait compté sur les pentes abruptes de l’Ithôme qui rendaient impossible une attaque par les machines de guerre. Du haut du chemin de ronde,

(1) Le sommet de nthôme porte les traces de murs très anciens, qui peuvent avoir appartenu soit à une acropole piéhistorique, soit au péribole du sanctuaire de Zeus Ithômatas. A Mantinée, la colline de Gourtzouli, que la plupart, des voyageurs ont identifiée avec la Ptolis (v. p. 117) fut résolument laissée de côté. L’ancienne acropole de Tégée, installée sur la colline d'Hagios- Sostis, était assez éloignée de la ville ; elle servait plutôt de poste-vigie. La butte de Mertsaousi, plus voisine, ne semble pas avoir été utilisée pour la défense, pas plus que celle de Gourtzouli à Mantinée.

Comparaison avec Messène et Mégalopolis .

Analyse

du tracé général.

Avantages généraux du plan circulaire.

couronnant les crêtes rocheuses, les hoplites armés de la longue lance dorienne et les gens de trait suffisaient à empêcher l’escalade.

A Mégalopolis, les ondulations légères de la plaine fournissaient au mur une levée irrégulière dont les constructeurs s’empressèrent de profiter. Les deux quartiers de la ville, séparés par l’Hélisson, ont pour assiette deux plateaux jumeaux dont le rempart couronne les talus extérieurs (1). Mais, comme ces talus sont à pentes extrêmement faibles et douces, le rempart devait être plus épais et plus élevé qu’à Messène (2).

La situation de Mantinée était un peu différente. Là le terrain se présentait presque absolument plat, avec des variations de niveau à peu près insensibles. Pas d’ondulations naturelles suffisantes pour influencer le tracé. On disposait d’un plan horizontal, qui laissait toute liberté à la géométrie des ingénieurs. Dans ces conditions quasi-théoriques, c’était à eux d’imaginer la figure la mieux appropriée à une clôture à la fois spacieuse, économique et résistante.

Quel était donc le tracé général le plus avantageux? Un tracé polygonal ou en lignes brisées, présentant une série de saillies angulaires et de retraits, eût été, de mise sur un terrain accidenté, dont il eût été avantageux de suivre les crêtes ou les talus. Mais sur un sol plat, une figure circulaire se recommandait par l'économie, parce que, pour enclore une vaste superficie, c’est celle qui exige le moindre développement; — par la facilité des communications intérieures, parce qu’elle masse tous les quartiers à peu près à égale distance du centre et permet de faire rayonner les grandes voies intérieures du cœur à la périphérie et de les relier entre elles par des zones de rues concentriques, sans qu’il y ait de coins perdus ; — enfin, par la commodité de la défense, parce qu’elle présente partout à l’ennemi un front étendu, qu’il ne peut attaquer à la fois que d’un côté, et cela sans espoir de cacher ses mouvements. Au contraire, les saillies angulaires lui sont favorables ; il peut les inquiéter des deux côtés ou survenir à l’improviste sur une face sans être aperçu de l’autre. De plus, elles compliquent et gênent la circulation rapide des défenseurs sur le

(1) Voir la carte dressée par Loring. Excavations of Mégalopolis, pl. I.

(2) Les débris, qui en subsistent, quoique fort mutilés, permettent d’affirmer que, comme à Tégée et à Mantinée, le corps du rempart était de brique crue sur un socle en pierres de taille.

l’assiette de la ville. — l’enceinte fortifiée.

chemin de ronde et déconcertent la surveillance en s’interposant comme des écrans entre les différentes parties du pourtour surveillé. Enfin, les angles saillants offrent aux coups du bélier autant de points faibles. Pour toutes ces raisons, les auteurs anciens qui ont traité de la fortification préconisent les tracés arrondis et Vitruve en particulier en définit nettement les mérites : « Collocanda autem oppicla sunt non quadrata, nec procurrentibus angulis, .s ed circuitionibus , uti hostis ex pluribus lotis compiciatur. In quibus enim anguli procurrunt, difficulter defenditur, quod angulus magis hostem tuetur, quam civem ( i). »

Les constructeurs de Mantinée ont donc adopté un plan circulaire. Leur dispositif se signale par cette simplicité logique de l’ordonnance commune aux ouvrages helléniques : pas de vaine complication ni de subtilité coûteuse. Tous les détails sont raisonnés et tendent à leur fin par les moyens les plus sobres.

Entre toutes les courbes, une figure ovale, aux pointes légèrement aplaties, a obtenu la préférence, parce qu’elle ne comporte pas des convexités aussi saillantes que la circonférence du cercle et que, par suite, les arcs du front étant moins en retrait les uns sur les autres, ne se dérobent pas aussi brusque-

Fig. 19.

a. — Schéma du tracé général, b. — Porte G (état actuel).

ment, mais restent dans le champ de la vue sur une plus grande longueur, ainsi que la zone menacée qui les entoure. La courbe elliptique est donc tracée de façon que les tangentes soient presque parallèles aux divers arcs. Partout les convexités sont amorties et allongées autant que possible vers la ligne droite. Le tracé général représente ainsi une ellipse qui tendrait au polygone. Mais un ingénieux système de sectionnement permettait de reporter sur les solutions de continuité néces-

Avantages particuliers de l’ovale «à crémaillère

saires, c’est-à-clire sur les portes, les brisures que cette tendance devait forcément produire, de racheter les angles par des vides savamment appropriés à leur rôle pratique et de ramener ainsi à la courbe les côtés entraînés à la divergence, sans créer de dangereuses saillies. On remarquera, en effet, que chacun des 10 segments compris entre les portes a l’une de ses extrémités en dehors, l’autre en dedans de la courbe générale. Cet intelligent dispositif maintenait, malgré l’aplatissement des arcs, le principe du tracé oval et assurait aux portes précisément" l’orientationpa plus favorable à la défense, comme on le verra plus loin.

Fig. 20.

Rempart de Mantinée (arc B C).

On observera aussi que la section la plus pointue de l’ovale, celle où la courbe décrit les saillies les plus accentuées, regarde le Nord. C’était le côté que menaçaient le moins une surprise et un grand effort de l'ennemi, qui venait d’ordinaire par le Sud et qui, au Nord, se serait trouvé gêné par la proximité de la butte de Gourtzouli. C’est, de plus, la partie la plus basse, par où s’écoulaient dans l’Ophis, les eaux de la ville. Le ruisseau bien alimenté constituait de ce côté une bonne défense qui a permis de donner au rempart une courbure plus prononcée. Au contraire, au Sud, le front qui fait lace à la Tégéatide est presque recliligne.

l’assiette de la ville. — l’enceinte fortifiée.

Telle est la figure du tracé. Quant à la structure du rempart et aux diverses combinaisons défensives, elles sont aussi très simples. La guerre de siège était encore dans l’enfance, en Grèce, au IVe siècle. L’usage de l’artillerie de guerre, catapultes et lithoboles, ne devait s’introduire dans les armées grecques qu’après Philippe. Les méthodes usuelles, longues et aléatoires, se réduisaient à l’investissement, à l’escalade par échelles ou par rampes d’accès, à l’attaque par le bélier ou la tortue (1). C’était à l’investissement qu’Agésipolis avait eu recours en 385. Les constructeurs de Mantinée n’eurent donc qu’à approprier les moyens de la défense aux moyens encore assez rudimentaires dont l’attaque disposait à leur époque. Ils se contentèrent d’une enceinte unique flanquée de tours. Ils suppléèrent à l’absence de défenses naturelles par la dérivation de l’Ophis. Au lieu de traverser la ville, la rivière fut divisée en deux bras qui se rejoignaient en amont, vers le N.-O., après avoir entouré le pied du rempart d’un fossé extérieur. Xénophon le représente Comme très large : cLi ÉpuE tôv péovra TroxajjAv oià *cŸjç 7tôXôü)ç fj.âX’ ovxa eùjjLEYÉO'n (2).

Ce n’est plus aujourd’hui qu’une rigole presque toujours à sec, sauf aux environs de la source Varéli. La largeur moyenne actuelle estdelm. à 1m. 50. Comme aujourd’hui, un faible talus de quelques mètres d’étendue séparait le cours d’eau du pied du mur. La forme et la largeur du fossé devaient être assez irrégulières, suivant les variations dans le débit de la rivière (3).

Les voyageurs précédents qui avaient exploré les ruines de Mantinée n’étaient pas munis des instruments nécessaires pour entreprendre et mener a bien le relevé exact et complet d’une aussi vaste enceinte. Le plan, que j’ai relevé en mesurant à la roulette tour par tour toutes les parties du rempart, et que M. de Billi a complété, pour les grandes distances, par des mesures prises au tachéomètre, annule par conséquent les croquis de Gell et de Pouqueville, et les évaluations apprpximatives de la Commission de Morée, de Leake, Ross, Curtius, etc.

(1) Les tours d'attaque, et les hélépoles empruntées par Denys l’Ancien aux Carthaginois et employées par lui au siège de Motye en 397, n’étaient pas encore connues dans le Péloponnèse (Diod. XIV, 18, 19). Cf. le siège de Périnthe par Philippe en 340 (Diod. XVI, 74).

12) Xen. Rellén. V, 2, 4.

(3) La prétendue digue d'Agésipolis dont Gell croit avoir retrouvé les traces au N.-O. de l'enceinte n'a laissé aucun vestige et n’a certainement pas dû être conservée.

Dimensions du tracé.

Le rempart.

Le périmètre de Mantinée ne constitue pas une figure géométrique régulière. La forme générale est, cependant, très voisine de l’ellipse. Le grand axe est orienté suivant la ligne N. S. Il mesure, de la porte B à la porte H (mesures prises sur les arêtes extérieures des courtines) 1349 mètres. Le petit axe, passant par le côté S. de l’Agora, mesure 1087 mètres. Le centre fictif de la figure tombe à une soixantaine de mètres au S. O. du théâtre. Le circuit mesure 3942 mètres, entourant une superficie évaluable à 1240000 mètres carrés.

Les chiffres fournis par les voyageurs modernes sont très divers. Gell attribue à son plan un tracé absolument circulaire; le rayon de son cercle étant, d’après l’échelle jointe à son esquisse, de 2123 pieds, soit 634 m. 30, la circonférence de la ville mesurerait 13345 pieds anglais soit 4067 m. 40. Puillon-Boblaye évalue la longueur de l’enceinte à 3230 mètres, ou 18 stades de 180 m. 55 c. (?). Ross a calculé d’après le nombre des tours et la longueur des courtines. Il obtient pour résultat un total de 28 à 30 stades, soit près de 5000 mètres (1). Leake estime que la figure elliptique de l’enceinte équivaut à un cercle ayant 1250 yards (1142 m. 50) de diamètre, soit deux milles anglais et quart (3610 m.) de circonférence.

En convertissant en stades grecs communs de 185 m. le chiffre que nous avons établi, nous obtiendrons une mesure totale de 21 stades, soit moins de la moitié de l’enceinte de Mégalopolis, évaluée à 50 stades par Polybe ; ou, en stades olympiques de 192 mètres, 20 stades et 318 pieds.

Derrière le fossé courait une légère levée de terre, couronnée parle mur. Les assises de celui-ci reposent directement sur le sol superficiel, ainsi que je m’en suis assuré par des sondages. Il n'y a pas de fondations profondes. On n’a même pas cherché à atteindre fa couche dure. Le rempart ne plonge pas de racines dans le sol. Souvent, à 50 centimètres au dessous du niveau actuel, on arrive à sa naissance. Curtius parait donc s’être laissé tromper par les apparences, lorsqu’il écrivit • die Mauer überall sehr tief liegt (2). En réalité, cette absence de profondeur a quelque chose d’insolite: en tout autre endroit, elle eût constitué une grave imprudence. Les traités spéciaux sont très explicites à ce sujet :

(1) Reisen, p. 125.

(2) Pelop, 1, p. 237.

l’assiette de la ville. — l’enceinte fortifiée.

Philon de Byzance (IIme siècle avant J.-C.), dans son Encyclopédie mécanique, traduite par MM. Graux et de Rochas d’Aiglun, écrit : « Pour bâtir des tours, il faut commencer par creuser jusqu’au roc, ou bien jusqu’à l’eau, ou bien jusqu’à un sous-sol présen tant une certaine sûreté, pins consolider le lieu le mieux possible et y établir les fondations avec du gypse, afin d’éviter qu’on ne fasse tomber les murs en les attaquant dans les fondations et qu’on ne passe en galerie de mine par dessous les remparts ». De même Vitruve (I, 5, 40) : « Tune turrium murorumque fundamenta sic sont facienda uti fodiantur (si queant invenirm ad solidum, et in solido (quantum ex amplitudine operis pro ratione videatur) crassitudine ampliore quant parietum qui supra terram suntfuturi, et eaimpleantur quam solidissima structura ».

Si les constructeurs de Mantinée ont méconnu ces principes, ce n’est, ni par légèreté ni par ignorance des règles de l’art. La catastrophe de 385 leur avait appris les inconvénients d’un rempart mal assis. Ils ont donc agi de propos, délibéré. Et, de fait, ils avaient constaté que le sous-sol mantinéen, baignant dans une nappe phréatique, ne comporte que des fondations superficielles. Ces conditions mettaient leurs ouvrages à l’abri des travaux de mine, car les galeries, même en supposant l’Ophis détourné, auraient été aussitôt noyées que creusées.

Le mur actuel, vu du dehors, montre une succession de courtines et de tours de flanquement dont l’appareil extérieur, la plupart du temps trapézoïdal, parfois rectangulaire, présente une certaine uniformité. On rencontre d’abord comme front (|aétcl)7cov) un parement externe en gros blocs de calcaire blanc, tiré de l’Alésion (1), répartis suivant les variations de niveau du sol ambiant, sur 2, 3 et 4 assises horizontales. Le lit inférieur qui sert de fondation ( OefxéXta) est fait de pierres plus petites et à peine dégrossies. Les assises émergentes consistent en une rangée de pierres de dimensions variables, qui atteignent parfois plus d’un mètre 1/2 de longueur, sur une hauteur moyenne de 0 m. 65. La profondeur ou épaisseur diffère ; mais elle se tient dans une moyenne deO m. 40 à 0 m. 50. Tous les 3 ou 4 mètres, à l’assise supérieure, des blocs sont placés en travers et ne présentent au dehors que leur front le plus étroit. Ils s’engagent ainsi dans la maçonnerie intérieure qu’ils contribuent à main

(1) La distance entre la montagne et le mur oriental ne dépasse guère 500 mètres.

tenir. Les pierres sont posées à joints vifs, sans trace de mortier ni de ciment. La face externe, qui regarde la campagne, est épannelée et légèrement bombée; la face interne est seulement dégrossie d’une manière irrégulière. Dans les interstices des joints se glissent parfois des moellons qui font office de bouchetrous (1). La hauteur de l’ensemble, mesurée à partir du sol, varie suivant les dépressions ou les ondulations légères du talus qui relie la base du mur à l’Ophis ; elle s’élève en moyenne à 1 m. ou

Fig. 21.

Appareil d’une courtine — rempart Sud-Est. —

(d’après une photographie de l’Institut archéologique allemand).

1 m. SO, et parfois est presque nulle, aux endroits que la culture et la chute du rempart en argile ont exhaussés. On se rendra compte de ces détails sur la photographie ci-jointe, qui représente l’appareil d’une courtine aux environs de la porte G.

Le corps du rempart en brique séchée au soleil devait être

(t) A Athènes, tel était l’appareil des Longs-Murs. Le front seul était ravalé et paré au ciseau le long des joints ; les interstices de l’autre face étaient comblés avec des pierres serrées par des coins en bois d’olivier. De même à Eleusis. (Clioisy. Études épigraphiques sur L’Architecture grecque, p. 217). — Cf. la photographie de la tour de Scopé. (Journ. of liellen Stud, 1895, pl. III), et les gravures de Blouel. (Expédition de Morée. Architecture, t. 11, pl. 53, fig. 1 et 2).

l’assiette de la ville. — l’enceinte fortifiée.

massif (1). En effet,, l’homogénéité de cette masse argileuse de plus de 4 mètres d’épaisseur était la condition nécessaire de sa stabilité. Il me semble probable aussi que les parois du mur suivaient une coupe légèrement pyramidante, en d’autres termes que la crête était un peu moins large que la base. Ce profil en talus me paraît commandé par la nature des matériaux.

Quant à la superstructure, chemin de ronde et parapet(Ttâooooç) , il n’en subsiste aucun vestige. Régnait-il au sommet du mur une galerie couverte d’un toit, comme celle des murs d’Athènes et d’Éleusis, restaurée par M. Choisy, ou bien un promenoir dallé à ciel ouvert comme à Messène ? rien ne l’indique plus. Je n’ai retrouvé à l’intérieur des tours aucuns débris de tuiles, ni de dalles ni aucune pièce de créneaux qui puisse fixer les idées à ce sujet. De même la hauteur des courtines et celle des tours, le nombre, la forme et la place des embrasures et des meurtrières ne sauraient être indiqués que par conjecture.

L’ensemble du tracé se subdivise en dix sections d’inégale longueur, comprises entre les portes et disposées d’après le principe que j’ai exposé plus haut. Chaque section se compose de la ligne ininterrompue du mur bordé des tours de flanquement. L’intervalle entre les tours ([AeTaTiupytov) ou longueur des courtines n’est pas fixe. Il varie en moyenne entre 25 et 26 mètres, soit moins d’un plèthre. Quelques courtines mesurent 23, d’autres jusqu’à 37 m. 75 (2), mais ce sont là des dimensions exceptionnelles ; on les observe surtout dans le voisinage des portes, dont la présence à des points déterminés interrompait la régularité du tracé. Les tours avaient pour office de protéger la base et la crête du mur en les rendant intenables à l’assaillant ; leur distance ne devait pas dépasser la bonne portée de l’arme de main, afin que, si l’une d’elle était attaquée, ses deux voisines fussent en état de la défendre

(1) Cette argile provenait ers partie du fossé lui-même. On en faisait un pisé, mélangé de paille hachée, TrqXoç -qyu owpiÉvoç, moulé en carreaux et séché au soleil ; on l’étalait en lits horizontaux sur une couche de terre mouillée qui formait ciment. Dans l’épaisseur du massif on plaçait du chaînage en bois avec des madriers transversaux (IvSecgoi) et des longrines (Qpàvot), comme on le constate à Troie, à Mycènes, dans le devis des murs d’Athènes et d'Eleusis (Choisy, Et. épigr., p. 68), et comme le recommande Philon de Byzance (trad . Graux et de Rochas, II ï, 3).

(2) Voy. le tableau de la page 150. L’irrégularité de ces dimensions ne permet aucune déduction métrologique sur la longueur de l’unitéde mesure employée.

Sections et courtines

en faisant converger leur tir sur elle. Ainsi s’exprime Vitrin e : (I, 5, 4, 3) : « Intervalle v, autem turrium ita sunt facienda, ut ne longius sit alla ab alla s agit (œ missione, uti, si qua oppugnetur, tara a turrium quæ erunt dextra ac sinistra scorpionibus reliquisque telorum missionibus liostes rejiciantur. »

D’une arête à l’autre, le mur de la courtine mesure en moyenne 4 m. 20 à 4 m. 70 d’épaisseur.

Deux hommes armés se promenant sur sa crête pouvaient s’y croiser sans embarras, comme le veut Vitruve (I, 5, 42) : <( Crassitudinem autem mûri ita faciendam censeo, ut armati homines supra obviamvenientes alius alium sine impeditione præterire possint ». Suivant le commandant de Rochas d’Aiglun (1), l’épaisseur la plus grande qui ait été indiquée pour les murs exposés aux coups des lithoboles a été de 5 mètres. Philon de Byzance écrit : « On doit donner aux murs au moins 10 coudées (15 pieds ou 4 m. 54) d’épaisseur ». C’est, à peu de différence près, tantôt en plus, tantôt en moins, l’épaisseur des courtines à Mantinée. — On retrouve le même genre de mur dans l’enceinte du Pirée, autour de la presqu’île d’Héétioneia, fortifiée par Conon en 393-394 (2).

En arrière de cette ligne externe, à 4 m. 20 ou 4 m. 70 dans l’intérieur de l’aréa (mesures prises de l’ai'ête externe des courtines), règne un contre-parement parallèle au précédent qu’il accompagne dans tout son parcours.

D’une épaisseur moyenne de 45 centimètres, il consiste en une ligne de pierres longues de 1 m. à 1 m. 30, dont la crête aflleure un peu plus bas que le niveau supérieur du parement externe. Entre ces deux lignes, un blocage (Xi6oXôy-r|p.a) composé de moellons et de terre mêlés remplit l’intervalle des deux parois de pierres. Ce genre de construction rappelle celui de beaucoup de remparts helléniques, en particulier ceux des Longs murs d’Athènes et de la presqu’île d’Héétioneia. Nous l’avons retrouvé à Tégée et les archéologues de l’École anglaise l’ont aussi observé à Mégalopolis.

A Mantinée, une particularité a frappé tous les voyageurs :

(1) Principes de la fortifie, antique, p. 13.

(2) Voy. les inscriptions trouvées sur ce point par M. Bernay, lieutenant de vaisseau, et publiées par M. Foucart (Bull, de Corr. hellén., XI, p. 129 sq). Les fouilles ont dégagé une partie du mur et la porte (H. Léchât, ibid , XI, p. 200). Le mur est composé, comme à Mantinée, d’une ligne double remplie de blocage. Son épaisseur moyenne est de 5™15.

l’assiette de la ville. — l’enceinte fortifiée.

c’esf que, sur toute l’étendue du circuit, le niveau supérieur se maintient sensiblement égal, quelles que soient les variations de la hauteur du front d’escarpe au-dessus du sol ondulé (1). D’autre part, on ne retrouve pas aux abords de l’enceinte, sauf aux endroits où les parements inférieurs eux-mêmes se sont disloqués et effondrés sous la poussée des broussailles ou ont été déchaussés par les hommes ou par la rivière, d’amas de pierres écroulées qui auraient pu, comme à Messène, provenir des parties supérieures des remparts.

Cette remarque a induit ceux qui l’ont faite à admettre que, dans l’antiquité, le mur de pierre n’était pas plus haut qu’aujourd’hui. Il servait donc de support ou de socle [Wr^k) au rempart lui-même, lequel était construit en brique crue, comme celui de la vieille Mantinée (2). Mais, en 371, on avait pris la précaution de le surélever davantage sur une base indissoluble, au-dessus de toutes les crues, naturelles ou artificielles, de l’Ophis. Quant à la partie supérieure, il était à la fois plus économique, plus rapide et même plus sur de la construire en brique crue. Au dire de Pausanias (3), l’argile moins cassante et plus molle résistait mieux aux coups de bélier que les pierres de taille : en effet, quelques pierres déboîtées ou fracassées entraînaient, la chute de celles qu’elles supportaient et la brèche se produisait. Au lieu que la masse compacte et liée de l’argile se maintenait en place tout autour de la trouée. Au reste, les textes anciens et les découvertes archéologiques attestent que ce mode de construction était très commun en Asie et en Grèce, dans les habitations privées, les édifices publics et les ouvrages militaires (4).

(1) Voy. p. 138, fig. 20 el p. 161. fig. 35.

(2) J’ai retrouvé à l’entrée de plusieurs portes, en particulier à celte de la porte F, une masse d’argile qui provenait sûrement des parties hautes du rempart. De même à l'intérieur de certaines tours.

(4) Exemples à Troie, Mycènes, Tirynthe (Voy. Perrot. Hist. de l’Art,, t. VI. p. 729), àOlympie (l’Héraion), à Athènes et Éleusis (Choisy. Ét. f'pigr.). Nous a\ons retrouvé, M. Bérard et moi, un fragment de rempart de Tégée tout à fait semblable à celui de Mantinée. En Asie, Xénophon ( Anab ., 111, 4, 7, 10) décrit les murs de la ville de Larissa, sur les bords du Tigre. Ils avaient 25 pieds (7“,70) d’épaisseur sur 100 de hauteur (30m), et deux parasanges (60 stades de tour). Ils étaient en briques, mais leurs fondements étaient en pierre de taille jusqu’à la hauteur de 20 pieds (6ml6). Un peu plus loin, il donne sur la citadelle de Mespila des indications analogues. La base du mur était en pierre coquillière ; elle avait 50 pieds (I5“,40) d’é aisseur et autant de hauteur. Sur ce soubassement s'élevait un mur de briques de 50 pieds (13'D,40) de largeur sur 100 de hauteur. Le circuit était de six parasanges (180 stades). Cf. le mur des Platéens décrit par Thucydide (III, 21).

Mantinée. — H.

MANTINÉE ET l’âRCADIE ORIENTALE.

La coupe ci-jointe fait ressortir la façon dont, on dut procéder pour rétablissement du rempart. On commença par creuser un fossé de 4 m. 70 environ de largeur sur une profondeur de .1 m. 1/2 à 2 m. On établit ensuite contre la berge extérieure le parement de front, en manière de soutènement ; on remplit le vide de blocage et l’on borda la berge intérieure avec le contreparement. Sur la plate-forme ainsi obtenue on superposa le massif de briques crues.

Fier. 22.

Schéma" de la construction du rempart.

Tours Les tours de flanquemenl sont elles-mêmes de dimensions flanquement, très inégales, comme on en jugera d’après le tableau de la page 150. Le front mesure en moyenne de 6 m. 50 à 6 m. 80, et la saillie en dehors de la ligne externe des courtines de 4 m. 50 à 5 m. Toutes les tours de flanquement sont carrées. Elles ne doivent pas être confondues avec les tours ou les bastions des portes, dont les formes sont très variées.

On peut s’étonner que la forme circulaire, adoptée pour le tracé général, ait été abandonnée dans les tours de flanquemenr. Elles sont toutes carrées. Les tours rondes font partie de la défense des portes. Les auteurs de traités spéciaux recommandent cependant pour les tours le tracé circulaire, demi-circulaire, peütagonal ou hexagonal, de préférence à la forme carrée. Vitruve motive ainsi son opinion : « Turres itaque rotundæ aut potygoniæ snnt Jaciendæ ; quailratas en un machinæ celerius dissipant, quadrangulos arietes tundendo frangunt » (I, 5, 44). Les tours convexes avaient donc l’avantage de résister mieux aux coups de bélier ou aux projectiles, qui poussaient vers le centre les pierres taillées en coin. De plus, elles permettaient, pour les machines qu’elles abritaient, le tir dans toutes les directions. Si donc, on leur a souvent préféré les tours carrées, malgré leurs inconvénients, c’est uniquement, comme l’observe

l’assiette de la ville. — l’enceinte fortifiée.

M. de Rochas d’Aiglun (1), parce que leur construction était plus facile, plus rapide et plus économique. Il suffisait d’épanneler la surface extérieure des blocs, sans qu’on fût obligé de les tailler en coin.

Le plan et la structure des tours flanquantes présentent des particularités qui méritent d’être signalées. Il y a deux sortes de tours : les tours simples et les tours à poterne. Je reparlerai plus tard de celles-ci. La construction est la même : leurs dimensions seules et l’existence de la poterne latérale les distinguent. Le croquis ci-contre donne un spécimen de tour ordinaire, qui me dispensera de longues explications.

Fig. 23.

Tour sans poterne (Ligne B C : la 4® à l’E. à partir de la porte B).

On remarque que le front saillant des tours se compose d’assises redoublées en pierres de taille, d’une épaisseur triple de la ligne externe des courtines. De plus chaque tour communique avec l’intérieur de la ville par un couloir étroit percé à travers le rempart. Il résulte clairement de ce dispositif et des dimensions restreintes de l’intérieur au rez-de-chaussée (4 m. 50 sur 2 m. 45) que, au dessus de la porte et de la courtine, les étages supérieurs de la tour étaient à cheval sur le chemin de ronde.

La terrasse de la tour formait un rectangle de 8 m. 35 de flanc sur 6 m. 70 de front, soit de 55 m- 'i- 885. Comme celles des courtines, les parois des tours étaient en briques crues, reposant sur un socle de pierres.

(!) Forlif. cmliq., 18.

L’intérieur restait creux. Or, ces parois d’argile de 1 ni. 60 d’épaisseur sur le front peuvent sembler bien minces, comparées au rempart de 4 m. 30; on serait tenté de croire que ces saillies ne constituaient que des renforcements apparents , dissimulant autant de points faibles. Le bélier, en les ébranlant et renversant comme des châteaux de cartes, aurait eu vite fait, semble-t-il, de les transformer en brèches. Mais, à y regarder de près, on s’aperçoit que les constructeurs ont tout prévu et ont obvié à tout par des moyens très simples. D’abord, ils se sont bien gardés de diminuer l’épaisseur du rempart pour augmenter l’espace intérieur des tours au rez-de-chaussée, comme l’ont, fait ceux de Mégalopolis (1), où l’on observe la disposition suivante :

Fig. 24.

Ce dispositif est très défectueux, parce qu’il évide le rempart et qu’en cas de chute, la tour entraîne avec elle la portion de courtine à laquelle elle est soudée (2). A Mantinée, le rempart gardait toute sa puissance derrière la tour. Quant à la porte et au couloir d’entrée, en cas de chute de la tour, ils se seraient vite trouvés bouchés par les décombres et n’eussent offert aucune ressource à l’ennemi. Un autre avantage de cette construction était de barrer le chemin de ronde en le faisant passer par de petites portes, aisément défendables, ouvertes aux flancs de la tour à hauteur des courtines ; par suite, d’isoler la courtine contiguë, au cas où elle serait escaladée par l’ennemi: celuicifpris sur le chemin de ronde entre deux tours, n’aurait guère pu bénéficier de son audace. D’ailleurs, ce dispositif correspond exactement à celui que décrit Thucydide à Platées (111. 21). On peut donc reconstituer le rempart de Mantinée comme le montre la ligure 23, tout en reconnaissant que la restauration de la superstructure est tout à fait arbitraire et reproduit surtout celle des remparts de Messène (3).

(1) Loring, Excavations ai Mégalopolis, p. 1U8, lig. L.

(2) Pour remédier à cet inconvénient, on imagina des tours simplement appliquées contre le rempart, et non attenantes à lui. J’en ai encore vu à Nicée qui se sont peu à peu détachées de la courtine sans l’entraîner dans leur ruine.

(3) Voir aussi la superstructure du rempart de Lépréon, décrite par Boutan. Mémoire sur la Triplv/Ue.

l’assiette de la ville. — l’enceinte fortifiée.

L’intérieur des tours renfermait les escaliers de bois qui conduisaient au chemin de ronde, aux paliers correspondant aux. meurtrières et à la terrasse supérieure. L’étage inférieur, resserré entre le rempart et le front de la tour, ne pouvait guère contenir que les escaliers; mais, au-dessus de la courtine, les chambres devenaient plus spacieuses et pouvaient abriter un certain nombre de tireurs et d’engins de défense.

Sur le nombre des tours de flanquement les voyageurs ne sont pas d’accord. Ross en comptait 129 ou 130, Gell 116, Leake 118, Curtius environ 120 d’après Puillon-Boblaye (1). Ces divergences s’expliquent par les lacunes du tracé en certains points, et parce que l’on n’a pas nettement distingué les tours de flanquement de celles qui appartiennent à la défense des portes. Sur plusieurs points, entre autres aux environs des portes E et I, le tracé est devenu presque invisible. Les tours y sont complètement ruinées ; nous n’avons pu en fixer les emplacements qu’en étudiant de près les levées de terrain produites par leurs arasements. Le tableau ci-contre donne tous les chiffres intéressants, le nombre et les dimensions des sections, courtines et tours.

(I Rech. géographiques, )>. 139.

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Tour restaurée

(vin- prise à l’intérieur du rempart).

Tour à poterne restaurée (profil extérieur avec coupe du rempart).

Statistique de l’enceinte de Mantinée.

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