CHAPITRE IV
la ville; les rues; l’agora; les monuments.
Influence du tracé sur la topographie intérieure.
L'intervallum.
Les secteurs et les quartiers.
On a vu les raisons qui imposaient aux constructeurs du rempart le tracé elliptique divisé en 10 sections par les ouvertures des portes. Cette disposition du périmètre devait forcément influer sur la topographie de la ville ; le plan intérieur résultait de la figure générale. Mais, malgré la régularité que permettait un terrain presque uniformément plat, la Nouvelle Mantinée échappait, grâce à sa forme circulaire et allongée, à la monotonie des villes géométriques dont les rues se coupent à angles droits. On peut en reconstituer les grandes lignes comme suit.
D’abord, quand on avait franchi les portes, on débouchait sur un boulevard circulaire ou inîerrallum, qui longeait intérieurement le mur et reliait entre elles les portes de la ville, celles des tours et les escaliers ou rampes donnant accès au chemin de ronde. La nécessité d’une pareille voie pour le service du rempart n’a pas besoin d’ètre démontrée : l’ouverture de toutes les portes des tours en prouve surabondamment l’existence. Elle seule rendait possible l’utilisation de Mantinée comme camp retranché et permettait la sortie simultanée de forces considérables, soit par les poternes des tours soit par les portes de la ville. C’était là que se préparaient les manœuvres comme celle qu’exécuta Philopœmen en 192, et que les troupes s’ordonnaient avant de passer en plaine.
Au delà de chaque porte, les voies suburbaines se prolongaient à l’intérieur par 10 rues principales, qui devaient aboutir à une grande place publique située au centre de l’ellipse. Telle était la disposition logique, à priori, et telle est celle que les fouilles
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ont permis de constater. Ces rayons convergents divisaient l’aire intérieure en 10 secteurs, dont l’écartement correspondait à la longueur de l’arc respectif du rempart ; ces arcs, déterminés par la répartition des portes sur les points où aboutissaient les routes, étant inégaux, les dimensions des secteurs variaient en conséquence. Une inscription nous apprend l’existence de 5 tribus qui représentent les 5 quartiers de la ville (1); peut-être chacun de ces quartiers comprenait-il deux secteurs : le plus vaste de ces secteurs , limité par les portes I et K, renfermait sans doute des espaces inhabités, jardins ou terrains vagues.
Nous avons retrouvé, dans le voisinage des portes et suivi sur un parcours plus ou moins long les traces de quelques dallages de rues. L’intérieur de la porte G est complètement dallé, et l’on remarque encore les lignes d’ornières creusées par les chars (2). De même à la porte K, l’angle du mur intérieur portait la trace d’entailles produites par les moyeux des chars. Les dallages de l’intérieur se réduisent en général à une faible largeur de 0 m. 75 à 1 m. ; les roues les débordaient des deux côtés ; ils paraissent à certains endroits, comme au centre de l’agora, légèrement creusés au milieu pour l’écoulement des eaux du théâtre. D’autres amorces de chaussées, près de l’agora, sont simplement empierrées et l’une d’elles est bordée de trottoirs sur une trentaine de mètres. Vu les remaniements qui ont bouleversé Mantinée, on ne saurait prétendre que ces dallages représentent un travail hellénique.
Les vestiges de ces voies, tels que nous les indiquons sur le plan, prouvent bien que les rues parties des portes venaient aboutir à l’agora. Cependant, le dallage de la porte G se dirige vers la porte D sans passer par l’agora. Cela nous permet de
(1) Foucart, lncr. du Pélop., n° 352 p. Les tribus sont énumérées dans l’ordre suivant : Épaléa, Ényalia, Hoplodmia, Posoidaia (voy. p. 286-287), Anakisia. Comme l’a reconnu M. Foucart, ces noms correspondent à ceux des sanctuaires situés dans chaque quartier : la position suburbaine du temple de Poséidon donne l’emplacement de la Posoidaia, au Sud, entre les portes F et H. Pour les autres, on peut remarquer ceci : le temple de Zeus Hoplodmios se trouvait peul-être dans la partie septentrionale de la ville, du côté de Méthydrion, qui possédait un culte d'Hopladamos (voy. plus bas, p. 297) ; on placerait alors 1 Hoplodmia entre les portes H et K ; de même l’Épaléa se placerait du côté de la porte d’Aléa, entre les portes B et D. La place des deux autres pourrait se déduire de l’ordre de l’énumération.
(2) Ces ornières indiquent une largeur entre roues de l“5ü.
Rues.
Agora.
retrouver la place de 2 carrefours où cette rue s’embranchait avec les rues conduisant à l’agora. (V. le plan). Sur la disposition des rues plus ou moins concentriques reliant entre elles les voies rayonnantes, le terrain ne nous a fourni aucune indication.
Si l’on rejoint sur le plan, par des diagonales, toutes les portes de la ville, ces lignes viennent se croiser, avec autant de précision que le comporte l’irrégularité de la figure générale, en un point situé un peu à l’Est du centre géométrique de la dite figure. Seule la ligne HB reste en dehors du point de croisement, mais cette ligne n’est pas une diagonale : le grand axe, qui joint H et C, traverse au contraire exactement le point de croisement. C’est donc ce carrefour des diagonales aboutissant aux portes qui a déterminé le centre politique de la ville ; ce n’est pas le centre géométrique de l’ellipse, qui se trouve à environ 60 mètres de là. Telle est l’explication certaine de la position légèrement excentrique de l’Agora. Mais, de toutes façons, cette Agora devait être cherchée vers le centre et non dans la région septentrionale, comme Curtius l’avait admis d’après l’ordre apparent de la description de Pausanias (1). L’emplacement réel était donc le mieux approprié aux besoins de la circulation par les voies les plus fréquentées, la voie carrossable qui allait de G (porte de Tégée) en B (porte d’Orchomène par Maira) et les chemins muletiers de Nestané-Argos ou de l’Alésion (porte E) à l’Arcadie septentrionale (porte A). Coïncidence qui n’a rien de fortuit : les limites de l’agora sont exactement comprises entre les lignes FA, GB, GC, EA.
Les agoras des villes grecques affectaient d’ordinaire une forme rectangulaire. C’étaient des places irrégulières entourées de portiques et de bâtiments publics entre lesquels pénétraient les trouées des rues. C’est ce que Pausanias appelle le type archaïque ; il en cite des exemples, l’agora d’Elis et celle de Pharai, en Acliaïe (2) ; l’agora du Céramique, à Athènes, rentrait aussi dans la même catégorie (3). Les agoras modernes, dites de type ionien, étaient construites de toutes pièces ; c’étaient
(1) Pelop. I, p. 238.
(2) (VI, 24, 2): 'H os àyopà xotç ’HXetotç où xaxà xàç ’Iojvwv xaï osât ■xpoç Tema ■jioXstç eitrïv 'EXXrjvtov, xpoTrw Se 7ieuot7]xat xù ap^atoxépto, oxoaïç xe axto àXXyjXtov oiecxcocat; xaï ayutatç St’ aùxwv. — ( Ib ., VII, 23, 2) : ITe ptëoXoç S'e àyopaç u.éya; xaxà xpoixov xbv àpyaibxepov ètmv Iv «fapaïç.
(3) Curtius, Sladlgeschichte Athens, p. 171. Pausan. I, ed. Hitzig et Blümner (1896), pl. II et suiv.
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moins des places publiques, que des cours ou péristyles, formant un parallélogramme régulier entouré d’une bordure continue de portiques (1).
L’agora mantinéenne se rattache au premier groupe, dont elle est actuellement le plus complet spécimen. Quoique reconstruite en partie à l’époque romaine, elle reproduit encore les dispositions primitives signalées par Pausanias : un périmètre irrégulier, bordé de portiques non continus, entre lesquels débouchent les rues. L’ensemble du rectangle mesure environ 150 mètres de longueur sur 85 de large. Comme le Forum romain, cette place semble s’être substituée à un ancien marais, qui a reparu dans les temps modernes (2).
L’agora, cœur de la cité, rendez-vous des citoyens qui venaient y discuter les affaires publiques, et des marchands qui y apportaient leurs denrées, devait être aménagée de façon à satisfaire à sa double destination, comme lieu de réunion des assemblées populaires et comme marché. A cela s’ajoute le caractère sacré qu’elle tient de la présence des dieux et des héros, protecteurs ou fondateurs de la ville, souvent invoqués dans les débats publics. Tous ces éléments se retrouvent sur l’agora de Mantinée. Les constructions de l’époque romaine avaient sans doute renouvelé le cadre de l’agora contemporaine de Lycomèdes, mais elles respectèrent l’emplacement et les édifices les plus vénérés.
Parmi les constructions destinées à la vie publique, nous citerons d’abord le théâtre. C’est lui qui ferme à l’Ouest l’aire de la place. A Mantinée comme à Tégée, on avait préféré construire le théâtre en pleine ville, plutôt que d’aller chercher au loin l’appui économique d’une colline naturelle. On y trouvait l’avantage de faire servir le théâtre non pas seulement aux représentations dramatiques, mais aussi aux assemblées populaires. C’est pourquoi le théâtre, dans ces villes, devient partie intégrante de l’agora et organe essentiel de la vie publique.
1° L'analemma. — Le théâtre de Mantinée, édifié sur terrain plat, est une œuvre toute artificielle. Pour étayer les gradins, on commença par élever un monticule appuyé sur un gros mur de soutènement ou àviXi^pia. L’appareil de ce mur, en gros blocs
(1) Voy. Saglio. Dicl. des Antiq. art. Agora.
(2) La profondeur de certaines fondations nous fait croire à l’existence très ancienne de ce marais.
Théâtre
polygonaux, rappelle celui des remparts. Il est demi-circulaire et la concavité regarde vers l’Est. Cette orientation faisait que les spectateurs tournaient le dos au soleil couchant, dont les rayons obliques sont particulièrement gênants. L’arc décrit par l’àviXTijAaa décrit un peu plus d’une demi-circonférence, avec un rayon de 33 m. 50, autour d’un centre situé à 4 m. 05 à l’ouest du centre de l’orchestre. Le tracé de cette circonférence présente aujourd’hui quelques irrégularités, dues sans doute aux déplacements des blocs qui ont cédé sous la poussée delà cavea. Le mur s’est écroulé avec la plus grande partie du blocage intérieur et des gradins. Il ne s’élève plus, au point le moins endommagé, près de l’escalier Ouest, qu’à 3 m. 62 au-dessus du sol antique, dont, l’empierrement est reconnaissable. La hauteur primitive devait être 4 fois plus grande. Peut-être doit-on admettre que la partie subsistante représente un socle de pierres analogue à celui du rempart, et que la partie supérieure était en brique crue, suivant l’usage courant à Mantinée.
Dans la plupart des théâtres grecs, les gradins, du côté de la scène , sont limités par deux murs latéraux (7vapacrrâ8eç) qui convergent vers le centre de l’orchestre. Ici, la disposition de ces ailes est très irrégulière. L’àvâXi)|j<.fjt.a ne forme parastade que pour la partie supérieure de la cavea, située au-dessus du Si(xÇ(j|Aa. De plus, il y a manque de symétrie entre l’aile Sud et l’aile Nord. La première déborde la seconde et s’avance à l’Est, en dessinant une saillie brisée en un angle obtus, dont les côtés sont parallèles aux murs de deux édifices voisins.
Ces deux bâtiments existaient sans doute antérieurement à la construction de l’analemma : comme c’étaient deux temples, on n’osa pas y toucher, et l’analemma de l’aile S. dut épouser leurs contours.
D’autre part, les deux parastades figurées sur notre plan (fig. 37) par deux lignes noires portent la marque d’une construction
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plus récente faite avec des matériaux disparates, ainsi que les deux escaliers N.-E. et S.-E. Toutes ces parties ont été évidemment remaniées à la hâte, sans homogénéité, et de la manière la plus économique, puisque dans l’escalier N.-E., par exemple, on encastra une colonnette ayant appartenu â quelque édicule, peut-être aux Propylées voisins.
2° LexoïXov. — Les mêmes disparates se remarquent dans la construction du xoïXov. Certains gradins sont en marbre, d’autres en calcaire blanc. Les gradins reposent sur un blocage noyé
dans de la terre et de la chaux. Mais les gradins taillés pour servir de sièges, ne partent pas du niveau même de l’orchestre. Ils en sont séparés par trois marches lisses de 0m40 de hauteur. Les petits escaliers qui divisent les gradins en xspxfôeç ne commencent qu’au-dessus de la troisième marche, sans descendre jusqu’à la xoviVrpa. Il est évident que ces trois marches ne servaient pas de sièges, mais de soubassement destiné à exhausser les gradins au-dessus de la conistra. Ainsi les spectateurs assis sur le premier rang des sièges avaient les pieds posés sur la troisième de ces marches. Le premier rang de gradins était réservé aux autorités; une inscription gravée sur la troisième marche indique l’endroit au-dessus duquel les membres de la gérousia devaient s’asseoir (10 à 12 places) : ils avaient donc les pieds posés sur ladite inscription.
Fig. ns.
Socle et gradins inférieurs du théâtre d'après une photographie de l'Institut archéologique allemand.
Il n’y avait pas de sièges à dossier, comme à Athènes ou à Épidaure. Les gradins sont tous semblables, et d’une extrême simplicité. Ils se divisent en deux parties : l’une postérieure et creuse destinée aux pieds du spectateur placé au-dessus, l’autre un peu exhaussée et servant de siège (fig. 39). Sur l’un
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d’entre eux, malheureusement brisé et déplacé, nous avons lu des lettres de l’alphabet, qui servaient probablement, comme à Athènes, à désigner les places. Elles se lisent MeQ, peut-être le début de MeôuSpiéwv, d’où l’on pourrait conclure que des places d’honneur étaient réservées aux habitants ou aux métèques de Méthydrion ? (fîg. 39 6).
Nous avons retrouvé les marches inférieures ul es huit petits escaliers qui divisaient les gradins en 7 xepxîSeç. Aux angles de ces escaliers, le gradin est orné d’un grossier relief simulant le pied d’un siège (fig. 39, a). Toute trace de BixÇa>p.a a disparu. S’il y en avait un, il était au-dessus de la partie actuellement subsistante du xoiXov.
3°. — Escaliers extérieurs. — Ce qu’il y a de particulier dans la construction du théâtre, c’est le système des escaliers extérieurs. Il y en avait un attenant à chaque aile. Celui de l’aile N, dont il ne reste plus en place que cinq marches et qui semble avoir été ajouté à la construction primitive, était compris entre ràvxÀ7]tAu.a et un mur de renfort coupé à angle droit. Il conduisait de l’entrée N. -O. de l’agora au BiàÇwpx et de là aux gradins supérieurs. Celui de l’aile S. dont nous n’avons retrouvé que deux marches montait de la -rcâpoBoç, dans l’espace réservé entre la saillie de et la masse des gradins. |Par suite de
cette disposition, s’il manquait du côté N. une 1/2 kerkis à la zone supérieure des gradins, l’aile Sud de la même zone avait 1/2 kerkis supplémentaire.
A l’Ouest, dans la partie convexe de râvâXT]pi.aa, un escalier pénétrait par derrière le théâtre dans l’épaisseur du mur. Nous en avons retrouvé la cage, construite en très bel appareil polygonal. D’abord, deux marches partant du niveau de la chaussée
Fig. 39.
Profil d’un gradin à l’angle d’un escalier.
Surface supérieure d’un gradin avec inscription.
Ki?. 40.
Vue du théâtre, prise de l'aile Sud.
Il en était de même d’un autre escalier trouvé à la partie S. O. du périmètre. Il contournait le parement extérieur de rivaX-r^a et s’enfonçait, aussi sous les gradins pour déboucher dans le xotXov. Il n’en reste que 4 marches. Une petite chapelle de la Vierge avait été installée à cet endroit par les modernes. Aussi les paysans désignaient-ils sous le nom de «Panaghia » la butte du théâtre. On voit que ces diverses issues assuraient avec une certaine facilité le dégagement des gradins et la sortie des spectateurs.
4°. — Orchestre. — Le pourtour de l’orchestre est une fraction
antique, dont le macadam subsistait en partie, conduisent à un premier palier dallé. Puis, l’escalier tourne à angle droit vers le Sud. Cette seconde partie comprend 12 marches, dont la dernière aboutit à la terrasse demi-circulaire qui couronne ces ruines. Nous supposons que cet escalier menait, par un passage couvert pratiqué sous la masse des gradins, au SiotÇwp:.
Anchisia.
Gourtzouli .
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de circonférence d’un rayon de 10 m. 83, avec un centre particulier. L’aire intérieure devait être simplement sablée (xov.cr-^piov) ; nous n’y avons trouvé trace ni de dallage ni de thymélé.
Fig. il.
Cage de l’escalier Ouest (d'après une photographie de l’Institut archéologique allemand).
Deux rues, dont le dallage a été retrouvé, aboutissaient entre les angles de la scène et ceux du xoTXov. Elles servaient sans doute d’ûSpayojyeta, car nous n’avons retrouvé ni dans l’orchestre ni dans les -ripoSc. de traces de dispositions spéciales pour assurer l’écoulement des eaux. Il est vrai que tout cela a été encombré et bouleversé par des constructions ultérieures.
3°. — Scène. — Nous avons dégagé les fondations des trois murs de la scène. LeTîpoTxyv-ov est très irrégulièrement construit et bizarrement orienté. Le second mur se trouve bien, comme le veut Vitruve dans son diagramme du théâtre grec, sur la tangente de la circonférence de l’orchestre, mais cette tangente
n’est point parallèle à la ligne des àva^[xfx.ax«. Elle oblique sensiblement vers le Sud-Est, en sorte que l’angle N. de la scène n’est éloigné de l’angle de l’orchestre que de 2 m. 35, tandis que l’angle Sud est distant de l’angle correspondant de l’orchestre de 4 m. 65. Cette étrange disposition qui place la scène de travers par rapport aux gradins est, sans nul doute, la conséquence du défaut de symétrie dans la construction des ailes du théâtre. Comme l’aile Sud déborde sur l’aile Nord, il était nécessaire d’obliquer la scène du côté du plus grand secteur.
Le mur du 7rpo<rx.yjviov mesure 21 mètres 07 de longueur. Il se compose de deux assises de calcaire blanc, de formes et de provenances diverses, ajustées après coup et probablement empruntées à des édifices plus anciens. L’assise inférieure, la plus large, repose sur des fondations peu profondes (1). Elle est conservée dans toute sa longueur. L’assise supérieure ne subsiste que dans la moitié Sud. On y remarque les trous de scellement et les traces des bases de colonnes qui décoraient, comme à Epidaure et à Oropos, le mur du Tvpoffx-qviov tourné vers les spectateurs. Elles étaient distantes de 1 m. 35, ce qui porte leur nombre total à 16. Neuf seulement ont laissé des traces.
Au milieu de ce mur est une entaille. Là était la porte. La trace des montants est encore visible sur le côté gauche. Cette porte avait environ 1 m. 50 de largeur. Elle existe à Epidaure à la même place. Elle mettait en communication l’orchestre et l’üTTOffxijviov. Sur l’assise inférieure, à gauche de la porte, od lit, gravée sur la pierre en lettres de 0 m. 08 l’inscription suivante, Eli 12 0, dont le sens nous échappe.
Derrière le irpoaxTjvtov, il y avait une vaste salle qui représente la <7X7)V7].
Tous ces murs sont construits en moellons ajustés avec de la terre et de la chaux. Ils ont été faits à la hâte, sans soin, avec des matériaux quelconques ; on a voulu bâtir vite, par le procédé le plus économique. Si 1’àvàX^p.p.a paraît bien être de l’époque grecque, contemporain des murs d’enceinte, les parastades, une partie des gradins, les œuvres de la scène et des escaliers latéraux sont des remaniements plus récents. La présence de la chaux dans le blocage qui sert de soubassement aux gradins, la forme des lettres relevées sur plusieurs de ceux-ci, enfin la nature même
(1) Le AeXtc.ov àoyouol. (Mars 1890), annonçait que MM. Gardner et Loripg ayaiept mis à nu, jusqu'à une profondeur de 3 piètres, les fondations de la scène dp ItJaqfjnée : c’est, ep réaljté, de JMégalppqlis qu’il devait s’agir.
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des matériaux employés en sont autant de preuves. Seul, l’escalier postérieur, dont les parois polygonales sont ajustées sans ciment, avec une admirable précision, appartenait à la construction de ràvâXTjg.g.a primitif (voy. fig. 41).
Toutefois, s’il est difficile de reconstituer le plan originel, on peut admettre que les remaniements concordent en partie avec la théorie exposée par M. Dœrpfeld sur la construction de la scène à l’époque romaine (1). M. Dœrpfeld soutient que, dans les théâtres grecs, les acteurs parlaient au niveau de l’orchestre, en avant du proscénion, qui servait de fond décoratif. Quand on voulut, à l’époque romaine, les établir sur une estrade surélevée, on le fit, dit-il, en creusant l’orchestre tout autour des gradins et en ménageant en avant du proscénion, une manière de terrasse qui se trouvait ainsi située au même niveau que les gradins. Or, à Mantinée, l’orchestre paraît avoir été effectivement creusé, mais l’existence d’une terrasse ou estrade, en avant du proscénion, me semble impossible, parce que, si étroite qu’on la suppose, elle serait venue complètement intercepter les parodoi, qui mesurent seulement 2 m. 35 de largeur, comptée, à l’aile N. entre l’angle du proscénion et la parastade, au Sud entre l’angle du proscénion et l’escalier S. E. Les choses au contraire s’expliquent d’elles-mêmes, si l’on admet que les acteurs parlaient en haut du proscénion, sur le Aoyeïovtel qu’on se l’était toujours figuré. Je ne crois pas, à vrai dire, que le proscénion de Mantinée ait été construit avant l’époque hellénistique. Peutêtre, au IVe s., les acteurs jouaient-ils soit sur le sol même de l’orchestre, soit sur une estrade basse, en avant de la scène alors située à la place du proscénion actuel. La construction du proscénion en pierre, dont le plancher supérieur servait de scène au sens moderne du mot, c’est-à-dire de XoysTov où parlaient les acteurs, fut obtenue par un procédé original. On creusa le sol primitif de l’orchestre, et l’on disposa sous le premier rang des gradins inférieurs, un soubassement de trois marches, de façon à mettre les spectateurs de ce gradin au niveau de la scène nouvelle. Les trois marches représentent une hauteur de 1 m. 22 audessus du niveau de l’orchestre, laquelle, ajoutée à la hauteur du premier gradin (0 m. 40) et à celle du buste du spectateur (0 m. 75 environ), mettait l’œil de celui-ci à 2 m. 40 au-dessus de la conistra. Par suite, on peut évaluer à 2 m. 50 environ la
(1) Dorpfeld et Reisch. Ber griech. Theater, p. 388.
Bouleutérion.
hauteur du proscénion : c’est justement, à quelques centimètres près, celle du proscénion dans les théâtres d’Oropos et d’Épidaure (1).
Ces explications ne préjugent en rien la solution de la fameuse théorie de l’existence ou de l’absence du XoyeTov à l’époque classique. Notre théâtre ne nous fournit aucun indice matériel à ce sujet. Mais le dispositif ci-dessus décrit me paraît exclure l’existence d’une terrasse qui aurait empiété sur le sol de l’orchestre en avant du proscénion.
Le théâtre servait aux réunions de l’assemblée populaire. Le local où siégeait le Sénal mantinéen était également situé sur l’Agora, à 78m au Sud-Est de l’angle méridional de l’analemma. Cet édifice, le mieux conservé et le mieux construit de tous ceux que nous avons dégagés, se présente comme un grand rectangle de 35m de long sur 19m de profondeur. Sa façade est tournée vers le Nord, et donne sur l’Agora. Elle se décompose en un corps de bâtiment central flanqué de deux ailes en saillie, le tout clos vers le Sud par un gros mur de fond. L’entrée était au milieu du corps de bâtiment ; à droite et à gauche se trouvaient des statues tournés vers l’Agora et dont plusieurs hases ont été retrouvées en place (voy. fig. 42).
(1) Ibid. pl. VI.