‹ Mantinée et l'Arcadie orientaleChapitre 25 sur 73 · LA. VILLE ; LES RUES ; L’AGORA ; LES MONUMENTS · texte numérisé non relu

LA. VILLE ; LES RUES ; L’AGORA ; LES MONUMENTS

Les fondations de la partie centrale et des ailes présentent un très bel appareil hellénique, en blocs quadrangulaires à bossages de lm de long (Voy. l’appareil représenté par la fig. 43). La matière de ce soubassement intérieur est un conglomérat de petits cailloux agglutinés dans de la terre dure, mais qui se détachent facilement. Cette matière abonde dans le sous-sol de Mantinée qui, à certains endroits, ressemble à un lit de rivière. Prise en masse, elle offre une certaine consistance et pouvait être employée dans les constructions.

Voici, du côté de l’Ouest où il est le mieux conservé, l’appareil du mur extérieur :

Fig. 43.

Appareil du Bouleutérion (côté Ouest).

Ici encore, on retrouve le même mode de construction que pour les remparts et pour l’Héraion. Les parois latérales et le mur de refend intérieur étaient en briques crues sur un socle de pierre. La masse d’argile retrouvée à l’intérieur de l’édifice ne laisse aucun doute à ce sujet.

Au-dessus de ces fondations reposaient des assises de belles plaques en calcaire blanc de Mantinée, taillées, ajustées et parées avec le plus grand soin. Il ne subsiste que des fractions de la plus inférieure de ces assises, à l’aile E ; mais les trous de scellement creusés à la partie supérieure prouvent qu’une seconde et peut-être une troisième assise, en retrait les unes sur les autres, se superposaient à la première. Il est très regrettable qu’aucun fragment de l’assise supérieure n’ait pu être retrouvé, car on y eût certainement observé les traces d’une colonnade. Toute cette partie antérieure du corps central et des ailes formait un péristyle ouvert sur l’agora. Le mur n’était plein que sur les côtés et dans le fond. Le mur latéral était sans doute en brique crue, reposant sur une double ligne de pierres polygonales.

(1) Voy. plus haut, p. 21-22.

Ce socle reposait lui-même sur des fondations en grosses pierres non équarries.

A cette construction, comprenant seulement le corps de bâtiment central et les ailes, s’ajoutait (1) un portique rectangulaire avec colonnade ouverte vers le Sud. Un double escalier mit en communication cet arrière-corps de bâtiments avec la partie antérieure. Les colonnes de ce portique, dont il ne subsiste que les bases et la naissance du fût, étaient en conglomérat. La partie inférieure du fût devait être, comme celles de la Stoa Philippeios à Mégalopolis, à cannelures rudentées entre arêtes aplaties, et le chapiteau probablement d’ordre ionique. Un revêtement de stuc dissimulait les aspérités de la matière. La colonnade actuelle n’a plus que huit colonnes : deux pilastres la terminent à droite et à gauche. Il semble que, à l’origine, il devait exister dix colonnes sur toute la largeur du bâtiment. En effet, un remaniement postérieur a bouleversé toute la partie occidentale de l’édifice, afin d’y installer une longue salle orientée du S. au N. La porte était précédée de deux colonnes avancées dont on voit les bases et qui supportaient sans doute un fronton décoratif. Le seuil de la porte à deux battants a conservé ses gonds de bronze.

Au-delà d’un étroit vestibule, on franchissait une seconde porte intérieure et l’on entrait dans une grande salle, divisée en deux par une barrière en bois ou une grille dont on distingue les scellements sur une ligne de dalles. Il y avait à l’intérieur contre la paroi orientale, une statue dont la plinthe inférieure subsiste en partie. Au centre, un dallage quadrangulaire marque sans doute la place d’une autre statue ou d’une tribune. Quelle était la destination de cette pièce ? On penserait à l’otxoç d’Antinoüs, orné de statues de ce personnage et de peintures. Mais Pausanias dit expressément que cet otxoç était dans le

(1) Dans notre premier rapport sur nos fouilles yBull. de Corr. hellén , XI, p. 486) nous avions écrit que le style de la colonnade ajoutée était romain. Nous ne connaissions pas alors les colonnes du Philippieion d'Olympie. L'année suivante, M. Dôrpfeld, étant venu voir nos fouilles, fut consulté par nous sur ce point. Il nous dit que de semblables colonnes pouvaient très bien être attribuées à l’époque macédonienne ; il nous cita, comme exemple, ia colonnade du Philippieion. Quelques temps après, étant allé à Olympie, nous eûmes l’occasion de vérifier l’exactitude du rapprochement. Nous rectifions donc notre première assertion. Les fouilles de Mégalopolis ont aussi fait connaître des colonnes tout-à-fait semblables à celles que nous décrivons, dans la Stoa Philippeio. (Encav. at Megalop , pl. XVI).

la ville; les rues; l’agora; les monuments. 177

gymnase. Or, le bâtiment que nous décrivons ne rappelle un gymnase ni par sa forme extérieure ni par ses dispositions intérieures. Mais, si le nom d’Antinoüs doit être écarté, il nous parait néanmoins assez plausible de voir dans cette pièce un sanctuaire aménagé à l’époque romaine en l’honneur d’un personnage important, peut-être un empereur divinisé. Peut-être aussi servait-elle à des réunions fermées ou à un tribunal.

Quant à l’édifice tout entier, ni son orientation, ni son plan ne permettent de lui attribuer un caractère religieux. C’était un bâtiment civil. Nous ne pouvons le comparer à aucun des monuments connus de la classe des palestres ou des gymnases. L’hypothèse d’un portique purement décoratif n’est pas davantage justifiée : la simple inspection du plan montre une intention particulière du constructeur. Trop fermé et trop étroit pour être un simple lieu de promenade, le bâtiment convenait très bien aux réunions d’une assemblée, tribunal ou sénat. Aussi la qualification de BouXeuTTjpiov nous paraît-elle convenir mieux que toute autre à cet édifice. Il fallait au Sénat, aux démiurges mantinéens, un local pour leurs délibérations. A Olympie et à Éleusis, il y avait un Bouleutérion : le plan de ces monuments, surtout celui d’Eleusis (1), présente des dispositions intérieures très particulières, mais le tracé général n’est pas sans analogie avec celui de notre bâtiment : il consiste aussi en deux ailes enfermant un corps central, le tout flanqué en arrière d’une colonnade. La comparaison et l’assimilation nous semblent tout indiquées, en l’absence d’inscriptions qui résolvent nettement le problème. En tout cas, le style architectural et le soin apporté à la construction du portique antérieur, font de cet édifice un des débris les plus intéressants de la Nouvelle Mantinée au IVe siècle.

Toute agora comporte, à côté des édifices consacrés aux assemblées ou aux administrations, des locaux servant aux transactions commerciales ou au bien-être des promeneurs, c’està-dire des portiques et des marchés.

Les portiques et autres constructions qui bordaient l’Agora mantinéenne au Nord, à l’Est et à l’Ouest sont, sauf le Bouleutérion, d’époque romaine. Néanmoins, il n’est pas douteux que l’espace qu’ils enfermaient ne correspondit à l’emplacement de l’agora à l’époque grecque. C’est ce que prouvent matériel-

(1) npa/.xiy.à tt,ç ào^. éxacpelaç. 1895, pl. I. — Sur le Bouleutérion de Delphes, voy. Bull, de Corr. hellén. XXI (1897), pl. XVI.

Portiques et marchés.

lement l’orientation de la façade du Bouleutérion, qui dut toujours donner l’alignement du côté Sud de la place, les bases de statues (toutes assez anciennes) tournées vers cette place, enfin le groupe des petits monuments situés à l’angle N.-E. du rectangle et incontestablement antérieurs à la construction des portiques circonvoisins (1).

Une inscription, trouvée dans le portique Nord, nous parle des grands travaux exécutés autour de l’agora, à l’époque romaine, par Euplirosynos, fils de Titos, et sa femme Épigonè, fille d’Artémon. Le décret des Antigonéens et des négociants romains en l’honneur de ces deux personnages énumère avec une complaisance emphatique leurs nombreux bienfaits et leurs titres à la reconnaissance de la ville (2). On voit qu’ils avaient fait construire à leurs frais des temples (vaoùç [xsv vjyEipav slçsSacpoç Ÿ|psi(7[j.Évouç — peut-être les deux édifices situés derrière la scène ?) — des salles de festins et des trésors pour des associations (Bentvttmjpiâ te TTpoffEjjwîxuvav SEiTcvicTTiptoiç Ha; xapusta cuvôBoiç éyapt'ffavxo). Epigonè fit bâtir de toutes pièces un marché entouré de boutiques, avec une exèdre au centre (u.àx£XXoç lx QspieXttov ù'j/oüxo 7toXuxeX7]ç, âpyacfTTiptojv aùxapxrj SiaypatpôjJLEvoç xaXXovVjv. IviBpûsxo 8 aùxoïç èijsBpa piéffT], ouva[L£vy xat [aovt] ttoXeox; xocp.oç £îvai), — un hangar, offrant un abri précieux dans la mauvaise saison (7ipo<7spi.i)xùvExo B’ aùxotç

xat (3acxT|Ç eüyçi~/]<7TOç à-rtoXauaxç, yiu.Épiov xaxâcnyu.0. vtxoj<77]ç), — enfin,

un péristyle à colonnade de marbre qui contribuait merveilleusement à l’embellissement de l’agora (uEpèrxuXov [xappLapîvoiç êxrEpi- BÔ(j.evov XEtootv, ojv 7] xaXXovq xat xo Xsntôv siù xà|ç ayopaç xExôa[AY)X£).

Les renseignements que nous donne ce texte pour la topographie d’une partie de l’agora sont très précis et très clairs. L’inscription ne peut être rigoureusement datée. Mais l’intitulé : ^cpicpa ’Avxtyovéwv prouve que le nom de Mantinée n’avait pas encore été restitué à la ville. Le décret est donc antérieur à Hadrien. D’autre part, la gravure ne permet guère de le faire remonter au delà de l’ère chrétienne. Les travaux dont il est question ont

(1) Un marais occupait le centre de l'Agora. Bien que le niveau du fond en fût sensiblement inférieur au niveau des fondations des édifices les plus proches, dés le début des travaux nous l'avons fait sonder en plusieurs points, alors que les chaleurs de l’été l’avaient mis complètement à sec. A une faible profondeur, on rencontra partout une couche de fange noirâtre. Jugeant toute excavation à cet endroit impossible et dangereuse à cause des miasmes, nous l'avons comblé avec nos déblais.

(Ü) fougères, Bull, de Curr. 'hellén, XX (1896), p. 126, 1. 3o et suiv.

la ville; les rues; l’agora; les monuments. 179

dû être exécutés vers la fin du Ier siècle après J. -G., probablement sous le règne de Titus.

1°. — Propylées et ancien portique. — Au pied même de l’àvâÀr^aa, à l’angle Nord du théâtre, se voit un dallage avec traces de colonnes. Il forme un petit rectangle. Cette construction, qui servait probablement d’entrée à l’agora, est antérieure à l’escalier N.-E. du théâtre, puisque les dernières marches de celui-ci la recouvrent en partie. Après la construction de l’escalier, ces propylées devinrent insuffisants, et l’entrée de l’agora dut être reportée un peu plus à l’Est, à l’autre extrémité du portique adjacent (fig. 44).

La ligne antérieure de ce portique subsiste sur une longueur de 31 mètres. C’est un gros dallage en calcaire blanc. On y remarque une série de 9 trous circulaires destinés à recevoir les fûts d’une colonnade dorique. Il n’y a plus trace ni d’un mur de fond ni d’une aile orientale. La forme massive du soubassement nous paraît être une preuve d’ancienneté. Nous pensons que cette colonnade est un reste de l’agora primitive, et qu’elle est antérieure aux reconstructions romaines d’Euphrosynos et d’Épigonè.

Entre ce portique et les suivants débouchait la rue dont l’autre terme était la porte de Méthydrion.

2°. — Exèdre d’Épigonè et vieux marché. — La ligne des portiques se prolongeait vers l’Est sur une longueur de 38 mètres, par un soubassement à trois assises. L’assise supérieure, sur laquelle reposait la colonnade, a disparu, en sorte qu’il est impossible de déterminer le nombre et l’ordre des colonnes. Derrière ce péristyle, ouvert sur l’agora et aménagé en promenoir, nous avons dégagé un monument d’une disposition assez curieuse. C’est un hémicycle de 37 mètres de diamètre attenant au portique et divisé en plusieurs compartiments dont la fig. 44 montre l’aménagement. Le mur circulaire est en briques cuites sur des fondations en petites pierres ; il a 1 m. 80 d’épaisseur. Un mur droit de 2 m. 03 d’épaisseur, en moellons fortement cimentés, parait avoir été destiné à soutenir les plus puissantes pesées. Des escaliers intérieurs mettent en communication les différentes chambres. Dans le mur de fond du portique, une porte, indiquée par un dallage, pénétrait dans la partie intérieure de la rotonde. Aucun fragment d’architecture n’a été retrouvé.

Cette construction circulaire de briques cuites, coupée, à

Côté Nord de

l'agora.

l’intérieur, de murs en petites pierres, en briques cuites et en briques crues, est d’époque romaine. Elle paraît s’être superposée à une cour rectangulaire dont nous avons retrouvé les traces sous les murs plus récents. Un premier mur extérieur (1) présente à l’Est un appareil polygonal assez soigné, garni, à la crête, d’un dallage de pierres hétéroclites. Il était probablement le socle d’un mur en matériaux plus légers. Un second mur intérieur plus mince est revêtu d’une couche de stuc. Les deux murs entouraient une colonnade dorique dont nous avons retrouvé en place quelques fragments. Les fûts sont

Fig. 44.

Plan de l’Agora de Mantinée.

à 20 cannelures, en conglomérat stuqué, lourds et trapus. Il y avait donc primitivement une cour de 27 mètres de côté, avec trois colonnes au côté, distantes les unes des autres de 5 m. 80. Comme le style de ces colonnes est très ancien, elles ont pu être rapportées d’un monument détruit pour être employées à la construction de cette cour. Quoi qu’il en soit, le péristyle quadrangulaire est antérieur à l’édification de l’hémicycle. Trop restreint pour être un gymnase, il peut avoir été une dépen-

(t) Marqué en lignes noires sur le plan (fig. 44) et représenté par la fig. 45.

la ville; les rues; l’agora; les monuments.

dance de l’ancienne agora, peut-être un vieux marché remplacé par le udxûdoç d’Epigonè.

Quanta la rotonde, elle avait surtout un caractère décoratif ; son plan ne convient ni à des thermes ni à un odéon. Il rappelle surtout, toutes proportions gardées, celui de la Tribune du stade, dans le Palais des Césars au Palatin (1), ou de l’exèdre d’Hérode Atticus à Olympie.

Fig. 43.

Appareil du mur Est du Vieux Marché.

L’épaisseur du mur circulaire et du massif parallèle au mur de fond du portique indique qu’elle devait être voûtée. 11 y avait deux étages, le rez de chaussée avec les divisions visibles sur le plan et un étage supérieur, ayant vue, au-dessus du portique, sur l’agora : on y accédait par un perron à double rampe d’escalier placé derrière la construction. La demi-voûte, orientée vers le Sud, faisait face au Bouleutérion, et pouvait être ornée, à l’intérieur, de statues, de caissons et d’ornements en terre cuite peinte. Il y a tout lieu de croire que cette voûte et les parois latérales étaient construites en briques crues, sur le socle de briques cuites. L’intérieur de la rotonde était complètement

(1) V. H. Deglane. Le stade du Palatin. Mélanges de l’Ecole de Rome, IX, p. 208 et 210, pl. IV, V, VI.

rempli d’une masse argileuse de plusieurs mètres d’épaisseur, et le niveau supérieur du socle de briques cuites se maintient partout à la même hauteur, comme celui des remparts.

Je n’hésite pas à identifier ce monument avec l’exèdre d’Épigonè, émergeant avec sa masse imposante au milieu des boutiques du marché. Le rédacteur de l’inscription citée plus haut, dans son enthousiasme lyrique, en a célébré les splendeurs ; il prétend qu’à elle seule elle pouvait taire l’ornement de toute la ville. Ce panégyriste est bien de son temps, en ce qu’il admire surtout l’ampleur, des dimensions, le caractère colossal des édifices bien plus que la linesse du travail et la qualité des matériaux. Il est vrai qu’alors les pauvres villes grecques n’avaient plus à se montrer bien difficiles sur le choix de leurs atours. Au rebours de Rome, après avoir été vêtues de marbre, elles s’estimaient heureuses de survivre dans un vulgaire manteau de briques.

3°. — MàxeXXoç et spya<7T7jpia d’ Épigone. — Contiguës à l’exèdre sont les constructions d’Epigonè énumérées par notre inscription. Une cour rectangulaire dallée occupe le centre d’un ensemble de petites pièces, au Nord d’un long portique à double colonnade intérieure.

Le Marché d’Epigonè (g.âx£XXoç) avait son entrée à l’Est, derrière un vestibule en partie détruit. Les boutiques - ateliers ilpyaffT-/|pia) où travaillaient les artisans, à la manière des bazars d’Orient, étaient réparties autour de l’atrium. Ces compartiments font un dédale de murs de refend, en matériaux légers, la plupart noyés de terre en guise de ciment. Dans l’un d’entre eux, arrondi en abside à l’angle S. -O., le plancher était fait d’une mosaïque à ligures blanches sur fond noir représentant des animaux (1) [lîg. 46].

4°. — BaîxT) d’Épigonè. — La galerie (flarri)) d’Epigonè faisait suite aux portiques de l’agora et en complétait le périmètre septentrional. Elle devait être fermée, au N., par un mur plein, pour être bien protégée contre le froid et les coups de vent, ce qui est exprimé en ces termes par le rédacteur de l’inscription : yigiptov xaTctffTT|jjLa vrxtoGTjç. Ce mur était percé de trois portes, dont deux ouvertes en avant du MixsXXoç, la 3° sur une rue dallée, qui partait de l’angle N.-E. pour aboutir à la 2e porte d’Orchomène.

(1) On y distingue un lièvre suspendu par un lacet à une branche d'arbre, et un chien^t?) escaladant un rocher au-dessus d’un antre.

la ville; les rues; l’agora; les monuments.

Du côté de l’agora, les traces des portes ont disparu, mais il est peu vraisemblable qu’il n’y en eût aucune s’ouvrant sur les trottoirs ou dallages qui bordaient les portiques et dont quelques vestiges ont été retrouvés.

A l’intérieur, une double rangée de bases grossières, faites de moellons cimentés portant une dalle de pierre, indique la place des colonnes. Celles-ci devaient être de simples poutres en bois supportant la charpente du toit. Il n’y a pas trace, sur les dalles, de colonnes en pierre. D’ailleurs, le rédacteur de notre inscription, à qui les travaux d’Épigonè ont inspiré un enthousiasme que la réalité ne justifie guère, n’eût pas manqué, si les colonnes de la fSac-TT] eussent été en pierre ou en marbre, de célébrer en termes pompeux cette splendeur nouvelle.

Fig. 46.

Mosaïque représentant une scène de chasse (?).

A l’intérieur de cette galerie, devant la chambre à la mosaïque, se trouvait une colonnette surmontée d’un chapiteau avec cette inscription :

Mepipua ’ Atrx)i7]7rtû tt(v totav ’éyyovov sx xùv ISfwv. — 'j;. [3 (1).

5°. — Péristyle d’Épigonè. — Le périmètre de l’agora, à l’É., est côté Est. constitué par un portique à colonnade médiane, qui fait suite à la pacTTj. Une double porte est percée dans le mur de fond ; elle communiquait avec l’extérieur de l’agora. Du côté de l’agora, nous

(1) Deux restes de sarcophages composés de dalles assez mal associées et retrouvés près de là, attestent qu’à une époque assez basse divers personnages furent enterrés sur l’agora.

Côté Sud.

ne saurions décider si le mur était plein sur toute sa longueur. Cela est peu probable. Il était bordé d’un trottoir dont on voit la trace. Extérieurement, à l’angle N. E., il était flanqué d’un groupe de constructions rectangulaires en briques et moellons, peut-être les SenmffT-qpia de l’inscription. Quant au portique luimême, il nous semble répondre au rapcff-ruXov p.<xpaap(votç £7rspi8ôpi.svov x£to<7tv, situé sur l’agora même. Nous n’avons pas retrouvé de fragments des colonnes elles-mêmes; d’après l’examen des bases elles devaient être en pierre ou en marbre.

A l’angle Sud-Est, le péristyle ne rejoignait pas les constructions Sud de l’agora. Il en était séparé par une rue empierrée et carrossable, qui aboutissait à la poterne de l’Alésion.

1°. — Portique et loggia d'Euryclès. — Une autre rue pénétrait dans l’agora par le même coin, en venant du Sud, de la porte de Tégée. Avant de déboucher sur la place, elle longeait un long portique, dont 11 colonnes lisses, en pierre calcaire, ont encore été retrouvées en place. Comme elles sont d’un faible diamètre, et distantes les unes des autres de 4 m. 30, nous pensons ou que l’architrave supportée par les chapiteaux était en bois, ou que les entrecolonnements supérieurs étaient des voûtes légères en arcade. La chaussée carrossable, dallée, aboutissait à une porte centrale. Du côté Est, les piétons, après avoir cheminé sous la colonnade, entraient dans l’agora par une porte spéciale. De l’autre côté, à l’Ouest, un autre trottoir conduisait de même à une petite porte latérale. Derrière la colonnade, à l’E. est un grand édifice en briques et matériaux légers, divisé en compartiments. Nous reconnaissons dans cet ensemble de bâtiments le portique flanqué d’exèdres dont parle la dédicace d’une architrave trouvée dans les murs de l’église byzantine voisine :

F. ’IoüAioç EùpuxXrjç 'ItpxXavôç A. OùiêouXAio;; Uletoç tyjv aroàv ffùv xatç £V ocutyj Ujéopatç xrt MavxivÉoov noXsi. xai tco èiriywoico 0£(7j ’Avxtvôcp xaTEa-xEÔacE otà rbv xX'qpovôfAOv.

Caius Julius Euryclès Herculauns, contemporain de Trajan et d’Hadrien, et l’un des propriétaires les plus considérables du Péloponnèse (1) et quæstor pro prætore du proconsul d’Achaie, laissa par testament à son héritier le soin d’exécuterses intentions.

(1) Voy. le commentaire de l’inscription, Bull, de Corr. hellén ., XX (1896), p. 155. — Sur le personnage et sa famille, voy. Foucart. Inscr. du Pélop, 245 h. — Ath. mith. VI. 1881, p. 10 sq. — Bull, de Corr. hellén. XXI (1897), p. 209.

la ville; les rues; l’agora; les monuments.

Mantinée venait de reprendre son ancien nom ; Antinoiis était mort, ce qui place après l’an 130 de notre ère la date des constructions d’Euryclès.

L’architrave de marbre, ornée de moulures sur laquelle l’inscription est gravée, ainsi que d’autres fragments d’épistyle de même largeur et de même ordre trouvés au même endroit, ne faisaient pas partie du portique. Sans parler de la minceur des colonnes comparée à la largeur des entrecolonnements, qui s’oppose à ce que ces colonnes aient supporté une architrave de marbre, le style du portique est beaucoup plus simple que celui de ces fragments.

Or, nous avons dégagé entre la porte S.-E. et le Bouleutérion un petit édicule rectangulaire à trois côtés en saillie dans l’agora, et adossé au Sud à la construction qui relie la rue et le Bouleutérion. Ce qui reste de cet édicule diffère par la forme et les matériaux des murs attenants, qui sont d’un fort médiocre travail. C’est un petit soubassement de marbre assez soigneusement paré à l’extérieur. Il y avait plusieurs assises, peut-être trois, superposées. Il ne reste des fragments que de l’assise inférieure. La nature du marbre et sa largeur (0 m. 72) sont identiques à celles de l’architrave inscrite et des autres morceaux de l’épistyle. Aussi nous estimons que tous ces morceaux appartenaient au même monument. Nous imaginons qu’Euryclès avait fait construire dans l’agora, tout près de la porte et de la rue qui traversait son portique, une sorte de tribune décorative dédiée à Antinoiis et peut-être ornée de la statue de celui-ci ou de celle d’Euryclès. La dédicace de l’architrave rappelait la générosité d’Euryclès. Nous n’avons pas de fragments des colonnes de ce petit monument. Mais les chapiteaux ont laissé leurs traces à la partie inférieure de l’épistyle. Les entrecolonnements étaient de 1 m. 85 entre diamètres. Le soubassement mesure 8 mètres de front sur 4 m. 50 de côté. Il avait donc quatre colonnes en façade et trois sur les côtés en comptant les colonnes d’angle.

En face du portique d’Euryclès et derrière sa tribune, les bâtiments compris entre la rue et le Bouleutérion n’ont laissé que des murs en briques. C’étaient probablement des boutiques et des magasins. Le travail en est fort médiocre ; nous n’y avons trouvé qu’une petite statuette de Télesphoros.

Derrière le Bouleutérion, c’est-à-dire à 90 mètres environ au Sud, la ligne fait retour vers l’Ouest, parallèlement au côté S.

de l’agora. Là se trouvait sans doute une autre rue : quelques salles avec portes débouchent sur cette rue, puis la ligne du mur en briques s’interrompt au milieu des champs.

Entre le Bouleutérion et l’entrée S.-O. de l’agora, nouvelle ligne de murs, et, près de cette entrée, deux salles rectangulaires dont je ne saurais reconstituer ni le plan ni la destination. Tout cela paraît édifié à la hâte, avec des matériaux disparates. Il est fort possible que le Bouleutérion ait été entouré d’un grand jardin d’une superficie à peu près égale à celle de l’agora ; peut-être aussi ce vaste espace représente-t-il l’emplacement du gymnase? Le gymnase est mentionné par Pausanias, à propos de l’olxoç consacré à Antinous, et qui peut-être est représenté par la salle occidentale du Bouleutérion. Dans ce cas le Bouleutérion lui-même aurait été compris dans les bâtiments qui formaient le périmètre du gymnase. A ce gymnase, comme nous l’apprend l’inscription d’Euphrosynos et d’Epigonè attenait une rotonde ou une exèdre hémicyclique qui fut consumée par un incendie (ligne 17) : ÉtATrp-r^Évxoç te tou xaxà to yup.vix'.ov xbxXou (1). Pour réparer ce désastre, Euphrosynos fit don à la ville d’un lot de briques qu’il avait préparées pour son propre usage : xàç si; xr,v ISlav sù/pr jffxîav Tjxotfxa-

ci-iÉva; Èyapàraxo TtXtvÔO’jç, TT|Ç xaxotxovofjda; xbv or,abff'.ov xbcaov itooxps ;vaç.

ÉDIFICES ET MONUMENTS SACRÉS : TEMPLES, AUTELS, TOMBEAUX ET STATUES DE HÉROS.

Les citoyens se réunissent à l’Agora pour débattre les affaires de l’État, pour discuter leurs propres intérêts, pour acheter leurs vivres ou simplement pour prendre l’air : elle est pour eux un club national, une bourse, un marché, une promenade. Mais, dans la séduction qu’elle exerce sur eux, il n’y a pas que l’attrait d’un local spacieux et commode pour la discussion ou pour la flânerie. Elle parle aussi à leur âme, parce qu’elle leur offre l’image réduite de la patrie. Là sont groupés les fétiches vénérables de la cité : l’Agora est une sorte de lieu saint, un téménos qu’habitent les dieux protecteurs, que hantent les ancêtres légendaires et l’ombre des grands citoyens héroïsés par leur

(1) De semblables exèdres sont souvent attenantes aux gymnases, par exemple à Pergame. Voy. Saglio. Dicl . des antiq. Art. Gymnasiuin.

la ville; les rues; l’agora; les monuments.

dévouement. Autour du loyer commun, symbole de la solidarité familiale de la tribu tout entière, on respire l’atmosphère du passé lointain, de la gloire commune, de la piété patriotique. L’Agora est le sanctuaire de la patrie et le musée de ses souvenirs.

Pausanias nous a laissé l’inventaire exact, mais trop sommaire, des monuments sacrés et historiques qui remplissaient l’Agora de Mantinée. Ses énumérations confuses, surtout quand il décrit une ville, sont rarement utiles a priori , pour orienter des recherches. Mais, n posteriori , elles apportent de précieuses données pour identifier des découvertes. L’exposé suivant fournira de nouvelles preuves de cette exactitude approximative qui caractérise sa manière. Nous distinguerons trois groupes : les temples, les monuments héroïques et les statues.

1° Temple de Z eus Sot ler et Héraiou (?) — Parallèles aux deux côtés de l’angle obtus formé par l’aile S.-E. de ràviX^uaa, sont deux édifices fort mutilés. Le plus endommagé des deux est celui du Sud. Il dessine un rectangle de 12 m. 10 de longueur sur 6.75 de largeur, orienté du Sud au Nord. Le soubassement se compose d’une assise inférieure en grandes plaques de calcaire, qui tient lieu de fondations, et d’une seconde ligne en plaques rectangulaires bien travaillées, un peu en retrait sur la précédente. Sur la marche supérieure reposait le mur, en grosses plaques de calcaire posées d’équerre. Trois de ces plaques ont été retrouvées debout en place. La surface extérieure en est seule parée ; l’autre est simplement dégrossie. La disposition des trous de scellement, l’épaisseur de ces pierres qui n’occupent que la moitié de la largeur du mur, nous font croire qu’il y avait une seconde ligne de pierres analogues disposées parallèlement sur la même assise à celles que nous venons de décrire. La grosseur de ces pierres ne permet pas d’admettre que le mur tout entier était construit suivant le même appareil. Nous supposons donc (et M. Dorpfeld a bien voulu approuver sur les lieux cette supposition) que cette double rangée de plaques servait comme de socle à la partie supérieure du mur, bâtie en matériaux plus légers, moellons ou briques crues (1). Il ne paraît pas qu’il y eût ni péristyle ni colonnade, du moins sur le front Nord. Des trous de porte retrouvés sur l’assise supérieure du côté N. semblent avoir appartenu à un remaniement d’une autre époque ; d’après leur disposition, cette porte

Temples.

(1) Voy. un appareil de ce genre dans Perrot, Hist. de l’Art , VI, p. 729.

n’eût pas occupé le milieu de la façade. D’ailleurs l’entrée eût été bien près du bâtiment voisin et comme voilée par lui. Il est plus logique de la reporter sur le côté Sud, qui est presque complètement arraché. — A l’intérieur on observe des traces de dallage en pierres non dégrossies.

Cet édifice est, suivant toute apparence, de construction hellénique. Était-ce un temple ? Son orientation contredirait cette hypothèse, mais, à la rigueur, ne serait pas péremptoire contre elle.

Fig. 47.

Temple d'Héra.

Le monument voisin a plus souffert encore des remaniements qui ont réduit à quelques fragments à peine reconnaissables la construction primitive. C’est un rectangle orienté de l’O. à l’E. Le soubassement repose sur un lit de moellons servant de fondations à trois assises de dalles en calcaire, en retrait l’une sur l’autre (fig. 47). La troisième assise est indiquée par le martellement des dalles de la seconde. Il ne subsiste d’elle qu’un petit fragment isolé, sur le côté N., près duquel se lit, sur l’assise inférieure, un E (probablement une lettre d’assemblage). La partie antérieure de l’édifice est beaucoup plus récente, reconstruite avec des matériaux médiocres, mais vraisemblablement

la ville; les rues; l’agora; les monuments.

sur le plan des substructions primitives. Une ligne de fondations traverse en refend toute la largeur et semble indiquer les limites du pronaos. En somme, cet édifice a toutes les apparences d’un petit temple prostyle in antis, sans opisthodome. C’est entre le soubassement au Nord et le mur de la scène qu’a été découvert le bas-relief de la Femme au foie.

En l’absence de tout document épigraphique précisant la destination de ces deux monuments, nous sommes réduits à des identifications de pure conjecture. Celle qui se présente le plus naturellement à l’esprit est suggérée par ce passage de Pausanias (VIII, 9, 3) : Kai "Hpaç 7tpàt; TM ÔexTpco va ov È0ea <7a(ji.7|v. IIpaçiTsXTiç 8'e Ta àyaXgaxa aÙTyjv te xa07)[.<.£V7)V sv ôoôvco xat ir apEcrwcaç £7ror/]cev ’ASr^vav xat "H|3y|V 7ratoa ''Hpaç. De ce groupe, j’ai en vaill cherché les débris. Mais les présomptions en faveur de l’identification du second temple avec l’Héraion s’appuient sur les termes de Pausanias : ils indiquent évidemment que l’Héraion était devant le théâtre, puisqu’un peu plus loin, il est fait mention derrière le théâtre (to8 ÔsâTpoo 8k ôW0ev) du sanctuaire d’Aphrodite Symmachia. Enfin, Pausanias cite (ib. 2) Tcpbç 8k tyjç "Hpaç t 3> fiiopup xai ’ApxâSoç xàcpoç toü KaXXtcTOuç s<jti. Ce tombeau symbolique d’Arcas n’était autre qu’un double autel du Soleil : 'HXtou pwpioûç. Or, à environ 60 m. à l’Est, c’est-à- dire devant l’entrée de l’Héraion supposé, en pleine agora, nous avons découvert un monument qui répond aux Autels du Soleil (1).

Quant au premier temple, contigu à cet Héraion, on ne trouve pas dans Pausanias les éléments d’une identification précise. S’il a insisté sur le sanctuaire d’Héra, c’est à cause du groupe île Praxitèle. L’autre édifice ne présentant rien de remarquable, il l’a passé sous silence, ou s’est contenté de l’énumérer parmi les autres édifices religieux de Mantinée. Toutefois, on doit relever dans Thucydide (VII, 47,11) la mention du temple de Zeus sv Tvj àyopa, où fut déposé le traité de 421. Sans être en état de décider à quel Zeus appartenait ce sanctuaire, au Zeus Soter ou au Zeus Épidotès, dont parle Pausanias, ou au Zeus Eubouleus, dont nous avons retrouvé un opoç avec dédicace (2), la place d’un temple aussi important, où les Mantinéens du Ve siècle conservaient leurs archives, n’a pas dû être

(1) Voy. p. 316.

(2) Voy. p. 301-304.

Hérôa.

modifiée après la reconstruction de 371, ni même pendant les remaniements de l’agora à l’époque romaine. Or, il ne subsiste dans ladite agora aucun autre vestige d’édifice religieux qui convienne mieux au temple que le monument voisin de l’angle S. -O du théâtre. La proximité de Zeus et d’Héra est si naturelle qu’elle peut presque servir d’argument. Je n’hésite donc pas à reconnaître à côté de l’Héraion le temple de Zeus, cité par le traité de 421, et j’incline à croire qu’il appartenait à Zeus Soter, adoré comme dieu protecteur de la cité.

2° Autres temples. — Deux autres édifices rectangulaires s’alignent parallèlement derrière la scène, orientés à l’Est, comme des temples. Leurs murs, construits partie en moellons noyés dans le mortier, partie en briques cuites, partie avec des fragments de marbre et d’inscriptions du IIIe siècle avant J.-C. (la dédicace à Antigone Doson) reposent sur des fondations profondes de plus de deux mètres, dont la racine se perd dans le sol boueux. Tout le sous-sol, compris entre les parois des fondations, est cimenté comme une citerne. Ce détail s’explique par la nature marécageuse du terrain à cet endroit II y avait là un ancien marais qui fut comblé ; quand on bâtit la scène et ses deux édifices, on dut les élever sur de hautes substructions et mettre l’intérieur du sous-sol à l’abri des infiltrations. Les matériaux disparates dont sont bâtis ces deux temples prostyles in a,ntis indiquent une basse époque. Leur état civil ne peut être reconstitué que par le texte épigraphique qui célèbre les bienfaits d’Euphrosynos et de sa femme Epigonè. Parmi les nombreux embellissements dont ces évergètes gratifièrent Antigoneia, figurent des temples solidement appuyés sur le sol : vaoùc [Le; -JjyEipav e!ç ’éoacpoç -/jpEtffjAÉvoui; (ligne 34). Ces termes emphatiques ne sont-ils pas une allusion en beau style aux profondes substructions des deux édifices ? Cela paraît bien probable, surtout si l’on remarque que les libéralités d’Euphosynos et de sa femme ont particulièrement enrichi l’Agora et ses environs. Les deux édicules en question représentent donc des chapelles de confréries élevées au premier siècle de l’ère chrétienne, mais on ne sait à quelles divinités.

Podaréion. — L’édicule situé au N-E. de la scène est plus ancien. C’est un rectangle orienté de l’O. à l’E. Les fondations sont en moellons. Le mur se divise en deux parties construites suivant un système différent. La partie postérieure est formée de pierres bien équarries et soigneusement ajustées, sans pare-

la ville; les rues; l’agora; les monuments.

ment à l’intérieur. La largeur moyenne est de 0 m. 50 environ. Elle comprend, sur le côté Sud, deux marches en retrait l’une sur l’autre de 0 m. 04. Un martelage et une rangée de trous de scellement à la surface supérieure semblent indiquer qu’elle était surmontée d’une 3me assise, aujourd’hui disparue. — L’autre partie se compose d’un dallage large de 0 m. 70, débordant extérieurement le mur précédent, et enveloppant un mur intérieur plus étroit et plus haut de 0 m. 28. Le martelage et les trous de scellement observés à la surface du dallage attestent la présence d’une autre assise en retrait, sur le front, de 0 m. 25, et de 0 m. 11. sur les côtés. Cet édifice était dépourvu de colonnade latérale, mais, comme semble l’indiquer la largeur plus grande du front, il pouvait avoir des colonnettes ou des demicolonnes sur la façade. — Les murs étaient sans doute en brique crue (1 m. 80 et 1 m. 20 de long).

En avant du front se trouvaient deux pierres rectangulaires munies à la partie supérieure de trous de scellement, destinés sans doute à maintenir une stèle.

Cet édicule est une construction hellénique. C’était vraisemblablement un de ces vjpÆa que Pausanias avait vus dans l’Agora. La découverte, dans le voisinage immédiat de ce monument, de deux fragments de tuile portant les inscriptions suivantes : IIOAAPI — no AAPEOS AA ((j.ôgioç) ne nous mettrait-elle pas sur la voie d’une identification probable ? On a trouvé sur les tuiles de certains sanctuaires le nom de la divinité à qui l’édifice était consacré (1). Pausanias cite le hérôon de Podarès sur l’Agora, immédiatement après la statue en bronze de Déoméneia : Mavtiveucc 31 Iv v/j ayopx yuvaixoç te sIxojv yaXxY|, xal MavxtvEiç xaXoüff; Ato[jL£veiav ’Apxâooç, xal 7)ptpôv Iffxt Iloôàpou (VIII, 9, 9). Il est évident, que les mots êv tÿ| àyopa, renforcés par te et par xal, dominent toute la phrase. Ce Podarès était le polémarque mantinéen tué à la bataille de 362 et héroïsé en souvenir de sa belle conduite. Le monument qui le classait parmi les demi-dieux locaux sur la place publique, près d’Arcas et d’Autonoé, était à la fois une chapelle et un mausolée (xoü xàcpouxo èiu'ypa[j.[j.a etc.) Une dédicace, sans doute gravée sur l’architrave, rappelait son nom à la mémoire de ses compatriotes. Mais Pausanias raconte que trois généra-

it Rapport de M. Léonardos sur les fouilles de Lycosura en Arcadie : ’ Ev xy| avadxatpÿ, os xoü oXou oixoSo[j.T|[i.axoç suplaxovxa! xÉpap.01 cpÉpovxs; ÈTitypacpfjV AeffTrolvaç (AeXt. àpy-, 1889, p. 160).

tions avant lui, c’est-à-dire vers la fin du Ier siècle après J. -G., les Mantinéens changèrent l’inscription de façon à l’attribuer à un descendant de Podarès l’Ancien, qui portait le même nom et qui avait mérité leur reconnaissance en qualité de citoyen romain, sans doute parce qu’il avait obtenu des autorités romaines quelque faveur pour sa ville natale (1). Il faut croire que l’intérieur même du monument subit aussi certaines retouches et qu’on déposa auprès de Podarès l’Ancien les corps de deux membres de la famille, probablement le Podarès dont parle Pausanias et un de ses parents. En effet, j’ai retrouvé dans la cella de l’hérôon trois tombes garnies chacune d’une grosse urne ressemblant à un mortier en pierre poreuse et disposées comme la fîg. 44 l’indique. Les trois urnes ne contenaient plus que de la boue ; les deux tombes rangées contre les parois laté rales de la cella étaient effondrées et ne renfermaient plus d’autres objets que l’urne. Celle qui touche au mur de fond, aménagée en sarcophage avec des dalles de pierre, avait mieux résisté. En guise de couvercle, elle portait une plaque rectangulaire de marbre dérobée à quelque monument plus ancien ; sans doute une plinthe de statue équestre, car elle montrait une moulure et, sur la face supérieure, quatre trous de scellement disposés comme pour recevoir les sabots d’un cheval de marbre ou de bronze. Autour du squelette, dont les os tombaient en poussière, étaient entassés divers objets d’assez pauvre apparence : neuf ampoules de verre plus ou moins allongées, 2 disques de miroirs en bronze sans ornements ; — 1 fragment de couronne en feuille d’or, trouvée près du crâne, au N ; — 3 tablettes d’ivoire de 15 c. de long sur 8 de large, creusées à l’intérieur d’un petit cadre saillant. Evidemment c’étaient là des tablettes à écrire, dont l’intérieur devait être rempli d’une couche de cire ; — 2 stylets en bronze, terminés d’un côté par une pointe, de l’autre par une spatule (longueur 0,20 c.) creusée en cuiller ou plate; — 2 strigiles en bronze; — 2 objets plats en os (peutêtre des amulettes ?) ; — 8 petits cylindres creux en ivoire, qui servaient sans doute d’enveloppe à une canne ; — 10 vases en terre sans peintures. — Quoique dépourvu de faste, ce mobilier funéraire n’en est pas moins antique, et probablement d’époque romaine. Je ne saurais avec certitude revendiquer la tombe

(1) Voy. une dédicace en l’honneur d’une descendante de ce Podarès, Bull, de Corr. hellén. XX (1896), p. 151. N° 17.

la ville; les rues; l’agora; les monuments. 193

elle-même et le squelette poudreux qu’elle contenait pour Podarès le Jeune. La présence d’une plinthe de travail hellénique employée comme couvercle de sarcophage atteste qu’^u Ier siècle de notre ère plusieurs édifices de l’époque grecque étaient déjà tombés en ruines et qu’on n’hésita pas à faire entrer leurs débris dans les misérables constructions destinées à les remplacer.

Quelques fragments de chaînes de lampe en bronze, retrouvés au même endroit, provenaient sans doute d’une petite chapelle byzantine qui paraît s’être substituée à l’ancien Podaréion.

Quant à la statue de Déoménéia, je n’oserais affirmer que la base située à gauche de l’entrée du Podaréion en faisait partie.

A la même période appartiennent quelques petits monuments de construction probablement hellénique que nous avons retrouvés en différents points de l’Agora.

1° Veus le centre, à 19 m. au N. de l’aile O. du Bouleutérion, à 68 m. à l’Est de l’entrée de l’Héraion, un édicule rectangulaire de 8 m. de long sur 3 m. 47 de large. C’est un soubassement composé d’une assise en calcaire blanc. On y distingue deux parties, comme s’il y avait eu deux monuments contigus : le rectangle est orienté du S. au N. ; la partie septentrionale est enlevée. Trop petit pour être un hérôon, cet édicule a tous les caractères d’un autel monumental ; il m’a rappelé l’autel de Zeus Polieus que j’avais vu à Délos. De plus, sa position concorde avec les données de Pausanias sur le prétendu tombeau d’Arcas, qui était en réalité un autel double de Pan et d’Hélios. On l’appelait les Autels du Soleil : x'o ok ycopiov toüto, ’év6a b xr<. po? sort tou ’Apx otooç, xaXoùccv 'IIXcou (3(jûp.ouç (PauS. VIII, 9, 4). Or, l’aspect des ruines justifie ce pluriel en nous montrant deux soubassements différents accolés l’un contre l’autre. Les fouilles n’ont rien découvert à l’intérieur de ce monument. En réalité ii n’y avait rien, car le transfert des restes d’Arcas à cet endroit n’était qu’une légende patriotique, qu’explique le caractère solaire du héros arcadien, hypostase de Pan (1).

Il en est de même du prétendu tombeau d’Autonoé, la légendaire fondatrice de l’Ancienne Mantinée. Elle s’était identifiée avec Hestia, et le Foyer commun, symbole du synœcisme, passait pour être aussi son mausolée. Voici en quels termes Pausanias le décrit (VIII, 9, 5), aussitôt après le tombeau d’Arcas :

(1) Voy. p. 316-318.

Tombeau d’Arcas (Autels du Soleil).

Hestia Koiné (Tombeau d’Autonoé) .

Tou Osaxpou 81 où itoppco p.v7|U.axa TtpoYixovxat êuxiv Iç So^av, xo [l'sv 'Ecria xaXoup.év7] xoivv] , Tceptcpe pèç <7yr|[Aa 'iyo uca" ’Avxcvoyiv 8s aùxôQt IXéyexo

xsTaQat xt|v KtjCûsoiç. A ce signalement répond, comme type et comme situation, une sorte de tholos circulaire, formé d’un dallage en plaques de calcaire rangées en zones concentriques autour d’une belle meule ronde qui occupe le centre. Le diamètre est de 6 m. 10. Vers le côté Nord de la dernière zone est une marche isolée en marbre. Des trous de scellement paraissent sur une autre plaque de la même zone. Je ne pourrais qu’émettre des conjectures arbitraires sur la superstructure de cet édicule. Régnait-il sur le pourtour une colonnade circulaire, comme celle du temple de Yesta à Rome, ou comme à la tholos d’Epidaure ? Les faibles dimensions du soubassement n’autorisent guère un pareil dispositif. Je croirais plutôt à un autel circulaire placé au centre et entouré d’une balustrade. Sous le dallage, les fouilles n’ont retrouvé que des fondations en petites pierres sans aucune trace de tombeau, stèle de Gryiics. Tout près de ce monument, vénérable débris de l’Ancienne Mantinée et que les remaniements postérieurs ont en partie respecté, Pausanias cite la stèle de Gryllos : x<s 8e c-x-qÀ-q étpéa-x-qxe ,

xat àvT|p tirxeùç £7tstpya<7tAÉvo(; laxtv Itù xvj ot^Xt], TpùXXoç b Eevotpwvxoç.

On a vu (1) que cette stèle ne devait pas être confondue avec le tombeau de Gryllos, enterré aux frais des Mantinéens à l’endroit même où il était tombé, c’est-à-dire très probablement aux environs du temple de Poséidon. Le bas-relief qui lui fut consacrée sur l’agora n’était donc pas un monument funéraire ; je ne pense pas qu’il faille attribuer ce sens précis au mot employé par Pausanias. Or, à environ 13 m. à l’O. du Foyer commun, j’ai retrouvé en place un fort beau piédestal, formé d’un bloc quadrangulaire dont la partie inférieure est seule conservée. Le style de la moulure et le soin du travail indiquent une œuvre hellénique, qui peut très bien être attribuée à la première moitié du IVe siècle. Malheureusement, il m’a été impossible de retrouver sur les faces du bloc rongées par le temps les moindres traces d’inscription (2).

En résumé cette agora mantinéenne, servant, au cœur de la ville, de trait d’union à tous les quartiers, avec ses issues

(1) P. 100-101. Voy. Pausan., VIII, 11, 6.

(2) A vrai dire, la largeur de ce piédestal paraît insuffisante, si l’on se figure le monument de Gryllos d’après celui de Dexiléos, à Athènes.

la ville; les rues; l’agora; les monuments.

rayonnantes au delà des frontières, son théâtre et son Bouleutérion, sa bordure de longs portiques, ses marchés, ses temples, ses édicules et ses statues, peut être considérée comme un modèle du genre. On y trouvait concentré tout ce qui était nécessaire à l’existence matérielle et morale de la cité. Le citoyen pouvait y discuter, y acheter, s’y récréer sous le regard favorable de ses dieux et de ses héros protecteurs. Simple et grandiose, le plan s’adaptait avec une convenance si parfaite aux besoins de la vie publique à Mantinée qu’on ne peut guère le concevoir autrement. Il est comme le noyau de tout le système d’État dont nous venons d’étudier l’agencement logique.

Plan de Mantinée parGell. (Probestücke v. St'àdtemauern) .

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