‹ Mantinée et l'Arcadie orientaleChapitre 38 sur 73 · SL-' __ · texte numérisé non relu

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La religion locale. Cette étude de mythologie locale nous a révélé, fondues et pourtant discernables, deux religions différentes : l’une res treinte et locale, l’autre commune et panhellénique. La première rappelle les cultes primitifs des anciens nomes égyptiens. Elle s’est formée dans le canton, au sein de la peuplade. Elle est le résultat de l’adaptation d’une tribu à un sol, à un climat déterminés; elle exprime les rapports d'un groupe d’hommes avec leur habitat. Aussi personnifie-t-elle surtout les aspects de la nature cantonale et les manières d’être d’une société limitée, telles que les a déterminées le milieu : à cette catégorie appartiennent, à Mantinée, les cultes animaliers d’Hippos, d’Arcas; les cultes pastoraux d’Hymnia et de Charmon; celui d’Aléa, déesse de l’Asile et du Rempart, ceux d’Hoplodmos, dieu des hommes d’armes, et les mythes qui symbolisent le conflit vital des éléments naturels dans les conditions spéciales à l’habitat, telle que l’opposition, dans la Mantinique, de la plaine humide et de la roche aride. Ces créations locales sont souvent d’un symbolisme transparent, clairement exprimé par leurs noms, simples vocables de nature, empruntés à la langue courante. Mais, parfois, elles portent des surnoms qui font allusion à leur rôle particulier et qui restent pour nous énigmatiques : le rôle du personnage se laisse encore deviner grâce à la légende où il paraît en action, ou au culte dont il est l’objet; mais le sens de son nom demeure obscur : tels, par exemple, Ulysse (1), Pénélope, Aréïthoos.

La religion L’autre religion comprend les personnifications des puissances

commune, cosmiques, dont l’action souveraine s’exerce sur l’ensemble du monde et des hommes. Les habitants primitifs de l’Arcadie paraissent avoir d’abord adoré sur le même pied tous les phénomènes naturels; mais vint un moment où ils apprirent à les classer par ordre d’importance en subordonnant aux entités les plus générales celles qui n’en étaient réellement que des manifestations passagères. Ainsi, tous les phénomènes connus furent l'amenés à trois principes ou à trois catégories d’éléments naturels : ceux de l’espace aérien, lumineux et igné; ceux de la terre et ceux de l’eau, chacun de ces principes étant conçu comme directeur des phénomènes secondaires de même ordre que lui : c’est ainsi que le dieu du ciel devint le divin maître de la foudre,

U) Le nom d’Ulysse parait signifier : Celui qui disparaît. Peut-être était-il, a Phénéos, la personnification spéciale du marais?

LA RELIGION MANTINÉENNË.

le dieu des eaux devint le souverain des sources et des animaux qui s’y abreuvent. La répartition des grandes divinités helléniques en triades résulte donc de la nature même des choses : pas n’est besoin d’y voir le reflet d’un corps de doctrine venu d’Orient, d’Égypte ou de Phénicie ; car, pour l’Égypte, et surtout pour la Phénicie, l’existence très ancienne d’un dogme prédominant n’est nullement établie. Les idées syncrétiques, qui trouvèrent crédit au IIIe siècle dans les écoles théologiques d’Alexandrie, ne sauraient être invoquées quand il s’agit du XVIe ou du XVe siècle avant J.-C. (1).

Quant à l’origine et au sens des noms, qui, bien avant l’épopée Adaptation homérique, avaient prévalu chez les Hellènes pour désigner les ^es divinités grandes divinités, ils restent impénétrables. On entrevoit tou- he,lenKiues et des

„ . . , , . , i . dieux locaux.

tefois que certaines de ces personnalités ont eu, dans le principe, un caractère local : tel Zeus à Dodone, Athéna en Attique, Héra à Argos, Apollon chez les Ioniens, Poséidon peut-être en Béotie et Hermès en Arcadie. Donc, en tant que noms, les personnages divins qui composent l’assemblée des dieux dans Homère n’ont pas tous été adoptés en même temps dans tous les pays grecs : les Arcadiens ignorent Héphaistos et Hadès; Héra ne pénètre pas chez eux au cœur du pays. Mais, en tant qu’entités, la plupart d’entre eux étaient adorés, sous des noms divers, presque partout : il y avait partout des dieux de la lumière, de la terre et de l’eau. Mais la séparation de ces trois ordres de phénomènes est toute théorique ; dans la réalité, l’homme les perçoit enchevêtrés les uns aux autres. Il en résulte, pour les divinités qui les personnifient, des caractères complexes : tel dieu peut être à la fois aquatique et chthonien, comme Poséidon Hippios et Aphrodite.

De plus, dans l’application des noms nouveaux aux divinités anciennes, on constate beaucoup d’incertitudes et l’absence d’une méthode uniforme : cela tient à ce qu’il n’y avait point en Grèce d’institut théologique chargé de déterminer exactement la nature

(1) L’hypothèse de la diffusion d’un pareil dogme en terre pélasgique est donc subordonnée à une hypothèse préjudicielle, celle de l’existence de celte doctrine chez les anciens Sémites. Puissent les Sémitisants apporter cette confirmation aux séduisantes conclusions du livre de M. Bérard ( Omg . des cuit arcad ., ch. V)! Car ce n’est pas en Grèce que doit être cherchée la solution de cette question de principe. L’analyse des cultes grecs pourra révéler de nouveaux points de contact entre la Grèce et la Phénicie, analogues à ceux que M. Bérard a su découvrir en Arcadie, mais la théorie générale ne sera confirmée que par une enquête vraiment historique sur les cultes phéniciens in situ et dans les différentes phases successives de leur développement.

des études ythologie locale.

Piété

Mantméen*.

de chaque dieu. Les populations, livrées sans guide à ellesmêmes, ont opéré leurs identifications avec une entière liberté.

Les études de mythologie locale doivent donc se proposer de dégager, dans les divers cantons de la Grèce, le fonds primitif du fonds commun : de suivre les destinées des dieux cantonaux, les uns, absorbés par les divinités plus puissantes, dont ils deviennent de simples aspects: les autres déchus au rang de héros et déversés comme tels dans le folk-lore et dans l’épopée. Il impôt te aussi de reconnaître les circonstances qui ont préparé ces combinaisons et les intermédiaires qui en ont fourni les éléments. Alors, seulement, pourra-t-on reconstituer dans son ensemble l’histoire des religions grecques. Il n'y a pas à distinguer, dans la tradition religieuse, les cultes d’avec les mythes : les uns et les autres sont, en réalité, une même substance. La matière mythologique est une, et. comme dans la nature, rien ne s’en perd : le Grec, inventif en métamorphoses, lorsqu’il congédiait ses dieux, a toujours su leur faire un sort.

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