CONCLUSION
Nous avons achevé la reconstitution de la république mantinéenne, en nous attachant à démontrer la remarquable unité de ce petit système d’État grec. On a vu les causes qui ont déterminé le mouvement et la vie de cet organisme, les influences diverses qui ont dirigé ses destinées. La structure du sol et sa position relative nous ont expliqué la formation de la race et de la nationalité, l’organisation matérielle et morale de la ville, de LÉtat et de la cité, le caractère des cultes, des institutions et de l’esprit public. De ces éléments combinés résulte l’histoire de la cité et son rôle personnel dans le drame général.
Enfermée dans une vasque naturelle où elle cohabitait avec Tégée dans des conditions désavantageuses, Mantinée était d’abord vouée aux querelles de voisinage. L’état de lutte perpétuelle contre la nature et contre sa rivale développa en elle une énergie malheureusement condamnée à se dépenser en résistance. Son genre de vie lui façonna un régime politique qui vint ajouter à l’incompatibilité des intérêts matériels une profonde antipathie morale. De toute façon Mantinée se trouvait prédisposée et encouragée à l’opposition. En effet. Tégée devait fatalement tourner dans l’orbite de Sparte, parce que, confinant à la Laconie, et incapable d’entretenir avec Mantinée des rapports amicaux, elle ne pouvait vivre entre deux haines : elle s’attacha donc à l’alliance Spartiate, d’abord pour ne pas devenir une autre Messénie, ensuite pour se ménager un appui contre son ennemie. Mantinée, démocratique par nature, ne pouvait pactiser ni avec Sparte ni avec Tégée : ses inté-
rets et ses goûts la jetaient dans l’autre camp. Sa position était étrangement critique, car à l’hostilité de Tégée s’ajoutait celle d’Orchomène. En effet, ces petites républiques arcadiennes, toutes minuscules qu’elles fussent, étouffaient entre les parois de leurs cellules. Dès qu’elles atteignaient l’âge de croissance, la nécessité de nourrir une population plus nombreuse les obligeait à chercher des annexes à leur territoire primitif ; elles étendaient des mains avides vers ces terra e nullius de la région ménalienne et s’en disputaient les lots : de là, concurrence entre Mantinée et Orchomène. Il ne restait donc à Mantinée qu’une ressource, l’amitié d’Argos renforcée par celle d’Athènes. Telle était pour elle la politique vraiment logique et nationale. Elle s’y adonna d’autant plus résolument que son éloignement de Sparte la garantissait mieux que Tégée des brusques surprises et lui laissait une certaine liberté d’allures. Au IVe siècle, l’affaiblissement d’Athènes modifie la situation : Thèbes apparaît comme la seule protectrice efficace. Mais Thèbes ayant brisé l’omnipotence Spartiate semblait avoir à jamais affranchi ces peuples péloponnésiens si longtemps comprimés ou paralysés. A ce moment, Mantinée put aspirer à un rôle souverain, auquel la préparait tout un passé de sagesse et d’énergie. Elle eût sans doute gouverné le Péloponnèse, si l’Arcadie et Thèbes avaient voulu la comprendre et l’aider. Mais l’Arcadie n’était pas mûre pour l’unité à laquelle Sparte s’était bien gardée de la préparer. Elle usait de sa liberté comme un esclave sauvage brusquement émancipé. D’autre part Thèbes, après avoir arraché à Sparte la direction des affaires, ne comptait pas l’abandonner à d’autres. Elle avait restauré Mantinée, Messène et Mégalopolis pour monter la garde autour de Sparte ; elle ne leur permettait que ce rôle passif. C’est pourquoi Mantinée se jeta dans une coalition anti-thébaine ; Sparte y fut conviée, parce que son concours était jugé aussi utile qu’inoffensif.
La Macédoine, en se substituant à Thèbes, se retrouve en face de la même coalition. La guerre de Chrémonides n’est qu’une réédition de la ligue de 362. La résurrection de