‹ Mantinée et l'Arcadie orientaleChapitre 56 sur 73 · DEPUIS 146 AVANT J.-C · texte numérisé non relu

DEPUIS 146 AVANT J.-C

Après la prise de Corinthe par Mummius et la déroute du parti démagogique en Achaïe, Antigonéia eut à se débattre contre les difficultés que soulevait partout l’application du nouveau régime imposé aux villes grecques par le Sénat. Un Grec seul pouvait, grâce à une subtile expérience du caractère national et des habitudes locales, mener à bien cette délicate entreprise de pacification. Aussi le concours de Polybe fut-il accepté, à la demande des villes achéennes, parla Commission sénatoriale (1). Polybe parcourut les villes, veilla partout à l’exécution des mesures dictées par le Sénat, arrangea les différends et s’acquitta de sa mission avec tant de dextérité qu’il recueillit partout des remercîments et des hommages. Plusieurs villes d’Arcadie lui élevèrent des statues, de son vivant et après sa mort. Antigonéia lui consacra dans le temple double d’Asclépios et de Léto une stèle sculptée (2).

Le vide et la monotonie de la vie politique, à dater de cette époque, n’assoupirent pas complètement les divisions et les vieilles haines des villes grecques. En particulier, les causes naturelles, qui avaient, de temps immémorial, entretenu l’antagonisme de Tégée et de Mantinée, subsistaient toujours : les conflits de ce genre échappaient à la répression de la discipline romaine.

(1) Polyb. XL. 10, 2 et 5. — Pausan. VIII, 30, 4.

(2) J’ai retrouvé un fragment de l’inscription de cette stèle; c’était une épigramme en distique analogue à celle que possédait Olympie. Fougères. Bull. de Corr. hellén. XX (IS96) p. 146. — Cf. Dittenberger. Arch.Zeit. 1877. N" 101 — Inschr. vun Olympia. N° 449.

PÉRIODE ROMAINE

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Sous les apparences de la paix, fermentaient encore les passions locales, prêtes à éclater comme jadis eo opposition violente à la première occasion. C’est ainsi que, inconsciemment, les Antigonéens reprirent à leur compte la tradition mantinéenne des sentiments hostiles aux Tégéates. Dans l’Arcadie entière revivait l’antagonisme contre Sparte. De là, pendant les luttes des triumvirs, des courants contradictoires qui entraînent en sens opposés les sympathies du Péloponnèse. Pour des motifs restés obscurs, les Spartiates s’étaient voués à la cause d’Octavien.

2000 d’entre eux combattirent pour lui contre Brutus à la première bataille de Philippes (1). Dans son duel avec Antoine, ils lui restèrent fidèles. Ce fut assez pour armer en faveur d’Antoine les Arcadiens sur qui Tégée paraît avoir exercé alors une grande influence (2). Par haine de leur voisine, les Antigonéens firent bande à part et se déclarèrent pour Octavien. Même leurs guerriers se battirent sur ses vaisseaux à Aclium (3). Attitude d’autant plus courageuse, qu’Antoine dominait le Péloponnèse et comptait avec lui l'immense majorité des Hellènes (31 avant J. -C.).

Après le succès d’Octave, les Antigonéens bâtirent, en souvenir de leur alliance heureuse, et sans doute avec les subsides de l’empereur, le temple d’Aphrodite Symmachia, situé derrière le théâtre. Tégée, au contraire, se voyait enlever son palladium, le xoanon d’Athéna-Aléa.

Sous l’Empire, le Péloponnèse tomba dans la misère. Le État de Mantinée pays dépeuplé, abandonné aux nomades, se déboise rapide- à l'époque ment. De plus en plus les latifundia réduisent les domaines de Strabonde la petite propriété. La prospérité matérielle émigre vers les échelles maritimes qui jalonnent la route commerciale de l’Orient à Ostie. Les vieilles cités de l’intérieur ne vivent plus que de souvenirs. Ce sont objets de curiosité pour les archéologues et les touristes. La plupart d’entre elles, tombées au rang de maigres bourgades, flottent dans l’ample ceinture de leurs murailles. Tout ce monde grec disparaissait lentement et Pausanias vint à temps pour en dresser l’inventaire. Encore, pour certains cantons arcadiens, était il trop tard. Des terrains vagues s’étendaient à la place de mainte bourgade, et, dans mainte ville,

(1) Plut. Brut. 41 et 46.

(2) Elle était restée la ville la plus considérable et la plus riche d’Arcadie (Strab. VIII, 8, 2).

(3) Pausan. VIII, 8, 12. — 9, 6. — 46, 1. — Voy .sur l’ex-voto de Charmiadas, citoyen de Nicopolis, la note aux Appendices ( Epigr . 2°).

MANTINÉE ET l’AKCADIE ORIENTALE .

des monuments jadis célèbres étaient en ruines. Toutefois Strabon a surfait la décrépitude de la Grèce de son temps, pour mieux faire ressortir sa prospérité à l’époque homérique. Il classe Mantinée parmi les villes qui, si elles n’ont pas disparu tout à fait, n’ont laissé d’elles que de faibles et rares vestiges (1). C’est là plus qu’une exagération : c’est une erreur manifeste. Pausanias décrit en détail les monuments de la ville et les trouve encore en assez bon état (2). Il est vrai qu’on a récusé le témoignage de Pausanias. On l’accuse de n’avoir pas vu ce dont il parle, et, à sa description soi-disant anachronique de l’Arcadie, on oppose l’assertion précise de Strabon. Or, des deux auteurs, celui qui a le moins bien connu l’Arcadie, c’est à coup sûr Strabon : il n’avait jamais mis le pied dans certaines régions de l'intérieur. De plus, des inscriptions dédicatoires assez explicites, des bases de statues, sans parler des restes d’édilices, prouvent que Pausanias a péché par omission encore plus que par hyperbole.

Antigonéia La stagnation des affaires publiques explique le silence des pendant le î- historiens sur des cités qui avaient tant fait parler d’elles. Mais les textes épigraphiques trouvés sur place permettent de com- Les évei-Tètês hier cette lacune. Ils attestent qu’entre l’époque de Strabon et Euphrosynos et sa celle de Pausanias, la vie ne fut pas suspendue à Antigonéia ; femme Epigoné. elle était seulement ralentie et transformée. L’initiative des riches particuliers suppléait à la pauvreté de l’État. Des édifices où, suivant le goût de l’époque, l’étendue des dimensions remplace la finesse de l’exécution et la qualité des matériaux, transfigurent les quartiers frappés de vétusté ou détruits par les incendies. Vers l’époque de Titus, un couple de généreux bienfaiteurs, Euphrosynos, fils de Titos, et sa femme Épigoné, consacrent des sommes importantes à l’embellissement de la ville (3). Les hommes d’affaires romains, banquiers ou négociants, s’installent dans le pays pour en exploiter les ressources.

(1) Strab. VIII, 8, 1 et 2. — Cf. Dion Chrysost. (Or. 33, II, p. 11 R.). Comme Hertzberg le remarque avec raison (Hist. de la Gr. I, p. 457) le tableau pessimiste de Strabon n’a qu’une valeur transitoire : les ruines accumulées par les guerres récentes se relevèrent peu à peu sous la domination des Césars.

(2) Sauf le temple de Poséidon Hippios et celui d’Aphrodite Symmachia, tombés en ruines. — Sur l’institution des 'Pcop-aïa, v. p. 318.

(3) Voy. plus haut, p. 177 sqq. et l’inscr. Bull, de Corr. hellén. XX (1897), p. 124. Le style de cette inscription est très instructif : il semble qu’il y ait eu alors à Antigonéia une école de rhétorique assez florissante. Voy. le

'texte aux Appendices (Epigr. 3°).

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Une compagnie de ces negotiatores, comme il y en avait dans beaucoup de villes grecques orientales, est signalée à Mantinée (1). Pour flatter leur clientèle indigène, ils se montraient libéraux envers les dieux locaux, et contribuaient de leurs deniers à l’embellissement de la cité. Sans doute il y avait une grande différence entre celte existence terre à terre et sans éclat et les beaux jours de l’indépendance. Les âmes n’étant plus soulevées par l’enthousiasme des rêves de grandeur et n’étant plus trempées par le souci constant de la défense, se rapetissaient à un patriotisme à la fois vaniteux et confit. L’activité que stimulaient les luttes de parti se tournait, faute d’aliment, en ferveur religieuse. La bourgeoisie, pour tromper son désœuvrement, s’absorbait en des œuvres pies. C’était une gloire que de solliciter les sacerdoces les plus onéreux, de subventionner des confréries, de multiplier les banquets, les distributions de blé, de viande, d’huile et de vin, et d’obtenir, à force de libéralités, l’inscription de son nom sur un décret où les concitoyens satisfaits ou pieusement émus étalaient en termes onctueux leur ineffable reconnaissance. La dévotion féminine triomphait dans ces manifestations béates d’un paganisme affadi et doucereux. La littérature épigraphique de Mantinée offre de très curieux spécimens de l’état d’esprit de la société provinciale à la fin du 1er siècle avant J. C. (2). Les magistratures ne comportaient plus qu’une oisiveté solennelle. La plus grande affaire était d’assurer l’approvisionnement de la ville en blé, soit par des achats au dehors ou par des prélèvements sur les récoltes. Puis le citoyen désireux de mettre le comble à sa considération entreprenait, à ses frais, comme cet Euphrosynos, l’impayable époux d’Épigoné, la traversée de l’Adriatique « naviguait heureusement jusqu’aux augustes personnalités » (3), débitait au « très-divin Sénat » l’éloge des gouverneurs romains (4) et rentrait dans sa ville à jamais grandi

(1) Bull, de Corr. hellen., ibid. et Foucart. Inscr. du Pêlop. 332 f. et 124.

(2) Foucart. Inscr. du Pélop. 352k : décret des Coragoi (01 avl J. C.) en l’honneur de Nikippé, fille de Pasias, celle qui dédia 30 ans plus tard la statue d’Aphrodite Syminachia. (Paus. VIII, 9, 3) — 332 i : décret des-prêtresses de Déméter rendu en 43 av. J. C. en l’honneur de Phaenna, fille de Damatrios. — 332 j. : décret des prêtres d’Asklépios en l’honneur de Julia Eudia. Ajouter le décret des Antigonéens en l’honneur d’Euplirosynos et d’Épigoné.

(3) u.zy pi twv SE|3acTEi'ü>v cÔttÀoTjGsv yapaHTTjocov.

(4) ClfîtOTaT]-^ SuyxX^Toj uy, xopx'Çojv xaTY, yopiav [<jTpaT]ay(ùv, -j.a'a' STtaivov.

aux yeux de ses compatriotes par son cœur marin et par sa belle contenance dans la capitale.

Voyage d Hadrien Les Grecs s'ennuyaient au régime de la paix romaine. Ils

(133 ap. j. c. ■?) valaieut mieux du temps où ils ne songeaient qu’à s’entretuer. Restauration L’ennui et l’uniformité les décomposaient. Aussi ce tut une de Mantinée k°njQe ponsée qui poussa l’empereur Hadrien à parcourir en personne ces provinces délaissées (1), à les ranimer de sa présence et à les rattacher à lui par le souvenir de ses bienfaits et les preuves de sa sollicitude. Le programme d’Hadrien au cours de ces visites était d’améliorer la situation matérielle des villes grecques par des travaux d’utilité immédiate et publique, de rendre populaire le régime impérial en le posant en restaurateur éclairé du passé glorieux et des monuments de la Grèce, enfin dans le présent de relier les cités à l'empereur par des attaches actuelles et en quelque sorte personnelles. On sait que pour rendre plus prompte l’exécution de ses volontés le souverain se faisait suivre dans ses excursions par une armée d’architectes, d’artistes et d’ouvriers (2). Mantinée fut, entre toutes les villes d’Achaïe, l’objet de ses prédilections. S’il ne lui fut point attribué de travaux publics, pour la restauration du passé et l’ornement de la ville l’initiative bienveillante de l’empereur ne calcula pas ses libéralités. Il commença par restituer à la ville son premier nom (3). Antigonéia fut rayée de la nomenclature officielle, et Mantinée reparut aussitôt sur les inscriptions et les monnaies (4). Cette mesure fut sans doute sollicitée par

(t) La chronologie des voyages d’Hadrien a suscité de nombreux travaux. (Voy. la bibliographie dans Hertzberg. Uist. de la Gr. II, p. 303, n. 1), mais elle est encore indécise. On s’accorde toutefois à placer entre 122 et 132 les séjours d’Hadrien en Achaïe sans être d’accord sur le nombre et la durée de chacun d’eux (Dürr. Reisert des Kaisers Eadrian. 1881.) place en 120 l’excursion d’Hadrien dans le Péloponnèse. Toutefois, d’après des inscriptions d’Épidaure, Cavvadias propose la date de 124 pour le premier séjour en Grèce et celle de 133 pour le second ( Fouilles d’Épid rure , nu 33 et 226. — AsXtiov apyaioX. 1892) Cf. la discussion entre Cavvadias et Homolle sur les ères des inscriptions d’Épidaure. Bull, de Corr. hellcn.. XVII (1893), p. 622. En tout cas, le culte d’Antinoüs ne put être institué à Mantinée qu’aprés la mort du favori survenue en 130.

(2) Aurel. Victor. Epit. 14.

(4) Voy. CIG. 5913, 1. 35; —3208, 1. 20; — 1124, 1. 13. — Holleaux. Bull, de Corr. helh’n. XIV. p. 191, — Foucart. Inscr. du, Pélop. 352k, — la dédicace du portique d’Euryclès (Fougères. Bull, de Corr. hellén. XX (1896), p. 133.),

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les habitants eux-mêmes : depuis 330 ans le vocable macédonien n’avait pas eu l’occasion d’effacer le prestige de l’ancien nom. Les haines de l'époque achéenne s’étaient fondues en un culte respectueux du passé ; l’humilité de leur condition actuelle avivait l’admiration des Antigonéens pour ceux qu'ils regardaient comme leurs ancêtres (1), et le regret de n’avoir pas même avec eux la communauté de l’ethnique. La possession des restes d’Épaminondas en faisait aux yeux des Mantinéens du IIe siècle après J.-C. un héros local. Cette précieuse relique ne laissa pas indifférente l’ingénieuse sollicitude d’Hadrien : à côté de la stèle antique, il en fit dresser une seconde avec une inscription composée par lui-même (2).

Mais à ces marques d’intérêt dont l’effet était surtout moral, Restauration du il en joignit d’autres destinées à relever la situation matérielle temple de de la ville. L’archaïque et vénérable abaton de Poséidon Hippios, Poséidon Hippios. pillé par les Étoliens, tombait de délabrement. Par une délicate r'°ndal“->n déférence pour les traditions locales qui en défendaient l’accès d.Antinoüs et la vue aux hommes, l’empereur interdit à ses ouvriers de regarder dans l’intérieur du vieux temple et de toucher à ses ruines, et il préposa des surveillants à l’exécution de cette consigne durant les travaux. Il fit bâtir autour de l’édifice écroulé, en guise de barrière, un temple nouveau, de façon à en dissimuler la vétusté et à le défendre contre les indiscrétions sacri. lèges (3). Enfin pour rattacher à lui d’une manière plus intime et plus actuelle la ville ainsi restaurée, il se laissa persuader que Mantinée, comme métropole de Bithynion, la patrie d’Antinoüs, avait des titres tout particuliers à sa faveur. Il est assez vraisemblable que les Mantinéens eux-mêmes, dans un excès de flatterie intéressée, eurent l’idée d’exploiter au profit de leur ville les faiblesses d’Hadrien. C’était une bonne aubaine pour

celle d’une statue de Lucius Vérus ib. p. 156, et les monnaies du temps de Septime-Sévère, avec la légende MANT1NEQN. (Percy Gardner. Catal. of greek Coins. Peloponnesos. p. 187, n,,s 25, 26, 27).

(1) Ainsi, trois générations avant Pausanias, c’est-à-dire vers 170 après J. C. un Podarès se disait descendant des héros de 362 et de 245. L’inscription du Podaréion fut modifiée de façon à se rapporter à ce personnage, qui avait obtenu le titre de citoyen romain et avait sans doute usé de son influence, en faveur de la ville natale. (Pausan. VIII, 9, 9. — Gurlitt. Über Paris, p. 227. —

Sur un Podarès, magistrat monétaire d’Antigonéia achéenne, voy. p. 509, note',.

(2) Pausan. VIII, 11, 8.

(3) Pausan. VIII, 10, 2.

MANTINÉE ET l’aRCADIE ORIENTALE.

Les évèrgètes de

l'époque impériale :

G. Julius Euryclès Herculanus.

eux que cette tradition de la parenté de leurs ancêtres avec la Bithynie. L’espoir de quelque exceptionnel bienfait leur enlevait tout scrupule sur le choix des moyens. Ils firent valoir que l’impérial favori était leur compatriote ; ils firent montre d’une telle ferveur pour lui qu’Hadrien en fut touché. Antinoüs prit place parmi les divinités indigènes et l’empereur régla les détails du nouveau culte : tous les ans on célébrait des mystères en l’honneur d’Antinoüs et daus le Stade des jeux tous les cinq ans, sans doute à l’aide de subsides impériaux (1). De plus l’empereur, en veine de libéralité, gratifia la ville d’un temple tout neuf, orné avec un soin particulier, sans compter une élégante chapelle aménagée dans le gymnase et également consacrée à Antinoüs. Elle contenait plusieurs statues de cetéphèbe idéal, d’autres sculptures remarquables et des tableaux, pour la plupart des portraits d’Antinoüs en Dionysos (2).

Ces manifestations serviles n’étaient guère dignes de la cité la plus démocratique et la plus fière d’Arcadie. Les Grecs s’y étaient façonnés sous la domination macédonienne. Au surplus, dans l’esprit des Grecs dégénérés, la passion d’Hadrien pour l’éphèbe gréco bithynien était comme le symbole de son philhellénisme : ils n’y trouvaient rien de repréhensible, et leur vanité peu exigeante en était flattée plutôt que scandalisée (3).

Les effets indirects de la libéralité d’Hadrien ne furent pas moins profitables à certaines villes. L’exemple de l’impérial Restitutor Achaiæ (4) suscita des imitateurs. De riches évergètes s’éprirent d’un beau zèle pour les constructions fastueuses. C’était une façon de faire sa cour au souverain et de se rendre populaire en Grèce. Athènes connut la bienfaisance d’Hérode Atticus; Mantinée celle de C. Julius Euryclès Herculanus, le plus grand propriétaire du Péloponnèse (5), en même temps fonctionnaire romain et quæator pro prætore du proconsul d’Achaïe. Par son testament, il ordonna la construction d’un luxueux portique de marbre, orné d’exèdres, qui devait transformer la physionomie de l’Agora. Un autre fonctionnaire, Aulos Mæcios Phædros, qui devait sa charge à Hadrien, lui témoigna sa reconnaissance en lui dédiant une statue et un temple (6).

(1) Voy. la dédicace du portique d’EuryclèS, p. 184 et 319.

(2) Pausan. VIII, 9, 4. — 10, 1.

(3) Cf. l’attitude des Athéniens à l’égard d’Hadrien et d’Antinoüs (Dion Cass. 69, 11. — Spartion. Hadr. 14, 5).

(4) Monnaies de Patras. Eckhel. D. N. VI, p. 487 et suiv.

(5) Voy. p. 184.

(6) Foucart. lnscr. du Pélop. 352 g.

PKRIODE ROMAINE.

A n’en pas douter, tous ces travaux donnèrent à la cité déchue Les Antinoéia. un regain de prospérité. Ils firent affluer des capitaux et embellirent la ville. L’institution du culte et les fêtes en l’honneur d’Antinoüs ranimèrent la vie intérieure et attirèrent les étrangers. La pentétéride mantinéenne eut bientôt pris rang dans le monde de l’athlétisme, après les grandes solennités de la Grèce et de l’Asie. Les Antinoéia ne manquaient donc pas d’éclat, puisque, à plusieurs reprises, les champions les plus fameux de l’époque, qui faisaient métier d’aller de fête en fête et de concours en concours, d’un bout à l’autre du monde ancien, pour recueillir les palmes et les prix, n’en ont pas dédaigné les récompenses (Qc^arei'-rT]?) . Le stade de l’Alésiou attira aiusi coup sur coup, vers 182 ou 183 après J.-C., sous Commode, le fameux pancratiste alexandrin M. Aurelius Asklépiadès, dont une inscription pompeuse énuméré tous les succès (1) ; puis le fameux citharède de Pergame, Gaius Antonius Septimius Poplius qui défiait également toute concurrence (2). Après une carrière de triomphes dans tous les concours possibles, il remporta ses derniers succès à Lacédémone et à Mantinée.

Citons aussi une autre inscription d’Argos (3) en l’honneur de T. Statilius Timocratos Memmianès, agonothète dans plusieurs jeux, entre autres aux Antinoéia d’Argos et de Mantinée; il vivait sous Marc Aurèle et Lucius Vérus (161-169).

Ce fut une renaissance durable. Quand Pausanias visita la r.es ville, il la trouva assez bien conservée et en partie rajeunie. La derniers moments vitalité de Mantinée se prolongea encore sous les derniers empe- de Mantinéereurs. Des monnaies mantinéennes du temps de Septime-Sévère sont à l’effigie de Julia Damna, femme de Sévère, et de Plautilla, femme de Caracalla (4). Ces hommages à la famille impériale peuvent être interprétés comme des remerciements pour quelque marque de bienveillance accordée à la ville. Un acte d’affranchissement est daté du règne de Gallien (261 après J.-C., an 407 de Père d’Achaïe) (3).

(1) C. I. G. 5913, 1. 35.— Kaibel. Inscr. graec. Sic. et Ital. 11.202. C’était un olyrapionique de la 240e Olymp. (181 ap. J.-C.).

(2) C. I. G. 3208. 1. 26. Vivait sous Septine Sévère.

(3) C. I. G. 1124. 1. 13. Cf. Inscr. d’Olympie. Arch. Zeit. XXXV, 1878, p. 192.

(4) Autel de Julia Augusta, la fille de Titus (?) (Fig. 57) ; dédicace à Lucius Vérus (Bull. Corr. hellm. XX. 1896, p. 155), monnaie de Julia Domna (Calai. o[ greek Coins. Pelop. p. 187 n° 25), de Fulvia Plautilla (ib. n" 26).

(5) Foucart. Inscr. du Pélop. 352n. Il y avait à Mantinée une communauté juive, placée sous l’autorité d’un ttocttjO ),aoü Stà j3tou, et pourvue d’une synagogue (Bull. Corr. liellen. ibid., p. 159).

Mantinée à l’époque byzantine.

Mantinée occupée par les Slaves

sous le nom de Goritza.

Ce sont les derniers témoignages qui nous sont parvenus sur l’histoire delà Mantinée impériale.

A dater de cette époque, il faut sauter trois siècles pour retrouver le nom de la ville sur le Synecdcmos d’Hiéroclès (535 après J.C.), où il est inscrit après Argos et Thelpousa, dans l’éparchie d’Hellas ou d’Achaïe, ressort du métropolitain de Corinthe. Mais la présence de Mantinée sur cette liste n’est pas une preuve de son existence réelle au temps de Justinien, pas plus que l’inscription d’un Btio.oç Mavx'vstaç dans la nomarchie actuelle d’Arcadie, ne lui donne droit d’ètre comptée parmi les bonnes villes du roi Georges Ier. Le Synecdérnos d’Hiéroclès n’a pas une valeur absolue. Les Byzantins ont. jusqu’au XVe siècle, continué à compter dans leurs nomenclatures officielles, sous des noms antiques, des localités disparues ou totalement slavisées, alors que les noms slaves étaient depuis longtemps seuls en usage dans la langue populaire. Toutefois, à défaut de textes sur ce canton d’Arcadie à l’époque des invasions, l’état des lieux après nos fouilles peut nous renseigner. Le site de Mantinée n’a pas cessé d’être habité après la chute de la ville antique et l’exode de ia population grecque.

Mais alors la cité hellénique, dont uous avons voulu retracer l'histoire, a vécu ; le nom slave de Goritza se superpose à celui de Mantinée et uous avertit que nous avons affaire à une autre race. Une Mantinée nouvelle surgit aux bords du golfe de Messénie. Les Mantinéens, en effet, fuyant devant les barbares, ont emporté avec eux dans un refuge lointain, le nom et les derniers souvenirs vivants de la ville gréco romaine. Désormais, Mantinée n’est plus, dans la Mantinique, qu’une ruine où campe une horde sauvage, jusqu’au triomphant renouveau de l’hellénisme byzantin. Sous les huttes barbares, nichées entre les colonnades antiques, puis sous l’entassement parasite des chapelles orthodoxes, la ville d’Épaminondas et de Lycomèdes gît comme un grand corps inanimé, méconnaissable et dépecé sans merci, jusqu’à ce qu’il s’effondre, lentement enseveli sous la vase noire des marais (1).

(I) Voy. sur l’histoire cle Mantinée au Moyen-Age, la note de l'appendice.

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