TOPOGRAPHIE
Mon intention, en publiant cette carte, est de fournir aux savants qui les ont réclamés les moyens de résoudre définitivement une question géographique depuis longtemps débattue : celle des véritables sources de l'ancien Alphée. 11 serait temps de clore ce débat.
Les théories antiques sur le cours de l’Alphée étaient des plus aventureuses. D’après Pausanias (VIII, 54, 4), le fleuve prenait sa source à Phylaké, à la limite des territoires de Sparte et de Tégée (Krya-Vrysis, source du Saranda-Potamos). Il entrait sous terre dans la plaine de Tégée (eç xo Tteoiov xaxÉou rb TsyEaxtxôv), puis reparaissait à Aséa. Là, ses eaux se mêlaient à celles de l’Eurotas, dont la source était voisine : cxaôiouç Se ogov itÉvxs coco 'Airsa? xoü ’AXtpstoü p.év oÀ(y ov ait b TT|Ç ôSoü, tou SI Eùpcüxa Tiàp ’aùxVjv lox; 7t7]y7] xtjv b Sdv (rb. 44, 3. Cf. Strab., p. 275 et 343. — Dionys. Perieg. 412). Les deux rivières parcouraient dans le même lit environ 20 stades et se précipitaient, réunies, dans un second gouffre (xoù o’trov etù sixot i «TxaStou; xoiv<5 Ttpo'iaat xw pEuptaxt. Paus. ib. — Cf. Strab., p. 275). Le chenal souterrain se fourchait dans les profondeurs de la montagne et chacune des deux rivières avait son issue : l’Eurotas près de Belmina (Srab., p. 343), l Alphée aux PL^yat, dans la plaine de Mégalopolis (Paus., VIII. 44. 3). D’après Polybe (XVI, 16), l’Alphée disparaissait tout près de sa source, reparaissait après un parcours de 10 stades. Au-delà de son embouchure, l’Alphée était encore censé traverser la mer de Sicile pour rejoindre la fontaine Aréthuse (Srab., p. 275).
La tradition qui faisait ressortir LAlphée supérieur des confins de la Laconie et de l’Arcadie repose-t-elle sur un fait réel? Autrement dit, le cours du Saranda-Potamos a-t-il jamais suivi la direction de l’Ouest pour se déverser dans le katavothre de Taka,au lieu de suivre celle de l’Est et de s’absorber au katavothre de Versova? 11 y aurait eu, dans l’antiquité, au lieu d’une rivière unique obliquant à LEst, deux cours d’eau indépendants : LAlphée supérieur, constitué par le Saranda- Potamos, obliqué à l’Ouest, soit dès sa sortie des montagnes, soit après un parcours plus ou moins sinueux autour de Tégée, et le Garatès, identique d’abord au torrent issu du massif de Doliana, et ensuite au Saranda-Potamos actuel à partir de Magoula. Depuis que le soi-disant Alphée supérieur a pris la direction de LEst, le Garatès est devenu un affluent du Saranda-Potamos; d’autre part, cet Alphée, en délaissant l’ancien lit qui le conduisait à l'Ouest, a dû se frayer un nouveau tronçon à la sortie des montagnes pour aller se confondre avec le Garatès au dessous de Magoula.
Voilà le postulat. La plupart des voyageurs modernes en ont admis, d’après Pausanias, la réalité. Mais il faut observer que Pausanias, employant l'aoriste xaxÉSu, fait allusion à un fait ancien : il ne constate donc pas un fait actuel; il ne fait que relater une tradition. Qu’il ait recueilli sur place ou qu’il ait de lui même imaginé cette théorie., peu importe. Puillon-Boblaye ( Expêd . de Morêe, II-, p. 328) prétend avoir
Théorie de Pausanias sur les sources de l’Alphée.
APPENDICES
pu suivre par les alluvions schisteuses et micacées le cours du Saranda- Potamos pendant la période préhistorique, et il conclut que la rivière s’est jetée, à une époque très-ancienne, dans le gouffre de Taka. Ross ( Reisen ., p. 71) recueillit à Piali une tradition orale d’après laquelle le cours actuel du Saranda-Potamos vers l’Est résulterait d’un travail de dérivation exécuté par un bey ture au XVIIe siècle. Comninos (Sr1;j.£iojff£[ç àpyatoX. — ’Aôr,vaiov. VIII. 1880, p. 269) attribue aussi ce travail à un Othoman, Périalis (éponyme du village de Piali); l’ancien cours du Saranda-Potamos aurait, d’après lui, suivi la ligne Kérasitza- Damiri. Curtius ( Pelop . I, p. 249) avait adopté la théorie de Ross. M. Rérard l’a reprise et précisée. C’est à la hauteur de Pilot du Saranda-Potamos (au N.-E. d’Akhouria) que la rivière aurait, d’après lui, tourné vers l’Ouest; elle aurait formé au Nord de Tégée une boucle, baignant l’extrémité N. de l’enceinte sans pénétrer dans la ville; de là, elle aurait rejoint le marais de Taka au-dessous de Kérasitza.
Les premières objections à cette théorie ont été présentées par Philippson (1); à aucune époque, sinon peut-être à une époque géologique lointaine où tous les rapports du terrain étaient complètement autres, le Saranda Potamos n’a pu se diriger vers l’Ouest, parce que, dit-il, entre la rivière et Piali, le terrain monte sensiblement.
M. Loring ( Journal of hellen. Stud-, 1895, XV, p. 53 et 67-68) s’applique, de son côté, à réfuter Pausanias et M. Bérard. Il objecte que, si l’Alphée avait baigné Tégée, les anciens l’auraient remarqué; ensuite, que le tracé de l’ancien lit du fleuve, sur la carte de M. Bérard, va précisément en remontant le terrain, au rebours delà direction actuellement suivie par le ruisseau qui naît au-dessous de Merlsaousi pour finir dans la Mantinique (voy. plus haut, p. 41 et suiv.). De fait, au point où cette rivière commence, près de l’église et du cimetière d’Ibrahim-Effendi, on constate un léger relèvement des courbes de niveau. Il y a là un seuil très adouci (il est indiqué sur notre carte), lequel forme, à cet endroit, une ligne de partage des eaux. De là, les courbes vont en descendant constamment du côté de la Mantinique et de Sténo. Il est donc certain que jamais le Saranda-Potamos n’a pu s’engager dans le petit ravin (664m21) enfermé entre le site de Tégée (670m) et la butte de Mertsaousi (690m), parce que ce ravin lui présentait une voie montante. Si la rivière a jamais eu des velléités de quitter son lit actuel, à la hauteur de l’ilot., ç’aurait été plutôt pour s’engager dans la direction de la Mantinique, comme je l’ai expliqué à propos du Lachas (p. 41. Note).
Reste donc la partie méridionale comprise entre Tégée et la sortie des montagnes. Là, le seuil dont parle Philippson n’existe pas; mais la disposition des courbes de niveau sur notre carte montre qu’en débou-
(1) Peloponnes , p. 108. — Cf. Martel. Rev. deGéogr., 1892, p. 342 sqq., et Les Abîmes, p. 49(1.